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Après cinquante ans d’occupation, l’économie palestinienne régresse et le peuple s’enfonce dans la pauvreté

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L’année 2017 marque le cinquantième anniversaire de l’occupation par Israël de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est. Il s’agit de l’occupation la plus longue de l’histoire récente. Pendant ces cinq décennies, le peuple palestinien a vu régresser son développement, réprimer son potentiel humain et nier son droit au développement. Pour la CNUCED, qui vient de publier son rapport annuel sur l’assistance au peuple palestinien, c’est une histoire sans fin.

L’occupation a asphyxié les secteurs agricole et industriel et affaibli la compétitivité intérieure et extérieure de l’économie palestinienne. Avec 1 hectare de surfaces cultivables sur 5 en exploitation et plus de 9 hectares sur 10 dépourvus d’irrigation, à quoi s’ajoutent l’interdiction d’importer des engrais adaptés et les autres restrictions imposées par Israël, la production agricole a chuté de 11 % et la part du secteur dans le produit intérieur brut (PIB) est passée de 3,4 % à 2,9 % entre 2015 et 2016.

Le fait que le PIB réel par habitant dans le territoire palestinien occupé soit le même aujourd’hui qu’en 1999 est une indication manifeste du coût humain et économique de l’occupation. Dans tous les secteurs, la croissance économique est bridée par les pertes de terres et de ressources au profit des colonies israéliennes et par l’annexion de terres en Cisjordanie. La situation est encore exacerbée par les restrictions imposées à l’importation de facteurs de production essentiels, qui font grimper les coûts de production et baisser l’investissement et qui créent les conditions d’un chômage élevé et d’une pauvreté généralisée. Rien ne semble devoir changer en 2017.

Le fort taux de chômage des jeunes est une menace pour l’avenir du peuple palestinien
En 2016, le taux de chômage était de 27 % dans le territoire palestinien occupé, et plus élevé encore à Gaza, où il se montait à 42 %. Ces chiffres seraient encore supérieurs s’ils incluaient les travailleurs découragés qui ont quitté le marché du travail. À moins d’une inversion des tendances actuelles, le chômage va s’accentuer, le revenu par habitant chuter, l’insécurité alimentaire et la pauvreté s’aggraver, avec le risque que le déclin économique alimente des crises politiques.

Depuis le début de l’occupation, le taux élevé de chômage dans le territoire palestinien occupé a contraint les travailleurs palestiniens à chercher du travail en Israël et dans les colonies, où leurs conditions d’emploi sont dangereuses et discriminatoires, et les dispositions en matière de santé et de sécurité insuffisantes. Sans ces emplois, le taux de chômage en Cisjordanie se situerait autour de 40 %, à peine moins qu’à Gaza.

Le taux de chômage est extrêmement élevé chez les jeunes âgés de 15 à 29 ans ; en 2016, il était de 27 % en Cisjordanie et de 56 % à Gaza. Le taux de chômage des jeunes Palestiniens est le plus fort de la région. Il ne tient pas compte des 6 jeunes sur 10 qui ont quitté le marché du travail, ne recherchent plus d’emploi et ne suivent pas de formation. Cette marginalisation de la jeunesse décourage l’investissement dans l’éducation, freine l’accumulation de capital humain et prive l’économie d’entrepreneurs et de créateurs. Le chômage des jeunes devrait faire l’objet d’une attention particulière de la part des décideurs palestiniens et de leurs partenaires de développement.

Les colonies de peuplement continuent de s’étendre
Dans sa résolution 2334, adoptée le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies a une nouvelle fois exigé d’Israël qu’il arrête toutes ses activités de peuplement dans le territoire palestinien occupé. Or, en 2017, Israël a accéléré la construction de colonies de peuplement et a annoncé son intention de bâtir davantage de logements. En 2016 déjà, la construction de logements dans ces colonies avait été supérieure de 40 % à celle enregistrée en 2015, et à son deuxième niveau le plus élevé depuis 2001.

Ces dernières années, le taux de croissance démographique des colonies a été supérieur non seulement à celui d’Israël, mais aussi à celui de la population palestinienne. Le nombre de colons a plus que doublé depuis les accords d’Oslo de 1993 et 1995, et se situe actuellement entre 600 000 et 750 000 personnes. De plus, en 2016, les autorités israéliennes ont démoli en Cisjordanie un nombre de constructions palestiniennes sans précédent depuis 2009. Elles ont notamment détruit des structures financées par l’assistance humanitaire, à savoir des abris et des tentes, des réservoirs d’eau, des étables et d’autres équipements de base nécessaires à la survie et à l’obtention de moyens de subsistance.

Les souffrances continuent pour la population de Gaza
À Gaza, le PIB par habitant a chuté de 23 % depuis 1994. En 2015, la CNUCED a insisté sur les conditions socioéconomiques désastreuses et sur les efforts considérables de reconstruction qui devaient être déployés dans des domaines tels que la santé, l’éducation, l’énergie, l’eau et l’assainissement. Mais les travaux ont été lents ; la moitié seulement de la somme de 3,5 milliards de dollars, promise en 2014 durant la Conférence du Caire sur la Palestine-Reconstruire Gaza, a été versée, et il faut encore répondre à 84 % des besoins de financement associés au relèvement. Aujourd’hui, 80 % de la population de Gaza reçoivent une aide alimentaire et d’autres types de prestations sociales, la moitié de la population est en situation d’insécurité alimentaire, et 10 % seulement ont accès à une source d’eau améliorée. De plus, en raison de la crise de l’électricité, Gaza était privée d’énergie électrique jusqu’à vingt heures par jour au début de 2017. Tous ces facteurs paralysent l’activité économique et entravent la prestation de services vitaux, notamment les services de santé, l’approvisionnement en eau et le traitement des eaux usées.

La baisse de l’aide des donateurs et la fuite des ressources fiscales
L’économie palestinienne a subi un autre choc négatif : l’aide des donateurs a chuté de 38 % entre 2014 et 2016, en partie parce que l’occupation a empêché cette aide de se traduire par des progrès concrets en matière de développement. En effet, elle a été principalement utilisée pour limiter les dégâts, financer des interventions humanitaires et soutenir les budgets. Le rapport souligne le cercle vicieux formé par le durcissement de l’occupation, la baisse du niveau de l’aide et l’effondrement économique qui nourrissent le mécontentement politique et enclenchent la spirale répressive.

La CNUCED a été la première à mener des recherches sur la fuite des ressources fiscales palestiniennes vers Israël. Grâce à ces travaux, la question a été inscrite au programme des négociations qui ont débouché sur un accord en vertu duquel Israël a remboursé 300 millions de dollars à l’Autorité palestinienne en règlement d’une partie des recettes fiscales palestiniennes perdues. Si cette mesure est certes un premier pas dans la bonne direction, il est nécessaire de créer un mécanisme rapide, transparent et vérifiable qui permettra de mesurer la fuite des recettes publiques palestiniennes vers Israël et d’y mettre fin.

L’assistance de la CNUCED au peuple palestinien 
Durant l’année écoulée, la CNUCED a continué d’apporter au peuple palestinien une assistance qui a pris la forme de services consultatifs, d’études et de documents d’orientation, de projets de coopération technique, ainsi que de programmes de formation et de renforcement des capacités en faveur de professionnels palestiniens des secteurs public et privé.

 Hafid Fassi Fihri

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