Après la corruption, la Chine s’attaque à la prostitution

Après la corruption, la Chine s’attaque à la prostitution

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Le gouvernement chinois a lancé au niveau national une nouvelle campagne de nettoyage, qui concerne cette fois-ci les « trois vices » que sont la prostitution, le jeu et le trafic de drogue. Eradiquées en 1949 après l’arrivée au pouvoir des communistes, ces activités illégales ont proliféré depuis l’ouverture de la Chine à l’économie de marché, dans les années 1980. Elles font régulièrement l’objet de campagnes de choc – Pékin en a connu deux en 2012 – qui conduisent à des milliers d’arrestations et à la fermeture d’établissements, ainsi qu’à la chute d’officiels corrompus.

Le ministère de la sécurité publique, c’est-à-dire la police, a incité tous ses fonctionnaires à se montrer « résolus dans l’action, quelles que soient les personnes impliquées et quel que soit leur rang officiel, sans indulgence ni bienveillance », selon une instruction mis en ligne sur le site du ministère dimanche 16 février. 

Cette nouvelle mobilisation de l’appareil policier fait suite à la diffusion par la télévision centrale chinoise (CCTV), le 9 février, de deux reportages en caméra cachée sur la prostitution dans la ville de Dongguan — centre manufacturier géant de 8 millions d’habitants, entre Canton et Shenzhen. Depuis cette date, selon un communiqué de la police publié lundi, 501 suspects ont été arrêtés et 2 410 lieux de prostitution ont été fermés.

Elle s’ajoute à plusieurs campagnes nationales qui ont été lancées tambour battant depuis l’intronisation du nouveau numéro un chinois Xi Jinping, en mars 2013 : l’une vise la corruption et les dépenses excessives au sein des administrations, du parti et de l’armée. Une autre a pour objectif de nettoyer Internet des rumeurs. Une troisième cible l’industrie du pétrole.

DONGGUAN, CAPITALE DU SEXE

Selon la presse officielle chinoise, huit provinces ont emboité le pas à celle du Guangdong, qui a envoyé près de 2000 policiers effectuer des descentes dans les hôtels de Dongguan, où le commerce du sexe est une véritable industrie. Près de 300 000 prostituées y seraient employées.

Le déclin des usines exportatrices, consécutif à la crise financière mondiale de 2008, aurait favorisé l’essor de cette spécialisation à Dongguan, baptisée « capitale du sexe » par les médias chinois. Le cinéaste Jia Zhangke y avait situé un épisode de son film, A Touch of Sin, où l’on découvrait un bordel aux services très imaginatifs.

Les enquêtes visent aussi les « parapluies » qui protègent les établissements organisateurs, c’est-à-dire des personnes haut placées dans le gouvernement et la police, de mèche avec les proxénètes. A Dongguan, le vice-maire et chef de la police, Yan Xiaokang, a été limogé le 13 février pour avoir échoué à endiguer le développement de la prostitution ces dernières années, tandis que dix policiers ont été suspendus. Rien n’indique à ce stade qu’ils font l’objet de poursuites.

Chaque localité chinoise est désormais appelée à faire preuve de zèle dans ce nettoyage des écuries d’Augias : cent personnes impliquées dans le commerce du sexe ont ainsi été appréhendées jeudi 13 février à Rugao, ville moyenne de la province du Jiangsu. A Harbin, la grande ville du nord-est chinois, 4 800 policiers ont inspecté 2 700 lieux de débauche supposés dans la nuit du au 13 février, selon l’agence Chine nouvelle.

LES PROSTITUÉES À LA MERCI DES ABUS POLICIERS

Ce sont de telles campagnes « coup de poing » qui avaient fait la popularité de Bo Xilai à Chongqing à la fin des années 2000 : l’ancien secrétaire général du parti de cette mégalopole du centre de la Chine, tombé pour corruption en 2012, s’était attaqué d’une main de fer à la mafia, promettant là aussi de n’épargner personne, quel que soit son rang. Mais en donnant carte blanche à la police, il a conduit à des dérives qui entraînèrent sa perte.

Car si les campagnes policières produisent des statistiques spectaculaires et jettent l’effroi dans les milieux ciblés, elles renforcent un appareil policier qui non seulement est souvent juge et partie, mais doit fabriquer le plus de « coupables » possibles afin de satisfaire les ordres venus d’en haut.

La presse chinoise est en générale invitée par la propagande à soutenir l’effort en cours, et aucune voix dissidente n’est tolérée. Les descentes de police à Dongguan ont toutefois soulevé un tollé sur la blogosphère chinoise et dans les médias les plus libéraux en raison de ce qui est perçue comme une double injustice : le plus souvent exploitées dans leur travail et sans cesse à la merci des abus policiers, les prostituées seront les premières à faire les frais des opérations anti-prostitution.

Celles qui se font arrêter sont susceptibles d’être envoyées sans procès par la police dans des centres de détention et d’éducation pour une durée allant de six mois à deux ans. Gérés par le ministère de la sécurité publique tout comme l’étaient les camps de rééducation du travail, abolis l’an dernier, ces camps n’ont rien d’éducatif, puisqu’ils donnent lieu à du travail forcé, comme le rappelle l’ONG Human Rights Watch dans un rapport (en anglais) publié en mai 2013.

Source : lemonde.fr

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