Côte d’Ivoire: Gbagbo et Ouattara s’engagent dans une épreuve de force

Côte d’Ivoire: Gbagbo et Ouattara s’engagent dans une épreuve de force

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« Le temps est l’autre nom de Dieu », aime à dire Laurent Gbagbo.
Engagé dans une nouvelle épreuve de force depuis qu’il a été proclamé vainqueur de la présidentielle du 28 novembre par un Conseil constitutionnel acquis à sa cause, contre un rival donné gagnant par la commission électorale et la communauté internationale, le sortant affecte la plus grande sérénité.
Solidement installé au palais présidentiel, il a présidé mardi le premier Conseil des ministres de son nouveau gouvernement. Pendant ce temps, la capitale économique et tout le pays se raniment après deux semaines d’apesanteur.
« Le temps joue contre nous, la situation recommence à devenir normale », dit à l’AFP un cadre du camp Ouattara.

 

Retranché dans un grand hôtel sous la protection de Casques bleus où son propre gouvernement se réunit, l’ex-opposant est fermement soutenu par la communauté internationale: le Conseil de sécurité de l’ONU l’a reconnu mercredi soir comme président élu, à l’issue d’âpres discussions avec la Russie.
Mais M. Ouattara voit son adversaire asseoir son pouvoir, et ses propres décrets dans l’administration, spécialement pour mettre la main sur les vitales finances publiques, restent pour l’heure sans effet perceptible.

Qui viendra rompre le statu quo? Les deux camps se sont jusque-là abstenus de déclarations ouvertement guerrières.

Les chefs des Forces de défense et de sécurité (FDS) – qui ne contrôlent que la partie sud du pays depuis qu’une rébellion, rebaptisée plus tard Forces nouvelles (FN), a pris le nord après le coup d’Etat manqué de 2002 – ont affiché un soutien sans équivoque à M. Gbagbo.

Côté Ouattara, aucun mot d’ordre appelant les militants à descendre dans les rues n’est encore venu. Nombre de responsables redoutent qu’une telle initiative ne se solde par un bain de sang.
Les inconditionnels d' »ADO » (Alassane Dramane Ouattara) ne se sont signalés que par des barricades, au cours de manifestations éparses qui se sont éteintes ces derniers jours avec les derniers pneus brûlés.

« On va essayer de sortir de là sans faire de casse », assure un proche du chef des FN Guillaume Soro, Premier ministre de M. Gbagbo de 2007 à 2010 devenu celui de M. Ouattara à la faveur de la crise.
Malgré les menaces de sanctions internationales, « le président Gbagbo pense qu’avec un certain lobbying on trouvera une solution », explique un conseiller au palais présidentiel.

Mais, souligne-t-il, avec le blocage actuel nul n’exclut un affrontement armé: « chaque camp envisage tous les scénarii possibles ».

« Gbagbo s’emploie à conserver la fidélité de l’armée et Ouattara essaie d’y trouver des failles », affirme un diplomate européen en poste à Abidjan.

Tout en plaidant pour une issue pacifique, M. Soro ne manque pas une occasion de menacer de recourir à la force, évoquant des « risques réels » d’embrasement si le sortant se maintient.
En cas de confrontation, il compte s’appuyer sur les quelques milliers de FN au nord.
Pour l’instant, « les Forces nouvelles sont vigilantes, mais elles ne bougent pas », relève une source militaire occidentale.

Mais les protagonistes s’accordent sur une chose: cette situation politique baroque ne pourra pas durer éternellement.

AFP

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