Colombie: l’annonce par les FARC de la fin des enlèvements est-elle crédible?

Colombie: l’annonce par les FARC de la fin des enlèvements est-elle crédible?

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La guérilla des FARC vient d’annoncer deux changements majeurs : d’une part, elle promet de ne plus prendre d’otages contre rançon, d’autre part elle va libérer rapidement les dix derniers militaires et policiers qu’elle garde captifs. Si les Colombiens ont, dans leur ensemble, réagi avec soulagement et espoir, des incertitudes demeurent.

Les proches des dix militaires et policiers retenus dans la jungle par les FARC ont été les plus rapides à se réjouir de la nouvelle. Ils attendent la libération d’un père, d’un mari ou d’un fils parfois depuis treize ans. La guérilla considère cette catégorie d’otages (ceux qui portent l’uniforme, auxquels il faut ajouter éventuellement les responsables politiques qu’elle a pu autrefois capturer) comme des prisonniers de guerre. Elle en détenait une bonne cinquantaine il y a encore dix ans, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt qui réussira parmi d’autres à s’échapper en 2008, à la faveur d’une opération militaire.

Les FARC elles-mêmes ont parfois relâché de façon unilatérale certains de leurs otages « politiques », mais tout en veillant à en garder suffisamment pour servir de monnaie d’échange lors d’éventuels pourparlers avec le gouvernement. La promesse aujourd’hui de les libérer tous constituerait donc « un tournant historique » selon le journaliste Jacques Thomet, ancien directeur de l’AFP à Bogota, explicable par les revers de la guérilla, et aussi par ses méthodes odieuses.

La fin des « prétentions inacceptables »?

Avant de faire des gestes, assure l’ancien directeur de l’AFP à Bogota, les guérilleros « ont toujours émis des prétentions inacceptables pour le pouvoir, comme cette zone démilitarisée qu’ils exigeaient il y a encore quelques années. Mais si vous regardez bien cette fois leur communiqué, ils ne parlent à aucun moment d’un préalable. Ils n’avaient déjà plus le soutien que de quelques groupuscules extrémistes dans le monde, mais ce qui s’est passé en novembre, quand ils ont froidement assassiné quatre officiers qu’ils gardaient depuis douze ans, enchaînés, parce que l’armée approchait du lieu où ils étaient détenus, a encore terni leur image ».

Et puis il y a une autre catégorie d’otages, de loin les plus nombreux mais dont on parle très peu, ceux que la guérilla enlève pour de l’argent. C’est une façon d’alimenter son trésor de guerre, à côté notamment du trafic de cocaïne devenu leur ressource principale. A quoi s’ajoute depuis peu une sorte d’« impôt révolutionnaire » sur une activité minière en plein essor en Colombie. C’est en tout cas le deuxième volet de leur annonce : les FARC renoncent désormais à rançonner les gens. Pour l’universitaire Daniel Pécaut, sociologue à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales), c’est une autre avancée notable, même s’il fait certaines réserves.

« En 1985 déjà, explique-t-il, le chef légendaire des FARC, Manuel Marulanda avait donné publiquement la consigne de ne plus procéder à des enlèvements… sans effet sur le terrain. Cet engagement soulève à nouveau aujourd’hui un problème de crédibilité : dans quelle mesure les chefs nationaux des FARC pourront-ils faire respecter leur promesse auprès des différents fronts » d’un mouvement décentralisé et de plus en plus anarchique?

Les familles de ces otages « économiques » font rarement entendre leur voix, mais la fondation Pais Libre les représente. Sa directrice Olga Lucia Gomez estime aujourd’hui à 405 le nombre de ces victimes, encore aux mains des FARC, d’une forme de kidnapping plus crapuleuse que politique. Et elle se veut très prudente, ne serait-ce que parce que les FARC, si elles ont bien promis de mettre fin à une pratique inadmissible pour l’opinion colombienne, n’ont pas précisé si elles allaient aussi relâcher ceux qu’elles détiennent déjà.

« D’après l’expérience que nous en avons en Colombie depuis plus de quarante ans, les déclarations des FARC restent en général lettre morte. Chaque fois qu’ils ont promis quelque chose, ils ont fait le contraire! » Elle concède pourtant qu’« il y a quelque chose de positif dans leurs communiqué : enfin ils reconnaissent qu’ils retiennent des gens pour obtenir des rançons. Mais pour les croire, nous demandons des faits concrets, et l’établissement d’un mécanisme qui nous permette de vérifier qu’ils n’enlèvent plus personne ».

En attendant, ce sont les dix militaires et policiers promis à une libération prochaine qui demeurent sous les feux des projecteurs. Le processus devant les ramener dans leurs foyers risque d’être compliqué et de comporter un certain nombre d’intermédiaires. Mais la guérilla, aujourd’hui affaiblie, sait qu’elle doit franchir ce pas avant toute négociation de paix.

rfi.fr_______________

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