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Après la COP22: Les pays finiront-ils par se plier à un gouvernement mondial du climat ?

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Alors que les accords de Paris ne sont absolument pas contraignants juridiquement. Les  pays finiront-ils par se plier à un gouvernement mondial du climat ?

La COP22 de Marrakech est certainement passée à côté de l’essentiel, à savoir l’urgence de créer un gouvernement mondial du climat et celle de rendre les accords de Paris contraignants juridiquement.
On a préféré organiser une festival international du changement climatique et une foire mondiale du réchauffement de la planète. Cela n’est pas nouveau,  du temps du Protocole de Kyoto on a également sans cesse chercher à biaiser les négociations,  masquer les vrais enjeux.
Pendant ce temps,  le péril climatique est inéluctable,  inévitable puisqu’il est trop tard pour agir. Retour sur un processus qui a longtemps tergiversé , soufflant le chaud et le froid avant et après le protocole de Kyoto.
Le changement de trajectoire de l’humanité qui est en cours se fait en plusieurs phases. La première a été, par Kyoto, une reconnaissance sincère de la nécessité de réduire les émissions. Sous la pression des opinions publiques, les Etats ont fait un effort de formulation du problème, mais ils n’ont pas engagé les politiques de long terme cohérentes avec ce constat. On se met autour de la table, on commence à élaborer des instruments, mais on n’a pas encore mis en place de vrais plans de réduction. Il y a les mots, mais pas les actes !
Le pire, c’est  les Etats-Unis  qui ont longtemps servi  de prétexte aux autres pays pour ne pas agir !
Pourquoi les Etats-Unis, qui ont les technologies pour changer et disposent de grandes marges d’efficacité, ne parviennent-ils pas à évoluer politiquement ?
Aucun gouvernement n’a répondu à la critique faite il y a quelques années par Georges W. Bush, selon laquelle lutter contre l’effet de serre serait un handicap économique. L’ensemble du monde économique et politique partage au fond cette idée qui est fausse. L’effet de serre  oblige à faire des gains de productivité et de performance considérables. Les pays qui vont le plus tôt prendre en compte l’effet de serre gagneront en compétitivité. Mais dans ces domaines les changements de trajectoire sont forcément très longs : revoir l’ensemble des infrastructures et des transports et réhabiliter l’ensemble du patrimoine de logements nécessitent plusieurs générations.
Il y a deux types de pays : les pleins et les vides. Les pleins sont ceux d’Europe, ou le Japon, à densité de population forte et fortement attaquée par l’industrialisation, et qui n’ont plus de combustibles fossiles sur leur sol. Ils ont été extrêmement frappés par le choc pétrolier. La vraie rupture, pour eux, a été en 1973 : le constat que leur croissance économique dépendait de l’approvisionnement énergétique des autres pays et qu’ils devaient être plus efficaces.
Quand sont arrivés l’effet de serre et le protocole de Kyoto, ils étaient prêts, parce que les thérapies face à l’effet de serre sont les mêmes que celles employées face au choc pétrolier. En face, il y a les pays vides : Etats-Unis, Canada, Australie, Russie. Densité de population faible, mode de vie dispendieux, une nature sauvage encore importante, et donc un sentiment de l’environnement très différent qu’en Europe ou au Japon. Ils ont encore des quantités considérables de combustibles fossiles et n’ont pas eu à répondre aux chocs pétroliers. La négociation sur le climat fait que, pour la première fois, dans leur histoire, ils sont confrontés à une limite.
A partir du constat des limites de la planète, le protocole de Kyoto est important  car il organise un rationnement. Depuis le début de la révolution industrielle, on était dans une situation où le gâteau dont disposait l’humanité s’élargissait continûment, parce qu’on trouvait des ressources et des technologies supplémentaires.  Là, avec les émissions de CO2, on tombe sur un gâteau dont la taille doit diminuer. Il est plus difficile de parvenir à un accord pour limiter quelque chose que lorsqu’on est en perpétuelle expansion.
Par ailleurs, avec Kyoto, on est entré dans un système économique dans lequel les Etats fixent aux acteurs économiques des maxima d’émissions, à charge pour eux, pour réaliser ces réductions, d’investir ou d’acheter chez des voisins à travers un marché. Ce marché manifeste le retour du politique, dans le cadre des Nations unies. C’est un événement majeur. Quelles que soient les difficultés, il y aura un avant et un après Kyoto.
Pourtant, le protocole semble impuissant à changer la donne !

On a longtemps soufflé le chaud et le froid sur la négociation climatique.

Le refus de Washington de ratifier Kyoto a énormément affaibli le processus. Le pays qui a la plus grosse part refuse de la réduire. Tous les pays étaient donc dans une position attentiste. Comme les Etats-Unis ne respecteront pas leurs engagements, le Japon non plus et les Européens pas plus.
Aussi, est-il contradictoire de dire en même temps que Kyoto est un moment très important alors qu’on risque de ne pas l’appliquer .
Avec les accords de Paris , on est dans la même logique car le risque est très grand de voir les pays se dérober à leurs responsabilités faute de mesures contraignantes et de gouvernance mondiale pour le climat. .

Hafid Fassi Fihri

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