Chine: arrestations tous azimuts à l’approche de l’anniversaire de Tiananmen

Chine: arrestations tous azimuts à l’approche de l’anniversaire de Tiananmen

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Jeudi, la police a annoncé l’arrestation de Mme Gao Yu, sous l’accusation d’avoir divulgué des « secrets d’Etat ».
Agée de 70 ans, cette journaliste d’investigation, ancienne rédactrice en chef-adjointe du magazine Economics Weekly, récompensée par plusieurs prix internationaux, a été montrée jeudi à la télévision d’Etat se livrant à une « confession » publique de ses « fautes », une tradition héritée du maoïsme avec laquelle le régime semble vouloir renouer sous la présidence de Xi Jinping.
« Je crois que ce que j’ai fait (…) a porté atteinte aux intérêts du pays », a-t-elle déclaré avant d’ajouter: « J’ai commis une grosse erreur. J’admets ma culpabilité et je tire les leçons de cette expérience, de façon honnête et sincère », a-t-elle ajouté, le visage flouté.
Mme Gao, première lauréate en 1997 du Prix mondial de la liberté de la presse de l’Unesco, a été « placée sous mandat de dépôt criminel, soupçonnée d’avoir transmis de secrets d’Etat à des sources en dehors de la Chine », a précisé sur son compte de microblogs la police de Pékin.
- « Secrets d’Etat » -
Le même chef d’inculpation –divulgation de « secrets d’Etat »– lui avait déjà valu d’être condamnée en 1993 à six ans de prison. Elle en était sortie en février 1999 pour raisons médicales.
Auparavant, pour avoir pris part aux manifestations pour la démocratie de Tiananmen en 1989, elle avait subi une première incarcération.
Parallèllement, Pu Zhiqiang, l’un des plus célèbres avocats chinois défenseurs des droits de l’homme, a été arrêté mardi, accusé d’avoir « provoqué des troubles » et incarcéré à la prison N°1 de Pékin, a indiqué à l’AFP son défenseur, Si Weijiang.
L’avocat, défenseur entre autre du célèbre artiste contestataire Ai Weiwei, participait à un séminaire sur les événements de Tiananmen en compagnie d’universitaires et de la mère d’un étudiant tué le 4 juin 1989.
D’autres participants, dont le dissident Hu Shigen –qui a passé 16 ans en prison pour avoir voulu commémorer Tiananmen– ont été arrêtés peu après, selon des groupes de défenseurs des droits de l’homme.
« Les arrestations d’opposants, d’anciens leaders du rassemblement, et de voix dissidentes sont malheureusement monnaie courante à cette époque de l’année », a commenté l’organisation Reporters sans frontières (RSF).

- Eradiquer la mémoire de Tiananmen -

La journaliste avait disparu depuis deux semaines et ses amis se sont alarmés quand elle ne s’est pas montrée à une réunion privée sur l’anniversaire du massacre de Tiananmen où elle était attendue.
Le régime s’efforce d’éradiquer toute mémoire de l’événement et interdit toute allusion, jusque dans les livres scolaires.
Selon l’agence officielle Chine Nouvelle, Mme Gao a été arrêtée le 24 avril, soupçonnée d’avoir fait parvenir en juin l’an dernier à un site internet à l’étranger la copie d’un document « hautement confidentiel » non précisé.
La journaliste avait écrit l’an dernier à propos du « Document N°9″, un document interne du parti communiste qui recommandait une répression sévère de la dissidence et mettait en garde le régime contre les « périls » tels que le multipartisme ou les valeurs universelles.
Ce document avait circulé début 2012 et son texte complet avait été publié en août par un magazine de Hong Kong.
Les policiers ont saisi à son domicile des « preuves substantielles », et la journaliste « a montré un profond remord » et s’est déclarée prête à « accepter le châtiment prévu par la loi », a ajouté l’agence officielle.
L’arrestation de la journaliste intervient à l’approche du 25 anniversaire de la répression par l’armée, le 4 juin 1989, du mouvement pro-démocratique de la place Tiananmen, l’occasion pour les autorités de resserrer leur étau sur toute forme de contestation et de critique du régime.
« Mais elles semblent exceptionnellement nerveuses cette année », a commenté un diplomate occidental.
La porte-parole du département d’Etat américain, Jen Psaki, s’est déclarée « profondément inquiète » et a demandé la libération immédiate des emprisonnés.
Pour Sophie Richardson, directrice pour la Chine de l’organisation Human Rights Watch, ces arrestations montrent « le peu de changements intervenus depuis 1989 dans l’attitude du gouvernement chinois sur la question des droits de l’homme ».
« Une société stable est celle où l’on peut discuter pacifiquement de l’histoire et où la recherche des responsabilités est tolérée et non criminalisée », a-t-ajouté dans un communiqué.

AFP

 

 

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