Sahara marocain : Quels droits de l’Homme aux sahraouis marocains à Tindouf...

Sahara marocain : Quels droits de l’Homme aux sahraouis marocains à Tindouf ?

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Marquons d’abord un bref arrêt sur certains faits de l’événement en rectifiant des contrevérités.

1- Contrairement à une déclaration du représentant du “Polisario” à Bruxelles sur la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, M. Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud n’est pas un simple «policier». Il exerçait -à son débarquement à Smara- les fonctions d’«inspecteur général de la police» du “Polisario”. Il s’agit donc d’un «haut cadre du “Polisario”, chargé du maintien de l’ordre dans les camps de Tindouf».

2 – La région de Mhiriz où il a été interpellé est un prolongement de la zone tampon vers les frontières avec l’Algérie et non point «une partie» d’un «territoire libéré par le Polisario» comme le prétend le représentant du “Polisario”. Une tromperie polisarienne désuète à la quelle personne ne se méprend plus. Alors, plus qu’une «atteinte portée à l’intégrité physique de Ould Sidi Mouloud» l’arrestation équivaudrait à un rapt.

Mais le comble de l’ironie se révèle quand le “Polisario” déclare vouloir le «juger et le condamner». En territoire algérien, évidemment. Un procès du “Polisario” ? Qui voudrait-on leurrer encore ? Le “Polisario” ne peut bouger le petit doigt que sur ordre d’Alger. On le sait.

En réactions à cet événement gravissime, les protestations les plus vigoureuses ne tardent guère à se faire entendre.

A l’intérieur du Maroc, le porte parole du gouvernement et Ministre de la Communication, M. Khalid Naciri, stigmatise l’événement en soulignant clairement «la responsabilité totale de l’Algérie sur le sort de Mustapha Salma». Le Ministre des Affaires Etrangères, M. Taïb Fassi Fihri, n’est pas moins franc (le 22 septembre) que son collègue, quand il qualifie l’arrestation comme un «acte grave» commis par «l’Algérie et le Polisario», et «confirme la nature singulière qui prévaut dans les camps de Tindouf, en territoire algérien, où la liberté de circulation est entravée, le droit d’expression confisqué et la liberté d’opinion censurée». Et Fassi Fihri d’ajouter: M. Ould Sidi Mouloud «n’a fait qu’exprimer, librement et publiquement, une opinion largement soutenue au niveau international et partagée par une grande majorité d’originaires du Sahara, non seulement dans les provinces du Sud, mais également dans les camps de Tindouf». Dans le même sens, la classe politique marocaine (toutes sensibilités confondues) et des Marocains d’Europe indignés, émettent également «un appel pressant pour libérer Ould Sidi Mouloud».

A l’extérieur du Maroc, l’organisation internationale des droits de l’Homme (Human Rights Watch) appelle, jeudi 23 septembre, à «la libération immédiate» du ressortissant sahraoui marocain. Le comité international pour le respect et l’application de la charte africaine des droits de l’Homme et des peuples (CIRAC) «condamne également avec fermeté (le 23 septembre à Genève) l’arrestation et appelle à la libération immédiate de Ould Sidi Mouloud». Au niveau onusien, le Haut Commisariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) déclare «suivre avec préoccupation» l’arrestation en question.

Dans le vrai, l’arrestation de l’ancien inspecteur général de la police du Polisario, pour son soutien à l’autonomie au Sahara, dépasse la portée d’une violation algérienne flagrante des droits de l’Homme. Elle cache d’autres éléments inavoués. Voyons la réalité en face en appelant un chat un chat.

Le conflit du Sahara marocain n’est plus une question de décolonisation depuis le départ définitif des Espagnols. Son volet juridique est clos en vertu de l’accord tripartite de Madrid, conclu le 14 novembre 1975. C’est un conflit géostratégique, artificiellement créé contre le Royaume du Maroc, sous les commandes du régime militaire algérien. Son déroulement s’opère dans un feuilleton d’agressions (armées et politiques). L’arrestation de Ould Sidi Mouloud en est le dernier épisode en date. L’“horrible péché” de ce citoyen est de soutenir le plan d’autonomie présenté par le Maroc à l’appel des Nations Unies, pour une «solution politique» à la question de l’ex-«Sahara occidental». Pourtant, le projet d’autonomie marocain est qualifié de «crédible» et «sérieux» par le Conseil de Sécurité (dans ses dernières résolutions) en l’absence de toute proposition de la part du “Polisario” (se substituant à l’idée dépassée d’un référendum impossible).

Le régime politique algérien ne s’embourbe-t-il pas dans ses incohérences, en contresens d’une réalité évidente ? Car même en supposant -par plaisanterie- que le “Polisario” soit un mouvement de libération authentique sur le registre de l’ancienne OUA, à l’instar des autres organisations (ce qui n’est pas le cas comme on le sait), l’Histoire de la résistance anti-coloniale du tiers-monde n’apprend guère qu’un Etat indépendant, ayant abrité et soutenu un mouvement de libération sur son territoire ait jamais voulu emprisonner l’un de ses responsables pour avoir choisi une solution d’autonomie préservant l’intégrité territoriale de la mère-patrie. Que les historiens nous sortent un seul exemple contraire à ce constat ! Ainsi, pire qu’une ingérence dans une question nationale purement maroco-marocaine, le cas de Mustapha Salma traduit une nouvelle preuve d’implication algérienne criante dans l’affaire du Sahara à laquelle Boumediene et l’actuel Président Bouteflika juraient -dès 1975- n’avoir ni chamelle ni chameau (La naqa wa la jemal). Tout le monde s’en souvient. Ne croirait-on pas alors que le pouvoir algérien aurait bien souhaité «algériser» le Sahara marocain par Polisario interposé ?!

En fait, la vraie bavure et mascarade politiques inconsidérées des services secrets algériens résident dans la séquestration injuste de Ould Sidi Mouloud et ce pour quatre raisons principales :

1 – «L’Etat algérien a la responsabilité quant à la nécessité de garantir les droits de toutes les personnes se trouvant sur son territoire», en l’occurrence «le droit à la libre expression de Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud» comme l’a rappelé Sara Leah Whitson, directrice du département du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord au sein de l’Organisation internationale des droits de l’Homme (HRW).

2 – Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud n’est pas un ressortissant algérien, il n’a commis aucun délit de droit commun en Algérie, et n’a pas comploté non plus contre la sûreté de l’Etat algérien.

3 – Il a décidé de rompre volontairement avec la thèse séparatiste du Polisario en voulant défendre publiquement le plan d’autonomie proposé par le Maroc. «Ce qui est de son plein droit» comme le reconnaît encore Mme Sara Leah Whitson de l’organisation Human Rights Watch.

4 – À supposer que le gouvernement algérien l’y autorise, de quel droit le “Polisario” (dépourvu d’attributs d’un Etat) s’érigerait-il en instance judiciaire pour juger un de ses concitoyens sur un territoire étranger qu’il ne gouverne pas ? Le simple fait de déclarer une telle intention par un représentant de ce front constitue en lui-même une singularité insolite dans les annales du droit international, indigne de l’Etat algérien qui n’en dit mot.

De quel délit alors, et par quelle espèce de justice un originaire du Sahara marocain pourrait-il être réprimé en Algérie pour un avis qu’il a exprimé devant ses concitoyens, concernant sa patrie, ne touchant nullement à l’intégrité territoriale du pays voisin ? Que cette répression soit exercée directement par les services secrets algériens ou à travers le “Polisario” ; par télécommande ou par procuration.

Les quatre raisons mentionnées plus haut justifient donc, juridiquement et objectivement, la libération immédiate de Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud.

Trêve d’actes dramatiques aux dépens non seulement des droits de l’Homme en général, mais aussi des droits des peuples du Maghreb.

Trêve de jeux politiques destructeurs relevant d’une guerre froide n’ayant plus cours ni cause. Des jeux ne ressemblant ni à des caprices tolérables ni à des chantages intelligents, parce que désuets dans les corbeilles de l’Histoire.

Qu’est-ce qui arrive aux autorités algériennes de se substituer maladroitement à un “Polisario”, torpillant toute recherche d’issue pacifique à la question du Sahara? Mais vains efforts d’asphyxier le processus d’une solution politique en marche. Une dynamique irréversible que l’on devrait reconnaître.

Qu’est-ce qui arrive aux autorités algériennes d’être farouchement hostiles au libre retour, chez eux, des Sahraouis marocains séquestrés dans les camps de Lahmada ? Mais vains efforts d’étouffer l’afflux incessant de ces vagues de citoyens repentis à la patrie. Un mouvement inéluctable que l’on devrait comprendre. Car ces citoyens marocains à Tindouf, connaissant bien leur chemin sans boussole, ne quittent pas un oasis de paix et de bien-être dans l’errance du désert. Ils décampent les camps de la honte où nul avenir politique prometteur ne leur semble pointer à l’horizon. Des camps où leurs droits les plus élémentaires sont bafoués, où règnent la terreur, l’insécurité, la corruption, le détournement d’aide humanitaire internationale, le trafic clandestin d’armes et de drogue, la contrebande, la pauvreté, la maladie et le manque d’infrastructures sociales modernes, les plus élémentaires. Autant de calvaires et de carences évoqués par des observateurs et organes de presse étrangers. Rien n’est donc plus normal que de fuir l’enfer vers un endroit meilleur, surtout quand la destination s’appelle la patrie.

Qu’est-ce qui arrive enfin aux autorités algériennes pour maintenir opiniâtrement la fermeture des frontières avec le Maroc au préjudice des deux peuples frères ?

Il est bien regrettable – et amer à ses amis – qu’une Algérie contemporaine ne parvient point à se libérer sagement de son propre piège. Incapable d’abandonner son hostilité envers son plus proche et généreux voisin de l’Histoire: le Maroc. L’ayant soutenu dans ses épreuves les plus dures face aux périls extérieurs, durant des siècles. Il demeure autant navrant que cette ingratitude viscérale de l’Etat algérien envers les Marocains soit si drôle et incohérente à son passé et à ses slogans «révolutionnaires». Néfaste à sa réputation, funeste à son avenir.

La séquestration de Ould Sidi Mouloud n’est finalement qu’une infime portion de la partie émergée de l’iceberg expansionniste algérien à l’encontre du Maroc. Un iceberg toujours flottant dans les eaux des relations bilatérales que l’Algérie ne veut cesser de refroidir par sa politique glaciale, chaque fois que le Maroc entreprend une tentative de réchauffement. Les gouvernants d’Alger devraient s’imbiber de morale politique et de bon sens en s’alignant sur des visions réalistes que dicte la raison, au lieu de glisser davantage vers l’irresponsabilité et la persistance négative. Rien n’est plus morbide que l’obstination quand elle manque de logique et d’esprit. Dépourvue d’un support juridique, dénuée d’une ambition légitime. Cette pensée s’applique hélas à la position algérienne sur le Sahara marocain depuis plus de trente cinq ans. Toutefois, les appétences démesurées et injustes dérapent en se détruisant d’elles-mêmes, un jour ou l’autre. Ne faisant souvent feu que pour s’éteindre vilement en cendres salissants. Mais peu d’esprits vigilants le perçoivent  par prévoyance avant de s’en convaincre tardivement. Tant il est vrai que les visionnaires en gouvernance se font rares sur les terrasses du pouvoir.

Le gouvernement algérien, menant le “Polisario” du bout du nez, semble marcher encore claudicant dans cette voie, trébuchant dans ses paradoxes. Mais jusqu’où et quand se perpétuera une telle déviation ? Rien n’est plus beau qu’un auto-redressement salvateur. Rien n’est plus sage qu’une sortie d’impasse à moindre durée, sans trop de dégâts. Le “Polisario”, en hémorragie ascendante, engendre plus de dommages que de profits aux Algériens, au fil des saisons. Plus encombrant à gérer qu’un atout à berner (en carte ou en pion), sa valeur est déchue, sur échiquier comme en poker.  
N’est-il pas alors grand temps aux dirigeants d’Alger d’amorcer envers le Maroc un retour honorable à la normalité, à l’égalité, à l’équité et à la fraternité ?  
(Texte paru au quotidien L’Opinion)

 

Par le Pr. Issa Babana El Alaoui

 

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