Algérie: à Ghardaïa, la cohésion sociale menacée par des violences

Algérie: à Ghardaïa, la cohésion sociale menacée par des violences

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Ghardaïa, chef-lieu de la province éponyme construit au 11e siècle, est située à 600 km au sud d’Alger.
Ses 400.000 habitants, dont près de 300.000 berbères, vivent depuis plusieurs semaines au rythme des heurts devenus récurrents, destruction de biens, fermeture d’écoles et magasins.
« La crainte si Ghardaïa est déstabilisée est que toute la région se retrouve dans une situation précaire », analyse le politologue Rachid Tlemçani.
La ville se trouve à proximité des zones pétrolières et des grandes villes du sud algérien, frontalières des pays du Sahel.
La cohabitation plusieurs fois centenaire entre communautés mozabite (berbère) et chaamba (arabe) est menacée, et le calme revenu reste précaire dans cette ville aux portes du Sahara, où trois personnes ont déjà été tuées ce mois-ci.
Selon M. Tlemçani, « seule une démocratie participative (…) peut éliminer le risque du communautarisme », dans ce pays où les différentes communautés arabes et berbères cohabitent habituellement en harmonie.
Mais à Ghardaïa, les autorités locales semblent impuissantes à régler le phénomène.
« Je resterai blessé toute ma vie, cela ne s’effacera jamais », lance amèrement le mozabite Nourredine Daddi Nounou, évoquant la destruction du mausolée de Ammi Moussa.
Ammi Moussa, mort en 1617, est le symbole de l’intégration dans cette région. Il « fut celui qui prit la responsabilité d’intégrer les nomades (arabes) dans la ville (mozabite) en 1586″, explique Mohamed Hadj Said, chercheur.
La destruction de son mausolée, classé patrimoine mondial par l’Unesco, et la profanation du cimetière où il se trouve, le 26 décembre 2013, ont été très mal vécues par la population.
Des vidéos montrant des casseurs, dont des jeunes identifiables en train d’y détruire des biens mozabites, sans que les policiers présents ne réagissent, circulent sur le net et sont montrées aux journalistes qui arrivent sur place.

Impunité

Des Ksour (villes traditionnelles) ont été pillés et incendiés. Ils sont gardés par les gendarmes, et les notables accusent une partie des policiers d’être complices des émeutiers.
« Nous n’avons rien demandé à l’Etat depuis 1962 (l’indépendance du pays), aujourd’hui nous demandons seulement la sécurité « , lance Moussa, un commerçant dans la vieille ville.
Pour Mohamed Djelmami, un intellectuel mozabite, « la situation actuelle est la conséquence des retombées d’une politique qui a été menée dans cette région depuis l’indépendance »
Les chaambas ont accaparé le parti du pouvoir, le Front de libération nationale (FLN), après l’indépendance, se considérant comme révolutionnaires, et taxant les mozabites de bourgeois réactionnaires, affirme cet intellectuel.
Les mozabites ont toujours été autonomes vis-à-vis de l’Etat, gérant leurs affaires sur la base notamment d’une solidarité communautaire et économique.
L’une des causes des conflits dans cette région réside dans le déficit d’intégration des communautés. Ainsi, cinquante ans après l’indépendance, des équipes de football sont créées sur une base strictement communautaire.
Parmi les facteurs aggravants, il y a l’impunité des responsables des heurts et les changements dans la composition de la communauté mozabite, explique M. Djelmami.
Auparavant, les jeunes mozabites partaient travailler dans le Nord, mais le développement de la région leur a permis de rester sur place. Et si leurs aînés refusent de répondre aux provocations, les jeunes estiment qu’ils ont le droit de riposter, notent plusieurs notables.
« Il n’y a pas de problème entre mozabites et chaambas. Le problème se situe entre des criminels, peu importe leur origine, et des mozabites qui défendent leurs biens », estime Mohamed Djelmani.
Mais les jeunes des deux côtés s’accusent mutuellement et les rancœurs sont perceptibles.
Le président de la fondation des chaambas, Bouhafs Bouamer, assure que c’est sa communauté qui a été agressée, « par des groupes de mozabites ».
Selon de nombreux observateurs, le conflit actuel ne présente pas de dimension religieuse ni linguistique.
Des habitants affirment qu’il est « fomenté par les barons de la drogue » qui ont la main mise sur le quartier d’où viennent les casseurs.

AFP

 

 

 

 

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