A la recherche de la source de Wikileaks, le Pentagone s’embrouille

A la recherche de la source de Wikileaks, le Pentagone s’embrouille

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L’investigation a été confiée à la Division d’enquête criminelle de l’armée de terre, qui est déjà chargée du dossier de Bradley Manning, un soldat de deuxième classe de 22 ans arrêté en mai. Maintenu au secret pendant plusieurs semaines avant son inculpation, le soldat Manning est soupçonné d’avoir transmis  à Wikileaks une vidéo d’une bavure de l’armée américaine en Irak. En 2007, un hélicoptère de combat américain avait ouvert le feu sur un groupe de civils, faisant une dizaine de morts, dont deux journalistes de l’agence Reuters. Egalement soupçonné d’avoir transmis des milliers de courriers diplomatiques à Wikileaks, Bradley Manning risque cinquante-deux ans de prison.

Bradley Manning fait figure de suspect tout trouvé dans la fuite des « journaux de guerre afghans ». Mardi, sur la chaîne de télévision MSNBC, le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, a estimé que le soldat Manning est « bien évidemment un personnage clé » dans l’affaire, même si le Pentagone « ne sait pas encore de quelle manière ». Une version en contradiction avec celle qu’exprimait au même moment un autre porte-parole de l’armée américaine, le colonel Dave Lapan, pour qui « l’enquête en cours sur la diffusion de documents à Wikileaks (…) ne se concentre pas sur un individu en particulier, elle a un spectre plus large ».

UNE AIGUILLE DANS UNE BOTTE DE FOIN

Bradley Manning est-il un bouc émissaire ? Les enquêteurs du Pentagone avaient pu remonter jusqu’au jeune soldat quelques semaines après la diffusion de la vidéo irakienne sur Wikileaks grâce à deux indices. Tout d’abord, les images transmises nécessitaient un niveau d’accréditation relativement élevé, ce qui réduisait le champ des recherches. Et, surtout, le jeune homme aurait été dénoncé, dans des conditions peu claires, par un hacker à qui il se serait confié, et qui aurait à son tour transmis les informations à un journaliste du magazine Wired.

Dans le cas des rapports afghans, la tâche des enquêteurs sera beaucoup plus complexe, à moins que le ou les auteurs ne soient dénoncés. Comme le détaille un ancien collaborateur civil de l’armée américaine en Irak au site du magazine Mother Jones, les rapports publiés par Wikileaks proviennent de fichiers Sigact (Significant Activity Reports, rapports d’activités significatives), un vaste pot-pourri de documents détaillant tous types d’engagement ou d’action militaires. L’accès à ces fichiers est loin d’être secret-défense : toujours selon Mother Jones, tout soldat mobilisé dans le pays et la quasi-totalité des analystes de l’armée, voire les partenaires privés du Pentagone sur place, peuvent y avoir accès via un réseau intranet : le Secret Internet Protocol Router Network (SIPRNet).

Une aiguille dans une botte de foin ? Les possibilités offertes au Pentagone pour traquer la source sont minces, mais elles existent. Les enquêteurs pourront tenter de remonter le cours des volumineux fichiers d’accès aux rapports, voire les téléchargements suspects d’importants volumes de données, sans garantie de résultat. L’enquête sur les agissements de Bradley Manning avait montré que les mesures de protection et de contrôle employées par l’armée américaine étaient insuffisantes dans le centre où le jeune homme opérait. Son poste de travail bloquait les transferts de fichiers sur des clefs USB, mais le graveur de CD de la machine était opérationnel. Bradley Mannings avait ainsi pu copier les données sur un CD enregistrable qu’il avait dissimulé dans une pochette d’album de Lady Gaga.

 

 

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