Maison A la une Hind El Achchabi, la femme otage.

Hind El Achchabi, la femme otage.

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De gauche à droite : Hind El Achchabi, Mohssine Karim Bennani (mari de Hind), Sheikh Mishal Al Ahmed Al Jaber Al Sabah. Derrière à droite : Sadek Maarafi (Ambassadeur Kowetien à Vienne , ex-mari de Hind)

Rites incompatibles, haute compromission et conflits de valeurs…

La dernière requête reçue par voie judiciaire révèle le pot aux roses dans cette affaire ubuesque. Rappelons que le plaignant est un diplomate koweïtien qui a ruiné la vie de son ex-épouse marocaine Hind El Achchabi, femme d’affaires et maman de trois enfants. Celle-ci moisit encore en prison pour un prétendu adultère imaginé par son ex-mari. Une histoire qui peut arriver à n’importe quelle femme qui rencontre un jour un kharidjite et dont l’acte de mariage baignera toujours dans le flou de rites diamétralement opposés.

L’affaire réserve encore son lot de surprises venant de la part de l’ancien époux et plaignant qui persévère dans sa rage de vengeance, et qui vient de commettre l’acte fatal de ses manœuvres. Celui-ci vient de soumettre une demande aux autorités de son pays pour rapatrier au Koweït l’une des filles de la femme d’affaires  –qui a aujourd’hui seize mois- qui n’est pas la sienne, et pour laquelle il avait demandé des tests ADN. Cet enfant a été reconnu officiellement au Maroc comme n’étant pas de lui, test d’ADN à l’appui. Dans la requête arrivée au tribunal de Rabat, il est signalé que l’ex-mari a réussi à enregistrer l’enfant comme étant sa fille sur l’état civil au Koweït, et qu’il lui a même attribué un nouveau prénom –Sarah- alors que cette enfant a le sien –Nayla- octroyé par ses parents marocains et acté par l’administration new-yorkaise puisqu’elle est née aux États-Unis.

Plus grave encore, Monsieur affirme par écrit ne pas souhaiter laisser grandir sa prétendue fille dans un pays peu enclin aux bases et aux préceptes d’une bonne éducation musulmane, qui selon lui ne respecte pas les valeurs de l’Islam. Étant proche de l’Europe, de mœurs peu fiables le Maroc ne protégerait pas assez l’éducation traditionnelle. Grandir et être inculqué de valeurs marocaines seraient un péché aux yeux de ce grand Monsieur et de ces gens-là. Notre société est trop peu pour eux ! Le diplomate actuellement en poste à Vienne a exigé, comme l’atteste le document ci-joint, que la fille et la mère, celle qu’il a envoyé en prison, viennent vivre dans son pays selon la tradition et le rite chiites sous le prétexte, selon ses propres termes, que la famille risque d’avoir une mauvaise éducation au Maroc, et dont la réputation de ses femmes laissent à désirer.

Le verdict qui a frappé une mère de famille de deux ans de prison reste suspect, alors que la loi marocaine ne prévoit que six mois au cas où son statut d’époux serait avéré, ce qui n’est absolument pas le cas. Le diplomate s’est marié avec Hind El Achchabi selon le rite chiite au Koweït. Un rite non reconnu par l’administration marocaine, puisque l’épouse a grandi sous les préceptes du rite sunnite malékite.

Ce mariage non validé par la loi marocaine devait être authentifié par un acte de mariage local. Et pour cause, même le divorce il y a deux ans, a été prononcé au Koweït. Il aura suffi de le faire selon la tarika pour que celui-ci devienne une réalité pour les deux conjoints. La tarika, c’est notre vieille répudiation orale, faite par le mari devant des témoins, et qui devient effective aux yeux de la loi koweïtienne. Ce divorce ne pouvait avoir lieu qu’au Koweït, puisque le mariage n’était pas reconnu au Maroc. Hind El Achchabi a exigé de son ex-mari un papier qui signerait sa liberté effective. Ce document de divorce existe bel et bien dans un coffre-fort d’une maison new-yorkaise de l’ex-épouse. Mais le tribunal a placé sous scellé cette maison et a toujours empêché quiconque de récupérer le document.

Sur le plan civil, non seulement ce diplomate a reconnu la situation de divorce, mais il s’avère qu’il gardera après sa séparation un lien amical avec son ex-épouse et avec celui qui est devenu le nouveau mari de Hind. Ami du nouveau couple, né après son divorce, ce diplomate connait bien Karim Bennani qui a longtemps travaillé pour Hind avant que leur histoire n’évolue vers un mariage. Hind El Achchabi est tout autant à l’origine de la promotion sociale de son premier mari puisqu’elle l’a aidé à obtenir son poste d’ambassadeur à Vienne. Et pour cause, l’homme a toujours vécu dans l’ombre de son ancienne épouse marocaine. En effet Hind El Achchabi est à l’origine de son ascension professionnelle et sociale, contrairement à ce que croient certains. Mais l’homme n’en a eu cure et par jalousie aveugle, a choisi de la détruire en utilisant tous les moyens, même illégaux. Comme celui qui a consisté à induire en erreur l’administration marocaine en lui fournissant une copie et non l’original, d’un acte de mariage non valide aux yeux de la loi marocaine, car établi selon la tradition chiite, et non authentifié par les tribunaux marocains. Comment la justice a-t-elle pu accepter d’ouvrir une enquête pour adultère, sans reconnaissance du contrat de mariage koweïtien chiite et sans présentation de l’acte original ? Le Maroc est un pays organisé, il a des règles, des institutions souveraines. C’est là où le bât blesse, car la justice marocaine a arrêté et condamné Hind sous prétexte qu’elle n’a pas respecté la déontologie et les mœurs du Koweït. Or la femme d’affaires et son mari Karim Bennani se sont mariés avec un acte authentifié par les autorités marocaines. Ce mariage a été enregistré au Maroc et a donné lieu à un acte de mariage marocain. Au demeurant, ce diplomate koweïtien s’est finalement joué du Maroc. Il l’a méprisé et l’a manipulé. Il a présenté son ex-épouse comme une trainée et la justice marocaine a marché dans sa combine. Tout cela au mépris de toutes les lois et les règles marocaines. Un tableau noir qui révèle les intentions réelles de cet homme. Les autorités marocaines vont-elles continuer à supporter un procès qui manque de toutes raisons et être à l’écoute d’une simple vengeance poussée à son paroxysme ? Vont-elles maintenir ce verdict ? Hind coupable, mais sur quelles bases ? Pourquoi ne pas écouter ce que la femme d’affaires clame haut et fort depuis le premier jour : qu’elle est innocente, que ses enfants et son foyer sont « halal », qu’elle a bel et bien divorcé de son ex-mari.  Ou bien alors envoyons Hind El Achchabi au bucher tant qu’à faire, pour assouvir les caprices de ce potentat.  Mais alors soyons convaincus que d’autres Hind suivront s’il y a jurisprudence, et ce sera nos filles, nos sœurs, nos cousines, nos tantes, nos copines, nos amies. Toutes au bucher ! Allons-y franchement. Et pourquoi pas sur la place publique ! Debout le Maroc et saisissons cette affaire de Hind pour couper court à cet affront qui symbolique l’arbitraire et le pouvoir de l’argent, des lobbys, des réseaux d’intérêt.

Au-delà de cette affaire ce sont des milliers de femmes marocaines mariées à des hommes du Golfe sous le régime low cost « 3orfi » et « Mout3a », qui risquent ce scénario sinistre. Prions pour l’âme de la justice marocaine, qu’elle s’aligne à l’avenir avec la haute autorité des Oulamas du Maroc et qu’elle ne prenne en compte que les actes de mariage sunnites malekites. Stoppons l’hémorragie, vite, vite. Beaucoup de femmes et de familles, vivant de part et d’autre du Maroc et du Golfe, sont concernées. Et que les enfants de Hind : Sadek onze ans, Nayla dix sept mois et Maya dix mois retrouvent leur liberté. Amen.

 Wahid Al Osfour

Acte de mariage entre Hind El Achchabi et Sadeq Maarafi (Rite Jaafari – Chiite)

 

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