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Au lendemain de l’attentat de Berlin, l’homme que la police avait arrêté a été libéré et l’enquête se poursuit. «Nous avons probablement un criminel dangereux dans la nature», avertit la police allemande, qui appelle les Berlinois à la vigilance.

Une journée d’incertitude qui débouche sur un échec. Plus de 24 heures après l’attentat du marché de Noël de Breitscheidplatz, à Berlin, l’enquête de la police allemande est revenue à son point de départ. Alors qu’on croyait l’auteur de l’attentat arrêté dans la nuit de lundi à mardi, les autorités ont appelé à la prudence dans la journée. L’individu interpellé «nie le crime», a indiqué le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière. «Il n’est peut-être pas le conducteur», a prévenu mardi à la mi-journée le procureur fédéral Peter Frank. En fin de journée, le suspect a été remis en liberté. L’enquête n’a pas pu conclure à son implication dans le drame de lundi soir.

Quelques heures plus tard, le groupe État islamique revendiquait l’attaque au camion bélier par le canal de son agence Amaq. L’annonce était sans surprise, mais glaçante alors que l’auteur de la tuerie courait toujours.

Le suspect libéré avait été interpellé grâce à l’intervention d’un témoin qui avait suivi le conducteur après l’attentat. L’individu avait tenté de se réfugier dans le parc du Tiergarten. Mais son poursuivant l’a perdu de vue au cours de la fuite. La police a cru l’interpeller ensuite au pied de la colonne de la Victoire. Mais ni une perquisition dans le centre de réfugiés de Tempelhof où l’individu avait séjourné ni les analyses ADN ne se sont révélées concluantes contre le demandeur d’asile Pakistanais qui avait été arrêté. Mardi, la police a lancé des appels à témoins et conseillé aux habitants de Berlin de rester «vigilants».

Mardi soir, la police poursuivait ses investigations «dans toutes les directions». Plusieurs personnes pourraient être impliquées dans l’attentat. «Nous avons probablement un criminel dangereux dans la nature», a concédé le chef de la police berlinoise Klaus Kandt. Le patron de la société de transports polonaise qui avait affrété le camion a de son côté bien identifié son cousin comme la victime morte par balle dans la cabine du camion. «Une seule personne n’aurait pas eu raison de lui», a affirmé Ariel Zurawski en décrivant des traces de coups sur le corps du chauffeur qui mesurait 1,83 m et pesait 120 kg. L’arme du crime, utilisée vraisemblablement pour l’assassiner, n’avait pas été retrouvée mardi en fin de journée. Une information jugée «alarmante» par la police criminelle.

Des cahutes pulvérisées

L’affaire a été confiée «à la section antiterroriste». «La cible et le modus operandi» plaident pour un attentat, a confirmé le procureur fédéral de Karlsruhe Peter Frank, quelques heures avant la revendication de l’EI. Le camion meurtrier qui, comme à Nice en juillet, a foncé dans la foule, a causé la mort de 12 personnes et blessé 48 autres, dont une trentaine grièvement. Mardi soir, 18 personnes se trouvaient encore dans un état critique.

L’attentat est intervenu lundi soir vers 20 heures dans le quartier de Charlottenburg dans la partie ouest de la capitale allemande. Après avoir vraisemblablement fait un tour de repérage, selon des informations des médias allemands, un poids lourd de 38 tonnes immatriculé en Pologne a alors quitté la route pour se diriger droit vers les cabanes du marché de Noël de Breitscheidplatz, au pied de l’église du Souvenir. Le chauffeur a cherché «délibérément» à faire des victimes, a confirmé la police. Après avoir pulvérisé des cahutes et renversé un sapin de Noël, le camion s’est immobilisé au bout de 50 ou 80 mètres, bloqué par le mobilier urbain. Aucune mesure de sécurité spécifique n’empêchait l’accès au trottoir. Pour les autorités allemandes, il est malheureusement impossible de sécuriser toutes les cibles potentielles des terroristes.

Appelés à 20 h 07, les pompiers sont arrivés sur place en quelques instants. Les personnes choquées ont été évacuées, les premiers secours ont été portés aux victimes. «130 pompiers ont été mobilisés», a rapporté un porte-parole dans la nuit. Le quartier a été bouclé par des services d’ordre sur les nerfs. Une fois le travail des secouristes terminé, les enquêteurs ont procédé au relevé d’indices sur place.

Mardi, les autorités allemandes se montraient lucides à l’extrême sur la menace terroriste en Allemagne. «Le risque n’est pas plus élevé aujourd’hui qu’hier», a déclaré le chef de la police berlinoise Klaus Kandt. «Hier, la menace s’est seulement réalisée.» Le ton était glaçant et l’attitude des enquêteurs peu rassurante. Interrogé pour savoir s’il se rendrait lui-même sur un marché de Noël, le procureur Peter Frank a répondu avec franchise: «Pour (la sérénité de) mes proches, je ne me rendrai personnellement pas sur un marché de Noël.» Pour autant, il a recommandé à ses concitoyens de ne pas renoncer à leur mode de vie: «L’objectif du terrorisme est de changer nos sociétés et qu’elles abandonnent leur liberté.» Après la revendication, en début de soirée, l’enquête a tourné à la course contre la montre, pour empêcher que le ou les terroristes ne frappent de nouveau.

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