Climat: Cancun à l’heure des choix

Climat: Cancun à l’heure des choix

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« La mobilisation des délégués jusqu’à 2, 4 ou 5 heures du matin a été totale », a expliqué Juan Elvira, ministre mexicain de l’Environnement, qui restait très prudent sur l’issue des discussions.
Après une nuit blanche, les négociateurs devaient se retrouver en séance plénière dans la matinée pour se prononcer sur un texte rassemblant une série de propositions sur la lutte contre la déforestation ou encore la vérification des engagements de réductions d’émissions de CO2 des grands pollueurs.
« Nous avons des bouts de texte qu’il faut rassembler », a expliqué le ministre allemand de l’Environnement, Norbert Röttgen. « Il va falloir encore négocier. Personne n’est prêt à donner une pièce du puzzle s’il n’en reçoit pas une autre en échange ».

 

L’aide financière aux pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique (sécheresses, inondations…) est l’un des points sensibles. Les débats portent sur la forme que prendra le « Fonds vert », par lequel doit transiter une partie des 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 promis par les pays développés à Copenhague.

Mais, même si des progrès devaient être enregistrés sur ces points, la question de l’avenir du protocole de Kyoto faisait toujours peser une menace sur l’issue des discussions, à quelques heures de la fin officielle de la conférence.

Après le Japon, la Russie a clairement indiqué jeudi qu’elle ne voulait pas entendre parler d’une nouvelle période d’engagement dans le cadre de ce traité, qui fixe des objectifs chiffrés de réduction d’émission de gaz à effet de serre aux pays industrialisés (sauf les Etats-Unis qui ne l’ont pas ratifié).
Les pays en développement, grands émergents en tête, en font une condition « non négociable ». Ils soulignent inlassablement l’importance de cet outil juridique qui offre une « paroi étanche » avec les pays du nord, qui ont une responsabilité « historique » dans l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère, et le reste de la planète.
« La ligne dure du Japon fait peser une menace sur l’ensemble de la conférence », a déploré Paul Horsman, directeur de la campagne TckTckTck, alliance d’ONG. « Le pays qui a donné naissance au protocole de Kyoto ne doit pas devenir celui qui signera son arrêt de mort ».

Un négociateur européen se demandait toujours vendredi matin « comment dépasser ce verrou ». « Si on avait la clé, on serait sur le point de fêter la fin de la conférence ».

Signe encourageant pour l’avenir des discussions à moyen terme, l’Inde a, pour la première fois, évoqué la possibilité que son pays signe, un jour, un traité juridiquement contraignant sur le climat.
Il y a un an, la conférence de Copenhague avait cristallisé tous les espoirs avant d’accoucher à le dernière minute d’un accord a minima fixant comme objectif de limiter le réchauffement à 2 degrés, mais sans calendrier et en restant évasif sur les moyens.

Au-delà des décisions qui pourraient être adoptées vendredi soir, l’enjeu de la rencontre dans la station balnéaire mexicaine est aussi celui de la légitimité et de la crédibilité du processus onusien sur le climat, lancé en 1992 à Rio lors du Sommet de la Terre.

Pour autant, il ne faut pas un accord au rabais et « sans contenu », a souligné le négociateur européen. « C’est une fausse solution, et ça ne crédibiliserait pas ce processus ».
Pour limiter les effets dévastateurs annoncés du réchauffement, les réductions d’émissions de CO2 des grands pays pollueurs – pays occidentaux mais aussi Chine par exemple – devront être nettement plus importantes que celles aujourd’hui envisagées, a rappelé, visiblement épuisée, la Commissaire européenne au Climat Connie Hedegaard.

« Nous voulons que le texte qui sortira de cette conférence dise clairement l’évidence: les engagements sur la table sont insuffisants pour nous permettre de limiter le réchauffement de la planète à deux degrés ».

AFP

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