Afghanistan: 2013, l’année charnière

Afghanistan: 2013, l’année charnière

361
0
PARTAGER

Une partie significative du contingent composé de plus de 130 000 soldats de l’Otan déployés en Afghanistan entamera cette année un retrait progressif, qui s’étalera jusqu’à la fin 2014, date à laquelle plus aucun allié ne sera engagé dans des opérations de combat.

Certains pays, comme la France, ont même accéléré leur départ. Plus que 1 500 soldats français sont actuellement engagés sur le sol afghan, principalement à Kaboul. Un tiers d’entre-eux seront exclusivement chargés l’an prochain de former l’armée afghane et d’aider les civils avant leur départ définitif et total en 2014. La Grande-Bretagne, le deuxième plus gros contributeur de l’saf derrière les Etats-Unis, débutera quant à elle son retrait graduel en avril prochain.

Dans ce contexte de transition, les spécialistes brossent un tableau plutôt sombre de la situation dans le pays ; un constat que les états-majors de la coalition refusent de reconnaître.

Isaf : mission non-accomplie

La plupart des analystes estiment en effet que la coalition se retire sans avoir accompli sa mission de pacification et de démocratisation. L’Alliance laisse derrière elle un pays dévasté et plongé dans l’incertitude avec le risque de guerre civile.

L’armée nationale afghane, censée prendre la relève et assurer, la stabilité en 2014 est insuffisamment formée et équipée. De plus, les talibans, après s’être retirés un temps, ont gagné du terrain et semblent aujourd’hui plus renforcés que jamais. Enfin, la population afghane a majoritairement perçu la mission de l’Isaf comme une armée d’occupation.

Georges Lefeuvre, anthropologue et diplomate explique que cet échec est dû à la stratégie de la coalition qui s’est uniquement basée sur des analyses qui remontaient au 11 septembre 2001. « Au mieux, la mémoire des décideurs politiques remontaient à décembre 1979 (date de l’invasion soviétique en Afghanistan). Or l’histoire de ce pays ces trois derniers siècles montre que les zones insurrectionnelles ont toujours été au même endroit. »

Cette insurrection permanente des populations doit avoir une raison, estime Georges Lefeuvre. « Pour la comprendre, il aurait fallu interroger l’histoire et l’anthropologie politique pour savoir comment faire passer auprès des populations une présence militaire. La seule substance politique, consistait de croire qu’on allait débarrasser le pays des talibans, se faire applaudir par la population, dévoiler les femmes, faire valoir les droits de l’homme et les droits de la femme et enfin établir la bonne gouvernance. Cela s’est borné à cela: l’humanisme, la bonne gouvernance, la reconstruction. Les talibans ont profité de cette situation pour s’engouffrer dans la brèche, et contrairement à ce que l’on raconte, avec une force inégalée », explique Georges Lefeuvre.

Retour en force des talibans

Il est vrai que onze ans après la chute des talibans, l’insurrection ne s’est jamais mieux portée. Si l’envergure de l’insurrection est difficile à vérifier sur terrain, les experts affirment que les talibans contrôlent aujourd’hui les trois cinquièmes du territoire. Ils dominent le sud et l’est du pays, progressent dans le centre et contrôlent quelques poches dans le Nord. Nombreux s’accordent à dire que, loin de les affaiblir, l’intervention de l’Alliance a contribué à réorganiser toutes les forces d’opposition, des plus modérées aux plus extrémistes.

Compte tenu de leur influence, les talibans sont devenus des interlocuteurs incontournables dans le processus de réconciliation. Il y a un an déjà, ils ont fait preuve d’ouverture en annonçant la mise en place d’un bureau politique à Doha au Qatar. Si l’on est encore loin d’une possible réconciliation (les talibans afghans refusent toujours de négocier avec le gouvernement de Kaboul, l’accusant d’être à la solde des Etats-Unis), les insurgés ont en revanche établis plusieurs contacts avec les Américains.

Le Pakistan : acteur-clé de la réconciliation et source d’instabilité

Mais la réconciliation afghane dépendra aussi et surtout de la stratégie que suivra un autre acteur majeur, le Pakistan, en raison de ses relations historiques avec des chefs des talibans.

Selon Georges Lefeuvre, le Pakistan craint surtout que le conflit actuel ne fasse renaître les volontés des Pachtounes de créer un « grand Pachtounistan », ce qui amputerait le Pakistan de toute sa frontière du nord-ouest et de toutes les zones tribales. « On assiste à une espèce de guerre entre l’Afghanistan et le Pakistan qui n’est pas déclarée, mais qui correspond en tout point et pour les mêmes raisons à ce que l’on a appelé, à la fin du 19e et au début du 20e siècle, les guerres anglo-afghanes. Le Pakistan est obsédé par le besoin de contrôler l’Afghanistan pour éviter de perdre au moins un cinquième de son territoire. »

Islamabad s’efforcera donc de concentrer l’action des forces talibanes sur l’Afghanistan pour apaiser ses propres zones. L’autre souhait du Pakistan est de tenter de maintenir le contrôle sur Djalalouddine Haqqani (chef militaire afghan, allié des talibans) et le mollah Omar (le chef spirituel des talibans), dans la perspective d’un éventuel retour des islamistes au pouvoir à Kaboul, après le départ du président Hamid Karzaï qui termine son troisième et dernier mandat à la tête de l’Etat.

Les élections présidentielles devraient avoir lieu en 2014, une échéance capitale pour la crédibilité du processus de transition.

rfi.fr/ actu-maroc.com

 

Commentaires