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Le gouvernement algérien a chargé l’armée et la justice de mettre fin aux violences entre Arabes et Berbères dans la région de Ghardaïa, dans le sud, qui ont fait plus de 20 morts et des dizaines de blessés ces derniers jours.

Barricades de pneus, de brouettes et d’objets divers, locaux commerciaux, maisons et véhicules incendiées: la ville de Guerara portait jeudi matin les stigmates des affrontements des jours précédents, a constaté un photographe de l’AFP.

Aucun déploiement de soldats n’était toutefois visible dans cette localité où 19 personnes sont mortes dans la nuit de mardi à mercredi, le plus lourd bilan depuis le début de la crise communautaire en décembre 2013. Au moins trois autres ont été tuées ailleurs dans la région de Mzab, à environ 500 km au sud d’Alger.

La brusque flambée de violences a été déclenchée mardi peu avant minuit lorsque des hommes au visage masqué et armés de fusils de chasse ont ouvert le feu sur des habitants, selon une version des faits non confirmée du quotidien El Khabar.

Les corps ont été difficilement évacués par les familles, faute de sécurité pouvant permettre aux pompiers d’intervenir, selon le journal.

Le journal El Watan évoque la présence de « hordes encagoulées » à bord de motos qui ont obligé les habitants à quitter leurs maisons, ensuite incendiées, et face auxquelles les policiers ont paru impuissants.

L’affaire a pris une ampleur nationale qui a conduit le président Abdelaziz Bouteflika à tenir mercredi soir une réunion d’urgence avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal et le chef de l’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaid Salah.

A son issue, M. Bouteflika a chargé le commandant de la 4e région militaire de superviser les opérations « pour le rétablissement et la préservation de l’ordre public à travers la wilaya (préfecture) de Ghardaïa ». Il a également demandé que la justice « prenne en charge, avec diligence et sévérité, toutes les violations de la loi (…) et notamment l’atteinte à la sécurité des personnes et des biens », selon un communiqué de la présidence. Le Premier ministre devait se rendre sur place dans la journée.

Depuis plus de deux ans, le gouvernement a envoyé à chaque poussée de violence des renforts de policiers et gendarmes sans réussir à rétablir l’ordre dans la vallée rocailleuse aux portes du désert.

- ‘Plan d’asphyxie’ -

Y cohabitent depuis des siècles mozabites, des berbères de rite ibadite (musulmans chiites), et des arabes malékites (musulmans sunnites). Se sont ajoutées au fil des décennies des populations diverses attirées par l’urbanisation et la découverte du pétrole dans des gisements proches.

La « solution policière » n’a rien apporté, constatait jeudi le quotidien La Tribune. « La crise est une des expressions de la crise de l’Etat national qui, loin de valoriser la spécificité des régions, a ignoré les formes d’auto-organisation ancestrales », juge son éditorialiste.

Majoritaires dans la région, les mozabites, dont le fief de Ghardaïa est un joyau touristique classé au patrimoine mondial de l’Unesco, continuent de vivre selon un modèle social propre.

Forte solidarité entre membres de la communauté, contrôle social, modes de vie et d’habitat propres caractérisent ce modèle percu parfois comme un « empêchement à l’adhésion à la nation » dans un pays dirigé par un pouvoir politique centralisé, souligne la sociologue Fatima Oussedik.

Issu de cette communauté, l’universitaire Rostom El Djazaïria dénonce dans El Watan « un plan d’asphyxie de toute une population, doublé d’une démarche calomnieuse et machiavélique bien struturée visant l’isolement moral, politique et médiatique de celle-ci ».

« Pour le pouvoir, la voie consisterait à dicter à la communauté mozabite sous la menace et la terreur savamment dosés, distillés et sous-traités, les termes de sa soumission, du renoncement à sa différenciation, de l’application du processus de désintégration et l’extinction de sa civilisatione, analyse-t-il.

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