PARTAGER

Mer déchaînée, toits arrachés, bateaux projetés sur les routes: l’ouragan Irma a « totalement dévasté » l’île de Barbuda et ravagé l’île franco-néerlandaise de Saint-Martin, faisant huit morts et 21 blessés, et jeudi matin 7 septembre, il frôlait Porto Rico.

Le bilan le plus dramatique est venu de la partie française de Saint-Martin, avec six morts confirmés. Mais le préfet de la Guadeloupe, un département d’Outre-mer français voisin, a averti mercredi soir que le bilan n’était « pas définitif, loin de là », en « estimant peut-être à 60%, 70% les habitations détruites » sur cette île.

Plus pessimiste, Daniel Gibbs, président du conseil territorial français de Saint-Martin, a estimé l’île « détruite à 95% ». « Si on a un autre cyclone qui nous tombe dessus samedi, (…) ce n’est pas le nombre de morts qu’on va compter, c’est les vivants », a-t-il ajouté.

 

Le président français Emmanuel Macron a prévenu qu’il fallait s’attendre à « un bilan dur et cruel ». La situation est d’autant plus dramatique sur Saint-Martin mais aussi Saint-Barthélemy qu’environ 7.000 personnes avaient refusé de se mettre « à l’abri » selon la ministre française des Outre-mer, Annick Girardin.

Sur les réseaux sociaux, des photos et vidéos dévoilent l’ampleur des dégâts sur les deux îles, où l’électricité et les télécommunications sont coupées: bateaux transformés en petits bois dans un port, arbres étêtés par des rafales de vent, toitures envolées, voitures immergées dans les rues.

Un journaliste de la radio RCI international, présent à Saint-Martin, a de son côté évoqué la présence de jeunes gens « en train de piller le centre-ville ». « Dans certains magasins éventrés par les éléments, les gens sont allés voler, mais il n’y a pas de pillage organisé », a relativisé le préfet de la Guadeloupe.

Les dégâts sont énormes, à tel point que nous n’arrivons pas encore à les mesurer », a commenté de son côté le ministre néerlandais de l’Intérieur Ronald Plasterk, au sujet de la partie néerlandaise de Saint-Martin.

Le septième mort recensé pour l’instant sous les rafales d’Irma a été enregistré sur Barbuda, coupée du monde pendant de longues heures. L’île a été « totalement dévastée », selon Gaston Browne, le Premier ministre d’Antigua-et-Barbuda.

Barbuda, qui compte environ 1.600 habitants, « n’est plus qu’un tas de décombres », a-t-il insisté.

Irma, ouragan de catégorie 5, a commencé à longer la côte nord du territoire américain de Porto Rico à partir de 23h00 GMT mercredi, se déplaçant à la vitesse de 26 km/h vers l’ouest et la République dominicaine. Le service météorologique de Porto Rico a mis en garde contre des « conditions très dangereuses sur toute l’île » et a étendu jusqu’à 03h15 GMT jeudi son alerte aux crues subites.

Plus de la moitié des 3 millions d’habitants de Porto Rico sont désormais sans électricité et des rivières sont sorties de leur lit dans le centre et le nord de l’île.

« On aurait dit qu’il y avait des fantômes chez moi », a témoigné Blanca Santiago, employée dans un hôtel en face de la plage d’Isla Verde, dans la capitale San Juan, estimant qu’Irma est plus fort que Georges, qui avait tué sept personnes en 1998.

En République dominicaine, le gouvernement a ordonné de premières évacuations sur les zones littorales, même si l’oeil du cyclone ne devrait a priori pas toucher l’île selon l’Office national de météo (Onamet).

Selon le National hurricane center (NHC) américain, Irma devrait ensuite progresser vers Cuba, puis la Floride, qu’il devrait toucher en toute fin de semaine.

Le président américain Donald Trump, qui possède une villa à Saint-Martin, a placé les îles Vierges américaines, Porto Rico et la Floride en état d’alerte.

Dans les îles Vierges britanniques, bien décidé à ne pas quitter son île privée de Necker Island, le milliardaire Richard Branson a prévu de se réfugier dans sa cave à vin. « J’imagine qu’il y aura un peu moins de vin dans le cellier quand nous en ressortirons », a plaisanté le Britannique sur Twitter.

Irma « est d’ores et déjà un ouragan historique » et « d’une intensité sans précédent sur l’Atlantique », selon Météo-France. Il est plus puissant qu’Harvey, qui a récemment frappé le Texas et la Louisiane, y faisant au moins 42 morts.

A Cuba, où Irma est attendu « dans les 48 à 72 heures » selon l’état-major de la Défense civile, l’état d’alerte a été déclaré dans les provinces orientales.

A Haïti, les habitants de Cap-Haïtien semblaient eux apprendre l’arrivée de l’ouragan au gré des conversations. « C’est grâce au bouche-à-oreille qu’on apprend toujours les choses. Aucune autorité n’est venue nous dire quoi que ce soit », enrageait Josué Rosse.

Le sud de la Floride, lui, se préparait déjà. Et l’évacuation des Keys, chapelet d’îles dans l’extrême sud de l’Etat, a été ordonnée.

A Miami, de longues files d’attente se sont formées devant les stations-service et les habitants se ruaient dans les supermarchés mercredi. Les autorités ont prévenu que les commerçants qui augmenteraient les prix pour profiter de la pénurie seraient poursuivis.

Après Harvey, après Irma, la zone pourrait ensuite subir Jose: cette tempête tropicale, qui devrait s’approcher de la catégorie 3 vendredi, a été reclassifiée en ouragan par le NHC, tout comme la tempête Katia.

« Katia pourrait toucher l’Etat de Veracruz vendredi soir », et impacter près d’un million de personnes, selon le gouvernement de cet Etat du Mexique.

Commentaires