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Les juges antiterroristes, qui ont mis en examen sept personnes, tentent de faire la lumière sur les attaques des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly en janvier.

Depuis les attentats de Paris, début janvier, les juges antiterroristes ont mis en examen sept personnes. Recherche de commanditaires, origine des armes, financement et complicités : ils mènent des investigations tentaculaires pour faire la lumière sur les attaques perpétrées par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Six mois après, le point sur l’enquête…

Les liens Kouachi-Coulibaly

Amedy Coulibaly et Chérif Kouachi se connaissaient depuis une dizaine d’années et ont été en contact quelques minutes avant l’attaque de Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts. Tous deux ont été détenus à Fleury-Mérogis pendant environ cinq mois en 2006. Coulibaly reconnaîtra avoir connu Kouachi à ce moment-là.

Quatre ans plus tard, des enquêteurs chargés de surveillance dans le cadre du projet d’évasion de Smaïn Ait Ali Belkacem, l’auteur de l’attentat du RER C en octobre 1995, les repèrent. Ils rendent visite ensemble à Djamel Beghal, islamiste radical condamné pour un projet d’attentat contre l’ambassade des États-Unis. L’épouse de Chérif Kouachi a dit avoir connu Coulibaly et sa compagne, Hayat Boumeddiene, en février 2010, quelques mois avant l’interpellation de Coulibaly dans l’affaire Aït Ali Belkacem.

Fin novembre-début décembre 2014, Coulibaly et Boumeddiene passent à l’appartement des Kouachi à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Le soir du 6 janvier, Kouachi et Coulibaly échangent des SMS. Chérif Kouachi quitte brièvement son appartement, probablement pour retrouver Coulibaly, présent sur les lieux selon son téléphone portable. Le lendemain matin, Cherif Kouachi envoie un SMS à Coulibaly, vraisemblablement pour lui signifier qu’il se dirige vers Charlie Hebdo avec son frère Saïd.

Sept mis en examen

La téléphonie et les traces ADN permettent de cerner les personnes avec lesquelles les tueurs ont pu être en contact avant les attentats. Les investigations ont beaucoup avancé dans l’entourage d’Amedy Coulibaly, dont sept connaissances ou proches ont été mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Jeunes adultes ou trentenaires, ils ont pour certains un profil de petits délinquants. Certains sont originaires de Grigny (Essonne), comme Coulibaly, ou l’ont côtoyé en détention. Armes ou véhicules, tous sont soupçonnés d’avoir apporté un « soutien logistique » au tueur de Montrouge et de l’Hyper Cacher (cinq morts). Tous nient avoir été au courant des projets d’attaques.

Parmi eux ressortent :

– Amar Ramdani, qui a vu Coulibaly le 5, puis le 6 janvier au soir, à Gentilly (Val-de-Marne). Entre septembre et le 6 janvier, ils avaient échangé plus de 600 SMS. Plusieurs fois mis en cause pour des faits de droit commun, ce trentenaire ne revendique qu’une relation « amicale » avec Coulibaly, rencontré en détention en 2010. Il réfute toute relation d’affaires et dit n’avoir rien su de ses projets. Ramdani est connu des services de renseignements pour être proche des milieux islamistes.

– Ali Polat, 30 ans, qui a fréquenté Coulibaly jusqu’aux heures précédant les attentats. Les enquêteurs pensent qu’ils se sont retrouvés dans la nuit du 6 au 7 janvier à Montrouge, peu après que Coulibaly a rencontré Chérif Kouachi à Gennevilliers. Ali Polat apparaît comme le relais de Coulibaly en Belgique, où ce dernier a pu se fournir en armes. Son attitude intrigue. Le 9 janvier, il va en Belgique réclamer de l’argent à un homme qu’il a mis en contact avec Coulibaly. Puis il s’envole à Beyrouth. Son passeport montre que le 17 janvier, il a été stoppé par les autorités libanaises au poste-frontière syrien de Masnaa. Il revient en France, puis repart pour un bref aller-retour en Thaïlande, à Phuket. En garde à vue, il a condamné les attentats. Il attribue ses déplacements à la « panique ».

La recherche de commanditaires

« Selon toute hypothèse en cours de vérification, Amedy Coulibaly a (…) reçu des instructions depuis l’étranger », a déclaré en mai le procureur de Paris, François Molins. Des liens peuvent-ils être établis avec la zone irako-syrienne sous contrôle de l’organisation djihadiste État islamique (EI) ? La compagne de Coulibaly est soupçonnée d’avoir rejoint cette zone quelques jours avant les attaques, accompagnée des frères Mohamed et Mehdi Belhoucine, dont le premier a été condamné pour sa participation à une filière djihadiste. Hayat Boumeddiene, 27 ans, fait l’objet d’un mandat d’arrêt.

Les enquêteurs pensent que Chérif Kouachi s’était rendu au Yémen en 2011. Avant sa mort, il a dit agir au nom d’Al-Qaïda, qui avait revendiqué l’attaque à Charlie Hebdo. Mais l’EI a aussi revendiqué cet attentat.

Le mystère du joggeur blessé

Pris pour cible le 7 janvier vers 20 h 30 alors qu’il courait sur la coulée verte de Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), le joggeur a plusieurs fois modifié la description de son agresseur. Dans la foulée de son hospitalisation, il a décrit un homme de 1,80 m, puis a parlé de 1,70 m lors de sa première audition. Pour lui, le tireur était trapu, âgé de plus de 30 ans et plutôt de type nord-africain et non africain ou antillais. Plus tard, il dit avoir reconnu Amar Ramdani, qui n’est pas trapu et mesure 1,80 m. Les enquêteurs sont prudents.

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