Allemagne: sauver l’euro tout en ménageant les Allemands, dilemme de Merkel en...

Allemagne: sauver l’euro tout en ménageant les Allemands, dilemme de Merkel en 2011

330
0
PARTAGER

Mme Merkel a annoncé la couleur dans son message de voeux télévisés: « l’Europe se trouve ces mois-ci au milieu d’une épreuve cruciale. Nous devons renforcer l’euro », qui est « la base de notre prospérité ».
Et, n’en déplaise aux Allemands, cela pourrait bien vouloir dire passer à nouveau à la caisse.

« Jusqu’ici les gens ne se sont pas rendus compte de ce que pourraient coûter les engagements pris par les politiques: en clair, que certains Etats doivent garantir la dette pour d’autres », analyse Thorsten Polleit, économiste de Barclays Capital.

Faire passer le message aux Allemands qui se serrent la ceinture « pose problème, sans aucun doute », juge Eckhart Tuchtfeld, économiste chez Commerzbank, interrogé par l’AFP.

Avec une série de sept scrutins régionaux décisifs en vue, la coalition de conservateurs (CDU/CSU) et libéraux (FDP) au pouvoir à Berlin « agira probablement avec précaution » en 2011, ajoute-t-il.

Malgré une croissance économique record en 2010 et un chômage qui a fondu, l’Allemagne s’est mise au régime sec: coupes dans les dépenses, hausse des prélèvements sociaux, communes exsangues…
Difficile pour Mme Merkel d’expliquer à ses électeurs pourquoi ils devraient payer pour d’autres Européens, jugés prodigues. Les Allemands font volontiers valoir qu’ils doivent leur dynamisme économique à des sacrifices, notamment salariaux.

Selon deux sondages récents, ils jugent à 88% qu’une zone euro stable est dans leur intérêt, mais 62% rejettent l’idée de venir en aide à d’autres pays de la zone, après la Grèce au printemps et l’Irlande récemment.

Mais la dirigeante de la première économie européenne, et principale contributrice au Fonds de sauvetage de la zone, pourrait bien devoir expliquer à ses concitoyens qu’ils n’ont pas d’autre choix que de prêter davantage pour couvrir la dette du Portugal ou même, au besoin, de l’Espagne.
« Nous, Allemands, nous assumons nos responsabilités, même si c’est parfois très lourd », a martelé vendredi la chancelière.

Mme Merkel « doit convaincre (son opinion publique) du rôle particulier de l’Allemagne en Europe et de sa responsabilité dans le processus d’intégration », explique M. Polleit.
Ce à quoi la chancelière s’emploie activement, depuis quelques semaines, assurant devant le Bundestag que l’Allemagne abandonnerait aucun membre de l’UE, ou rappelant vendredi que « l’Allemagne a besoin de l’Europe et de notre monnaie unique ».
Jusque-là, pour contenter son opinion publique, Mme Merkel avait plutôt joué la carte de l’intransigeance. Elle a freiné le sauvetage de la Grèce, puis imposé à ses partenaires entre autres la participation des créanciers privés au sauvetage des Etats en déroute après 2013.
Mais l’attachement du pays à la stabilité monétaire, très ancré dans la période d’hyperinflation qui avait contribué à la montée du nazisme au début de XXe siècle, pèse aussi très fort dans la balance, et plaide en dernière instance en faveur de l’euro.

Les Allemands vont « clairement devoir apprendre à gérer des risques », juge Monika Müller, psychologue spécialiste de l’économie.

65 ans après la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne « pourrait prendre plus de responsabilités en Europe, dans un sens positif » et « abandonner l’idée qu’elle n’a pas à être un des leaders » du continent, ajoute-t-elle.

AFP

 

Commentaires