Grand hommage à deux éminentes figures Maghrébines: ADieu Mohamed Arkoun et Mahjoub...

Grand hommage à deux éminentes figures Maghrébines: ADieu Mohamed Arkoun et Mahjoub Benseddik

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Mohamed Arkoun qui n’est plus à présenter a eu le mérite d’enrichir la pensée universelle, malgré la polémique qu’a suscité sa vision et son analyse depuis plus d’un demi siècle. La pertinence  de ses écrits, qui n’a pas plu  à certains orientalistes, comme ce fut le cas pour Mohamed Abd Jabri, en ce qui concerne certains penseurs au Moyen Orient, a jeté un nouveau regard sur la culture arabo-musulmane, en matière  d’islamologie, à même de pénétrer le fond de la pensée, l’éclairer autrement, l’analyser et l’interpréter en fonction des nouveautés, du progrès et du non–dit. C’est une invite plurielle, sans changement du fondamental, au diagnostic et partant au changement inhérent à la quintessence qui s’impose et qu’on doit tirer. Ce grand penseur a eu aussi le mérite de croire profondément à sa pensée, de la cheminer et de la défendre jusqu’à l’ultime brin de sa fin. Oui, une fin qui n’en est pas une, puisque sa culture riche et dense, porteuse et féconde, demeurera vivace.

 

Casablanca, où il a voulu être enterré et le Maroc en général, sauront, grâce à d’autres penseurs y appartenant, préserver et rendre hommage à  sa mémoire. Mais aussi revaloriser cette riche culture, même si c’est déjà fait  au préalable durant son vivant  par le truchement de ces mémoires universitaires soutenues par des étudiants des facultés des lettres de l’Université Hassan II de Casablanca. Le Maghreb vient certes de perdre un de ses nobles enfants et un modèle de sa culture, mais cette disparition regrettable doit nous inciter, en tant qu’authentiques maghrébins, à voir plus clair en nous mêmes  pour immortaliser  sa pensée et en faire un des motifs de notre fierté pour la construction de ce Grand Maghreb dont nous avions tant rêvé par le sentiment et également par l’action.

Quant à Mahjoub Ben Seddik, le père du syndicalisme marocain, grand patriote nationaliste et l’un des fondateurs de l’UNFP (Union Nationale des Forces Populaires) a consacré sa vie depuis son jeune âge  au militantisme syndical. Il a trôné à la tête de l’UMT depuis sa création jusqu’à sa mort. Chevronné, perspicace et fin tacticien, il a  pu, pour des raisons, que seule l’histoire en jugera du bien fondé comme de l’inverse, sauvegarder  l’autonomie syndicale du politique partisan. Le défunt a également pu préserver l’unité de  l’UMT, malgré plusieurs scissions dont celle de l’UGTM de Abderrazak Afilal et celle de la CDT de Noubir Amaoui, qui, elles se sont affiliées respectivement à l’Istiqlal et à l’USFP;
Pour l’histoire, il faut rappeler que le 1er Mai 1956, Sa Majesté le Roi Mohamed V  avait inauguré  à  Casablanca la nouvelle bourse du travail.  A cette occasion, et devant une immense foule, le regretté Souverain avait prononcé un important discours dont voici un extrait :
« Fidèles ouvriers, nous avons tenu, malgré les charges  qui nous incombent, à venir participer avec vous à cette  fête du 1er Mai et à partager les joies que vous éprouvez en ce jour. Vous savez le vif intérêt que nous avons toujours porté à la classe ouvrière. Nous demandons à Dieu d’assurer à la classe laborieuse une vie prospère ».

En tant que jeune témoin authentique, j’eus l’insigne honneur d’assister à cet évènement, restant gravé dans ma mémoire, tout en influant sur mon comportement à venir. Il faut dire que la disparition de ces deux sommités me remémorent à travers de douces souvenances notre jeunesse maghrébine où la sensation et la perception de l’idéal maghrébin nous a toujours habité. Ce n’était, au fait, que le cheminement de ce rêve qui a commencé avec l’évènement auquel j’ai participé, de l’assassinat du leader syndicaliste tunisien, Farhat Hachad, en1952 à Casablanca.

L’histoire en témoin incontournable et irréductible nous appelle instamment à travers cet hommage de cœur et de raison que nous rendons à deux grands personnages de notre espace maghrébin à honorer cette même histoire que nous indique avec gloire que les premiers jalons de ce Maghreb ont été posés depuis plus de six décennies sur fond d’une lutte commune pour l’indépendance. Pour après la concrétiser sur le plan institutionnel politiquement, dans l’attente de structures inter-économiques maghrébines.

Le syndicalisme marocain dont nous honorons in-mémorium, aujourd’hui, l’un de ses grands piliers a été dès les débuts, au coeur de l’action syndicale maghrébine commune. En témoigne le vif et grand intérêt qui lui a été porté par le père de la Nation Marocaine, le regretté défunt SM Le Roi Mohamed V. Vu l’importance de l’allocution prononcée par le Souverain du Maroc, en recevant les leaders syndicalistes d’Afrique du Nord en son palais de Rabat  le 23 Décembre 1956, nous reproduisons certains de ses importants extraits :
« Nous sommes très heureux de vous recevoir et notre joie est très grande chaque fois que nous sommes en présence de représentants et dirigeants de la classe ouvrière, en particulier quand ils viennent des peuples frères de Tunisie et d’Algérie. Le droit syndical a été l’un de nos objectifs fondamentaux de notre lutte nationale, car nous étions et demeurons convaincus que la véritable indépendance nationale est celle qui réalise à la fois la libération politique, la libération sociale et la promotion de la classe ouvrière.
Nous considérons les syndicalistes comme une  école pour l’éducation civique et patriotique et pour l’éducation de la conscience démocratique. Les syndicats sont également un centre où l’on apprend la discipline, l’esprit de l’organisation et de sacrifice.
Un pays doté d’une classe ouvrière organisée, mûre et consciente de ses responsabilités et de ses droits, mais aussi de ses obligations, est un pays dont l’indépendance est solide, vivante,et dont l’avenir est assuré.
Pour toutes ces raisons, nous avons lutté avec persévérance et patriotisme pour l’octroi du droit syndical aux ouvriers marocains. Et, à Madagascar, c’est avec une grande joie que nous avons appris la nouvelle de la fondation de l’UMT. Cette nouvelle nous a  laissé présager que l’indépendance du Maroc était proche. Car,un peuple dont la classe ouvrière est organisée est un peuple mûr pour la liberté.
Nous rendons grâce à Dieu de ce que nos sacrifices et nos efforts n’aient pas été vains et de ce que la confiance que nous avons mise dans la classe ouvrière était méritée. Les travailleurs marocains, en effet, ont participé efficacement  à l’action menée pour la liberté du pays et ils participent aujourd’hui à l’édification du Maroc nouveau.
Nous condamnons toute tentative entreprise pour désunir la classe ouvrière et nous vous mettons en garde contre tout ce qui dans nos organisations syndicales, pourrait être un germe de discorde et de scission. Ceux qui essayent de semer la discordance parmi la classe ouvrière, non seulement contre les intérêts des ouvriers, mais également contre l’intérêt supérieur de la Nation. Nous sommes une seule organisation nationale au sein de laquelle pourront s’exprimer toutes les opinions et toutes les tendances. Nous sommes contre la multiplication des organisations syndicales. Nous sommes pour l’unité  à l’intérieur de chaque pays du Maghreb et nous sommes pour l’unité syndicale sur le plan maghrébin. Il est nécessaire que les ouvriers du Maroc, de l’Algérie et de la  Tunisie soient unis, car de leur union dépend leur succès.
Nous nous réjouissons également que cette unité soit réalisée  également entre les pays frères de l’Afrique du Nord .Notre satisfaction et même encore plus grande puisque cette unité  syndicale au Maroc, en Algérie,en Tunisie va se trouver consolidée par une unité sur le plan Maghrébin grâce à la volonté des trois centrales syndicales nationales et à la décision prise par leurs dirigeants de créer une fédération inter- syndicale maghrébine.
Ainsi aura été réalisé un des plus grands vœux du regretté Farhat  Hachad .Et il est symbolique que votre  rencontre a été un lieu presque pour l’anniversaire de sa mort.
Nos trois  pays pourront alors jouer un grand rôle sur le plan  international, car chaque responsable pourra alors parler au Nom de prés de 25 millions d’habitants pour les trois pays. Cette Fédération consolidera l’Union Générale des Travailleurs Algériens et les aidera à trouver une solution juste au douloureux problème algérien. »

Une lecture attentive de cette allocution nous met en tant que Maghrébins chacun devant ses responsabilités !

Comme je l’ai toujours dit et écrit que les penseurs et vrais militants ne meurent jamais. En témoignent ces nombreuses foules venant leur dire un ultime ADieu. De tels événements sont cependant d’opportunes occasions des retrouvailles. C’est dire que devant l’enterrement de ces deux personnalités  il y avait beaucoup de monde, en un laps de temps, on a oublié le deuil.

Et cela nous permet encore une fois de plaider pour réserver un foncier servant d’annexe au cimetière Chouhada. Il ne faut pas chercher loin, le terrain est bien là à coté, avant  qu’il ne soit convoité par la spéculation immobilière. Je dis ceci parce que je pense que les anciens habitants de Casablanca aujourd’hui oubliés, méritent bien, au moins d’être enterrés dans cet annexe du fait que le peu de places qui restent dans ce cimetière ont été déjà accaparés par des Prétendus riches…

Je ne savais taire à cette occasion, la traversée  du désert de votre humble serviteur. Il m’a fallu courir contre la montre pour pouvoir assister aux obsèques de ces deux émérites personnages. En effet, j’ai mis plus de temps pour venir de la forêt de Bouskoura au Cimetière Chouhada ( l’équivalent de la durée de Casa à Marrakech) à cause du manque du transport. Mais le Bon Dieu a voulu que j’assiste à ces funérailles, et de rencontrer plusieurs amis et connaissances que je n’ai plus revus depuis des années. Il va sans dire que c’est la seule occasion qui reste aux personnes de troisième âge pour de telles rencontres. Là, je tiens à rapporter un conseil que j’ai confié à mon cher ami, Mustapha Zeghari (ex WAC) pour qu’il demeure solidaire avec son inséparable ami, car les authentiques amis sont devenus de nos jours, une denrée rare…

PAX, cet espace en est un où tous les disparus ont trouvé leur dernier refuge paisible et éternel  pour échapper aux pressions de la morosité de la vie. Le cimetière Chouhada demeure l’unique lieu où l’on aimerait rester le plus longtemps possible, à même de contempler  sa dernière demeure future au milieu de cette inertie saine et accueillante, mais aussi  voir des visages vivants. Ce cimetière est devenu en sorte un lieu de pèlerinage pour les casablancais. En fait, je ne suis pas le seul à le penser, mais à un certain moment où la contemplation se mêle à la pensée, le spirituel dans toute sa proportion infinie se dresse pour nous rappeler des vérités. Enfin, la seule et unique vérité : la mort. Cette fin inéluctable que nous devons nous se préparer à la  subir, dans sa cruauté comme dans la paix qu’elle procure. Ce cimetière nous rappelle, à chaque fois qu’on y est, l’absolu passage d’un monde à un autre.
A Dieu nous sommes et à lui nous retournons.

Said  Sabbar

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