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Pour expliquer ou rappeler les enjeux pour le Maroc dans ces négociations climatiques de la Cop22 , il est utile de faire un retour sur la Troisième Communication Nationale du Maroc à la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique .

C’est dans le cadre des activités habilitantes liées à la CCNUCC et avec l’appui du PNUD/FEM, que le Gouvernement marocain avait entamé  en 2014 la mise en œuvre du projet portant sur la préparation de la Troisième  Communication Nationale (TCN). La préparation de cette Troisième Communication Nationale a comporté un certain nombre d’étapes,  à savoir : l’élaboration d’un inventaire national des gaz à effet de serre ,  l’élaboration d’une étude de vulnérabilité et les politiques d’adaptation aux impacts du Changement Climatique , l’analyse des possibilités d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre ,  l’évaluation des besoins en matière de renforcement des capacités. de financement et de transfert de technologies.
Les principaux résultats de l’inventaire des GES et les mesures d’atténuation préconisées ainsi que les principaux secteurs vulnérables aux Changement climatique et les autres questions concernant le renforcement des capacités, le transfert de technologies et les questions transversales ont été présentés en détail dans la TCN.

Cinq inventaires des gaz à effet de serre ..

Cinq inventaires des émissions de gaz à effet de serre ont été
réalisés dans le cadre de la TCN. Ils portent sur les années 2005,
2006, 2008, 2010 et 2012 avec  2010  comme année de référence et 2012 dernière année d’inventaire.
Ainsi , d’après la synthèse des émissions et des absorptions de GES au Maroc , les émissions anthropiques nettes de GES au Maroc pour l’année 2012 sont évaluées à  100 547,4 Gg Eq-CO2, soit 3,10 tonnes Eq-CO2/habitant  (contre 93 937,2 Gg Eq-CO2 en 2010 et 2,95 tonnes Eq-CO2/habitant).  Ces émissions correspondent au solde des émissions totales de GES par
les différentes sources (émissions brutes) et des absorptions de CO2 par les écosystèmes végétaux.
La contribution de gaz à effet de serre directs dans ces émissions en 2012 est la suivante:
CO2 : 66 538,7 Gg (contre 60 327,4 Gg en 2010).
CH4 : 783,453 Gg (contre 720,651 Gg en 2010).
N2O : 56,633 Gg (contre 59,60 Gg en 2010).
Absorptions de CO2 : 5 103,50 Gg (contre 4 942,60 Gg en 2010).

Sur le plan sectoriel, le module Énergie, responsable d’environ 78% de dégagement de gaz carbonique et plus de la moitié des émissions globales des GES du Maroc, est de loin le premier émetteur du gaz carbonique et de GES en général avec 54,4% et 56,5% respectivement en 2010 et 2012. Ce module est aussi responsable de la majeure partie des émissions des gaz NOx et CO avec plus 99% chacun, des COVNM avec 66% environ et du SO2 avec 70%.
Puis , vient le module Agriculture avec 23,4% environ des émissions de 2010 (21,3% en 2012). Ce module est responsable en 2010 de plus de 92% des émissions de N2O et d’environ 33% des émissions de CH4. Ce module n’émet pratiquement pas de gaz carbonique.  La part des émissions des modules Procédés Industriels est d’environ 10%, celle des déchets de 7,5% en 2010 et 7,9% en 2012, alors que celle du module Changement d’affectation des terres et foresterie est de 4,8% et 4,4% respectivement en 2010 et 2012.
Les émissions de CH4 du module déchets représentent 41,14% et 42,9% des émissions totales de ce gaz respectivement en 2010 et 2012.
Des mesures d’atténuation proposées à l’horizon 2040.
Les émissions nettes par habitant ont été évaluées à 2,95 tonnes EQ-CO2 per capita en 2010, année de référence. Elles devraient progresser à un rythme annuel moyen de 2,59% pour atteindre 6,35
tonnes EQ-CO2 per capita à l’horizon 2040. L’établissement du scénario d’atténuation s’est basé sur des mesures susceptibles de réduire les émissions de GES tout en permettant au Maroc de faire face à ses défis de croissance économique et de
développement social. Le scénario d’atténuation identifié comprend 49 mesures et projets visant l’atténuation des émissions de GES dans les différents secteurs émetteurs. Il totalise un potentiel moyen d’atténuation de l’ordre de 81,9 millions de Tonnes Eq-CO2 par année à l’horizon  2040.
En reprenant les émissions de la ligne de base selon le scénario de référence, les différentes mesures proposées permettent d’atténuer les émissions de GES de 62 958,50 Gg. Eq-CO2 en 2040, soit 24,74 % des émissions de la ligne de base de cette année.

Une vulnérabilité flagrante aux impacts du changement climatique…

La Vulnérabilité aux impacts du changement climatique au Maroc a été traitée pour les secteurs importants de l’économie (climat, ressources  en eau, agriculture, forêts, littoral) à l’échelle nationale et au niveau de deux zones choisies dans le sud du pays à savoir le bassin  de Souss-Massa et la zone des oasis.Les Tendances climatiques observées et Projections  à long termes prouvent que le changement climatique est déjà en cours au Maroc au vu des
tendances climatiques observées entre 1960 et 2005. Les températures moyennes annuelles ont augmenté de 1,0 à plus de 1,8°C et les précipitations ont subi un déclin qui varie entre 3 et 30% avec une
baisse de 26% dans la région Nord-Ouest du pays considérée comme la zone la plus humide du Maroc.
Pour tous les horizons temporels de projection considérés dans cette
communication, on observe une tendance à la baisse des cumuls annuels des précipitations qui varie entre 10 et 20% pour atteindre 30% sur les provinces sahariennes à l’horizon 2100. Pour les températures
moyennes annuelles, une tendance à la hausse de 0,5 à 1°C est projetée à l’horizon 2020 et de 1 à 1,5 °C aux horizons 2050 et 2080, sur l’ensemble du pays.

Impact sur les ressources en eau

Les résultats des projections climatiques et les différentes
régressions statistiques établies entre les précipitations et les
écoulements superficiels alimentant deux bassins versants et barrages   (Hassan Addakhil par l’oued  Ziz et Idriss 1er par l’oued Inaouene, bassin du Sebou) ont permis d’estimer l’impact probable du changement climatique sur les
ressources en eau dans ces deux bassins, aux horizons 2020, 2050 et 2080. Les résultats indiquent clairement que les ressources en eau
subiraient des baisses significatives par rapport à la période de référence 1950-2002. Les extrapolations au niveau national indiquent également que le capital eau (en m3/habitant/an) subirait une baisse importante à l’horizon 2050 et 2080, engendrant ainsi une situation de pénurie d’eau dès l’horizon 2020, quelque soit le scénario considéré.
Les projections effectuées sur les ressources en eau du bassin de Souss-Massa, montre, en considérant les mêmes taux d’accroissement de la population et de variation des ressources en eau qu’au niveau national, que l’impact du CC aggraverait continuellement la situation de pénurie d’eau que connait déjà ce bassin. En effet, le capital eau dans ce bassin qui est estimé à 447 m3/habitant/an en 2010, passerait en 2080 à 192 m3/habitant/an selon le scénario optimiste ou encore 123 m3/habitant/an selon le scénario pessimiste.
En ce qui concerne les zones oasiennes, les résultats des projections permettent de conclure que le changement climatique va fortement impacter leurs ressources en eau. En effet, à Zagora, le seuil de stress hydrique serait atteint entre les horizons 2040 et 2050 et à Ouarzazate, le seuil de pénurie d’eau serait atteint entre les horizons 2030 et 2050 .Les besoins en eau potable dans la zone des oasis augmenteraient par ailleurs de 50 à près de 130% en 2030 et de 67% à près de 380% en 2050, du fait de la croissance de la population.
Le changement climatique accentuerait ainsi la détérioration de la situtaion hydrique dans les oasis.
L’agriculture pluviale est très sensible aux aléas climatiques et notamment aux épisodes de sécheresses. La vulnérabilité du secteur BOUR est accentuée par les caractéristiques propres de ce systèmed’exploitation (traditionnel et vivrier, de faible productivité,etc.). L’impact du changement climatique se solderait par une réduction des rendements céréaliers de 50% à 75% en année sèche et de
10% en année normale (MAPM/ADA, 2012).Le changement climatique se traduirait par un accroissement des
besoins en eau des cultures irriguées compris entre 7 et 12% en raison de l’augmentation prévisible des températures et de l’évapotranspiration. La gestion peu efficiente de l’eau utilisée dans les périmètres irrigués constitue un facteur supplémentaire qui accentue la vulnérabilité de ce secteur face aux aléas climatiques.
Au-delà des différents scénarios envisageables, l’impact du changement climatique sur l’agriculture marocaine se manifesterait en premier lieu par la diminution de la disponibilité en eau pour l’irrigation et par une baisse de la productivité agricole, notamment celle des cultures pluviales. La production animale connaitrait des situations de détérioration corrélativement aux impacts négatifs sur la production végétale. Les projections climatiques préconisées indiquent que l’aridité augmenterait progressivement en raison de la diminution de la pluviométrie et de l’augmentation de la température. Ceci aurait des répercussions négatives sur les rendements agricoles surtout à
partir de 2030.

Hafid FASSI FIHRI

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