Après le drame du complexe Mohamed 5 de Casablanca : Quand le...

Après le drame du complexe Mohamed 5 de Casablanca : Quand le Maroc a mal à son football…

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Trop de football tue le football. Et assassine en passant de pauvres
innocents. Il a fallu que cela tombe sur le RAJA, le club le plus populaire
du pays. Ce RAJA que nous aimons tous , fassis ou soussis,  Casablancais ou
Marrakchis car cette équipe est la plus présente dans le coeur de tous les
marocains comme on l’avait très bien constaté lors de la fabuleuse épopée
de la Coupe du monde des clubs.Il urgent de  défootbaliser notre société .!

Si des mouvements de foules ont dégénéré en violences et que cela s’est
terminé par un drame , un drame de plus , un drame de trop , il faut
souligner que cela aurait pu se produire dans n’importe quelle autre ville
du royaume car nos stades sont idéalement exposés à ce genre de
débordements vu l’improvisation,  et les vétustes structures d’accueil et
d’organisation qui y sévissent.
Il y a un mois , une décision de fermeture du Stade Mohamed5 avait été
rendue publique avant que les deux clubs casablancais ne menacent de
boycotter la suite du championnat et que la Fédération . Royale marocaine
de football ne recule devant ce chantage.
Inutile de vous rappeler que le président du RAJA est vice -président de
la FRMF et celui du WAC président de la Ligue professionnelle du football.
De là à constater le conflit d’intérêt il n’y a qu’un pas car d’autres
clubs tels le Kenitra AC,  l’OCKouribgua et l’OCSafi jouent depuis le
début de la saison loin de chez eux après la fermeture de leur stades et
eux par contre n’ont trouvé aucun moyen de défendre leur cause . Il y a
donc bien eu deux poids -deux mesures et si le stade Mohamed5 avait été
fermé on n’en serait certainement pas là et peut être que le drame aurait
pu être évité.
Mais ce qui est fait est irrémédiablement fait , alors inutile de remuer
le couteau dans la plaie car répétons le cette rixe entre Rajaouis aurait
pu se produire n’importe où malgré la fermeture du stade.

Le foot m’a » tuer »!

La violence dans notre football n’est pas un phénomène isolé car
sociologiquement parlant elle n’est que la conséquence de la violence
socio-économique qui sévit dans notre société et dont l’une des expressions
les plus flagrantes est la fracture urbaine dans les quartiers
périphériques défavorisés qui demeurent le réservoir en puissance des
associations de supporters et des ultras.
Ces jeunes sont issus de banlieues où sévit une extrême pauvreté, ils sont
désoeuvrés, désemparés et n’ont aucune perspective d’avenir.
Leur seul passion c’est le foot , leur seul loisir c’est de parcourir des
dizaines de kilomètres le ventre creux le plus souvent  et les nerfs à vif
pour rejoindre le stade et crier leur colère l’espace d’un match. On en a
vu par le passé rejoindre Khouribgua ou ElJadida à vélo ou en motocyclette
et d’autres s’entasser par dizaines dans des véhicules de transport de
marchandises -la célèbre Honda- pour ne pas rater une rencontre de leurs
favoris et passer la nuit à la belle étoile dans les jardins de Marrakech
ou la plage d’Agadir faute de mieux!

La faillite du ministère de la Jeunesse et des sports!

Ces jeunes sont la preuve flagrante et accablante de la faillite du
ministère de la Jeunesse et des sports , de l’absence d’une politique
culturelle crédible et de toute stratégie sociale d’envergure en faveur de
cette catégorie en terme d’éducation, de formation et surtout de
valorisation de ces jeunes. Ces jeunes sont un parfait désaveu à
l’opportunisme très intéressé des politiciens véreux et des parlementaires
sans foi ni loi qui se font élire sans états d’âme en exploitant la misère
de circonscriptions marginalisées.
Notre pays est en train de tenter de construire une économie solide sur
une société en ruines et ce n’est pas en organisant des festivals comme
Mawazine ou celui du festival du cinéma de Marrakech qu’on va se voiler la
face ou se leurrer car il reste des millions de jeunes marocains qu’on a
laissé en marge de la société car comme par malheur , à trop chasser le
naturel il revient au triple galop!
La preuve , après les tristes attentats qui avaient secoué Casablanca il y
a une quinzaine d’années, beaucoup de nos concitoyens et surtout des
spécialistes et des costumes-cravates s’étaient réveillés le lendemain en
apprenant qu’il y avait un bidonville en plein Capitale économique
qui  s’appelle Sidi Moumen et qui avait vu naître et grandir des
marocains qui
se sont faits explosé pour tuer d’autres marocains!
Remarquez au passage que depuis les autorités se sont penchés activement
et concrètement sur la question du développement social et humain à Sidi
Moumen.

ALORS Maintenant ?

Ceux qui traitent ces jeunes de délinquants n’ont absolument rien compris
, ne font que se voiler la face et ne règlent aucun problème car ces jeunes
sont des victimes et qui sème le vent récolte la tempête.
Il faudra tôt ou tard se résigner au fait qu’une autre politique est
possible et que si on traitait ces jeunes comme des êtres humains en leur
offrant des clubs de tennis, de natation , d’équitation voire même de Rugby
-cela les calmera tiens!- peut-être qu’ils se sentiront moins exclus et
marginalisés dans leur pays , qu’ils s’épanouiront et deviendront des
citoyens mûrs et responsables. On n’a rien à perdre à essayer car le pire
est de rester les bras croisés..
La répression tous azimuts ne réglera aucun problème car non seulement les
fauteurs de troubles sortiront de prison plus vite qu’il ne faut pour le
dire et on sera bien avancés et puis les bidonvilles en produisent des
centaines de milliers d’exemplaires comme s’il en poussait tous les jours..
Cette situation nous interpelle tous et il est trés urgent de trouver
des solutions et offrir à cette catégorie le mieux  de ce que la
société puisse leur offrir car jusqu’à présent ils sont de  véritables
laissés pour compte. ON est également tentés de se demander si les
forces de l’ordre viennent pour assurer la sécurité du public ou
plutôt cette des boutiques et voitures de luxes qui se trouvent au
voisinage du complexe.Il y a quelque temps , des cas de violence
avaient éclaté au stade du FuS et là croyez-moi les services de
sécurité étaient beaucoup plus occupés à assurer la sécurité du
tramway que celle des spectateurs!
le Maroc accuse des déficits certains en matiére de développement
humain, d’éducation , et de justice sociale et il est trés primordial
que les budgets affectés soient soumis à une trés bonne gouvernance.

Pour terminer, un débat essentiel devra se pencher sur la nécessaire
défootbalisation de notre société et des effets néfastes de l’usage
politique qui en est fait. Il y a trop de foot dans l’espace public, la
télé et les médias.En outre, le football national engloutit beaucoup trop
d’argent public pour trop peu de résultats.Avec un entraîneur national
qui touche dix fois plus que le chef du gouvernement et il y a quelques
années un certain Éric Gerets qui avait un salaire cinquante fois plus
important que le premier ministre, quels genre de valeurs voulons-nous
inculquer à ces jeunes!?
Le pire , c’est que le football ce n’est pas vraiment notre truc et
aujourd’hui plus personne ne nous respecte et à part un lointain trophée
africain il y a quarante ans et plus de coupe du monde depuis 1998 , notre
palmarès est étrangement vide et désespérant.

Par Hafid FASSI FIHRI

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