Perturbation de la distribution d’eau à Meknès: Protestation contre la soif subie

Perturbation de la distribution d’eau à Meknès: Protestation contre la soif subie

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En plus des coupures, apparemment, la turbidité de l’eau du robinet dépasserait de loin la valeur limite de potabilité. D’ailleurs les consommateurs sont en général très sensibles à la qualité de ce paramètre qui se repère par l’aspect trouble de l’eau, chargée en particules diverses de sol. L’eau du robinet est «boueuse», non buvable et très probablement non potable.

Ce phénomène devenu récurrent à Meknès chaque fois que les environs de la cité

ismaïlienne, surtout à proximité de Ain Bittit, connaissent des épisodes pluvieux commencent à inquiéter, demandant une solution radicale pour assurer un approvisionnement continu en eau potable de la ville. Les protestations se suivent et se ressemblent, la patience des meknassis est affectée. Surtout en ses journées ramadanesques.

Notons que la population desservie, selon la RADEM, est estimée à 600.000 habitants, avec 120.000 clients. Pour les ressources, elles proviennent à 50% à des forages ONEP et 50% à partir des sources exploitées par la RADEM. Le constat, après chaque forte précipitation, la qualité des eaux des sources Ribaa et Bittit se dégrade à cause de l’augmentation du taux de turbidité, et par conséquent les eaux des sources deviennent inexploitables et des restrictions dans la distribution d’eau deviennent «impératives».

Parmi les solutions retenues, le renforcement de l’approvisionnement à partir des forages de 300litres/ seconde dont 150 litres/seconde à fin 2010 avec un coût estimé à 18 millions de dirhams, la réalisation d’une station de traitement de la turbidité des eaux des sources à l’horizon 2011-2012 avec un coût estimé entre 130 à 150 millions de dirhams, la réalisation de l’adduction à partir du barrage Idriss Premier ( 2 m3 / sec) pour satisfaire les besoins des deux villes impériales Meknès et Fès à l’horizon 2015-2016 avec un coût estimé à 1700 millions de dirhams et enfin la construction du barrage Ouljet Soltane dont le démarrage des travaux est prévu cette année.

Voici, sommairement les projets qui permettront de satisfaire, en toute sécurité, les besoins en eau potable de la ville de Meknès à court, moyen et long terme. Mais aucune solution dans l’immédiat n’est en vue. Par contre, à chaque crise, un objectif plus incommodant et latent refait surface derrière l’expression, neutre dans sa formulation mais aux conséquences incalculables pour la population meknassie: «Unicité de la production» qui signifie en clair la cession des sources Kharouba, Bittit et Ribea à l’organisme producteur. Pour certains, cela mettra fin à l’exception meknassie, mais au fond le problème est plus complexe avec des dimensions historiques, culturelles et économiques. Ce que certains interprètent comme une «anormalité» est au font une originalité, une authenticité et des droits historiques inaliénables de la population meknassie qui a payé de son sang l’eau de Boufekrane et qui tient à garder ses droits sur les sources qui lui procurent, selon des spécialistes, plus de 25 millions de m 3 gratuitement avec une saveur qui a fait et qui fait toujours la fierté des meknassis.

La station de traitement de la turbidité pourrait très bien être réalisée en partenariat entre la Radem et les communes bénéficiaires dont la commune urbaine de Meknès. Cela aura l’avantage de garder les droits de la commune, donc des habitants de Meknès, sur leurs sources ancestrales tout en gardant une tarification compatible avec le pouvoir d’achat de la ville, chef lieu de l’une des régions les plus pauvres du Royaume. Si les habitants auraient à payer les 50% des eaux des sources au tarif actuel des 50% reçues à partir des forages de l’ONEP, les prix seraient multipliés par trois. Un désastre pour la population.

Historiquement, l’exploitation de Kharouba (1920) et Bittit (1976) précède la création de l’ONEP (1971). La loi aura-t-elle alors un effet rétroactif ? Une aberration !? Sur ce point d’autres expériences dans certaines villes marocaines, devraient nous faire réfléchir avant de commettre l’irréparable.

La population meknassie ne pourra subir une augmentation de prix aussi conséquente, surtout que d’autres solutions sont possibles. Le problème de la turbidité est certes réel, mais va-t-on jeter le bébé avec l’eau de bain. On peut comprendre que la Radem, exposée chaque année au même problème, serait tentée par la solution facile : réserver toute la production à l’ONEP pour se concentrer sur sa mission basique : la distribution, mais les responsables mesurent-ils les conséquences sur la population. A situation originale, il faudrait faire preuve de créativité afin de trouver une solution originale.

Hassan BENMAHMOUD

 

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