À Tripoli, dans le théâtre d’ombres du clan Kadhafi

À Tripoli, dans le théâtre d’ombres du clan Kadhafi

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Il a choisi le canapé vert, juste au-dessous d’un portrait géant du colonel Kadhafi. Les bras croisés sur un pull en laine, Seïf al-Islam («le glaive de l’islam») affiche, devant ses visiteurs, une détermination sans faille. «La situation est excellente, jugez-en par vous-même!» insiste, dans un anglais parfait, le fils le plus en vue du Guide libyen, en balayant d’un revers de la main toute idée de déliquescence du régime. «Dans deux jours, tout sera rentré dans l’ordre », promet-il, un sourire nerveux aux lèvres.

Les vitres épaisses de ce bâtiment blanc du centre-ville, où il reçoit ses hôtes à la nuit tombée, ne laissent transparaître aucun signe d’instabilité. Dehors, le silence flotte sur Tripoli, à l’exception de la fameuse place Verte, où une bande de gais lurons, l’haleine gonflée d’alcool, chantonnent inlassablement quelques refrains à la gloire de leur «aimable Guide» en lui souhaitant «longue vie». Dans ce théâtre d’ombres, les nouvelles qui proviennent des villes alentour – Zuwara, Zawiya, Misourata – sont totalement occultées. Là-bas, l’insurrection se poursuit pourtant, en s’inspirant de la rébellion de l’est du pays, désormais sous le contrôle de l’opposition.

«C’est vrai que c’est un peu le bazar dans l’Est», admet celui qu’on surnomme le «Businessman de la diplomatie», tout en prédisant un «rapide retour au calme». Le visage soudainement plus sévère, il reconnaît que «quelques centaines de personnes y sont mortes». «Au début des accrochages, essentiellement cantonnés à Benghazi et El Beida, les policiers ont paniqué et ils ont tué des dizaines de manifestants qui s’attaquaient aux postes de police», concède Seïf al-Islam. Mais pour le reste, il nie tout en bloc: les frappes aériennes sur la population, les exactions considérées par les Nations unies comme des «crimes contre l’humanité». «Nous sommes victimes d’une campagne de propagande des médias étrangers! Pire: c’est la première fois dans l’histoire de la diplomatie contemporaine que le Conseil de sécurité prononce une résolution en s’appuyant sur des reportages mensongers», s’emporte-t-il.

Golden boy

Une des raisons, sans doute, pour lesquelles son bureau a récemment fait délivrer des visas à quelques dizaines de journalistes étrangers. «Soyez les bienvenus en Libye. Ouvrez les yeux, montrez-moi les bombes, montrez-moi les blessés! Promenez-vous librement à travers Tripoli!» insiste-t-il à l’attention des reporters – dont les déplacements restent néanmoins limités et encadrés, «dans l’intérêt de leur propre sécurité».

Quid des opposants qui, toujours dans l’est du pays, disent avoir formé un gouvernement intérimaire? «Ces gens-là ne sont pas crédibles. Ce sont des opportunistes. Hier, ils étaient avec nous. Aujourd’hui, ils retournent leur veste. Les Américains sont naïfs de vouloir entamer un dialogue avec eux», répond Seïf al-Islam. Il appelle de ses vœux un retour à la normale, afin «de lancer au plus vite un vaste plan de réformes», dont l’amorce, dit-il, «était justement prévue pour le 2 mars». Au programme: l’élaboration d’une Constitution, un nouveau Code pénal et une libéralisation de la presse. Mais n’est-il pas déjà trop tard, face à une contestation qui s’amplifie? «Des milliers de personnes m’appellent régulièrement en me suppliant de restaurer l’ordre. Ce sont des gens simples, des fermiers, des hommes modestes qui rêvent de sécurité, qui veulent que leurs enfants puissent aller à l’école sans le moindre danger», dit-il, accusant les manifestants de semer la «terreur». Les «victimes innocentes» du chaos ont ainsi reçu une enveloppe d’environ 400 dollars, pour, dit-il, «compenser l’augmentation du coût de la vie provoquée par les troubles».

Fin communicateur

Architecte de formation, passé par les bancs de la London School of Economics, Seïf al-Islam, 38 ans, s’est souvent distingué comme l’homme du changement. Quand il sort de l’ombre, il y a dix ans, il s’impose rapidement comme un incontournable médiateur auprès d’une communauté internationale refroidie par le soutien de la Libye aux terroristes islamistes. Nommé par son père à la tête de la Fondation Kadhafi, ce golden boy au crâne rasé mène alors, sous couvert de cette organisation, une politique de réconciliation et d’ouverture sur l’extérieur. C’est à son initiative que des indemnités sont ainsi versées aux victimes des attentats de Lockerbie (1988) et de l’avion français de l’UTA (1989), dans lequel des Libyens sont impliqués. Début 2009, il osa même évoquer en public certaines insuffisances «dans le mécanisme d’application du pouvoir du peuple et de la démocratie» en Libye.

C’est donc lui qui, au cœur de la crise la plus profonde des quarante et un ans de règne de son père, se retrouve actuellement à la tête d’une opération de charme à l’attention des Occidentaux. Mais ce fin communicateur peut-il faire oublier les déclarations délirantes de son père, qui continuait d’affirmer mardi, dans une interview aux chaînes américaine ABC et britannique BBC: «Mon peuple m’aime. ( Les Libyens) mourraient pour me protéger.» Lui-même ne promettait-il pas, le 20 février à la télévision libyenne, des «rivières de sang» et une bataille «jusqu’à la dernière balle»?

Son crédit international envolé, Seïf al-Islam n’a qu’un mot à la bouche: «le retour au calme». «Mon père se porte bien, et je n’ai aucune ambition de devenir le président de la Libye», martèle-t-il.

 

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