Crise belge: des milliers de Belges expriment leur honte et exaspération

Crise belge: des milliers de Belges expriment leur honte et exaspération

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C’est la première fois, depuis les élections législatives belges du 13 juin 2010, que des citoyens ordinaires expriment ainsi massivement leur exaspération face à l’impasse actuelle.
Ils répondaient à un appel popularisé via internet de cinq jeunes de Flandre et de Bruxelles, trois étudiants et deux salariés, se disant sans affiliation politique même si l’un d’eux est fils du ministre fédéral de la Justice, un chrétien-démocrate flamand. Leur mot d’ordre: une marche de la « honte » pour le royaume.

« Qu’est qu’on veut? On veut un gouvernement », ont scandé les protestataires, jeunes souvent, au 224e jour de la crise qui voit le pays privé de véritable gouvernement, un record en Europe.
Nombre de manifestants arboraient aussi dimanche une affichette avec le slogan « Se diviser? pas en notre nom! », mot d’ordre d’une réunion d’artistes et d’intellectuels organisée à Bruxelles vendredi soir, qui a fait grand bruit.

Les participants, flamands et francophones mêlés, y ont dénoncé la ligne nationaliste défendue par le parti indépendantiste sorti vainqueur des législatives, la Nouvelle Alliance flamande (N-VA), qui contribue à l’actuel blocage politique.

Sur le ton de l’humour, le francophone Philippe Geluck, le célèbre dessinateur du « Chat », y a appelé à une « révolution des moules et des frites », le plat national belge, sur le modèle de la « révolution du jasmin » tunisienne.

Autre slogan à succès, « Une barbe pour la Belgique » pouvait-on lire sur des autocollants arborés dimanche par certains des 34.000 manifestants (selon la police), à la suite d’un appel de l’acteur belge Benoît Poelvoorde à ne plus se raser jusqu’au dénouement de la crise.
« On veut une solution. Pas cette guerre de tranchées entre partis politiques », a expliqué un manifestant flamand, Christophe, 27 ans, chercheur en sociologie de l’université d’Anvers (Flandre, nord).

Pour lui, la manifestation de dimanche reflète « un début de fracture entre Flamands », depuis que la droite flamande –la N-VA et les chrétiens-démocrates du CDV– a rejeté le 6 janvier une ébauche de compromis élaborée par un socialiste flamand chargé d’une mission de conciliation.
Ce texte a été au contraire appuyé par la gauche flamande et les francophones participant depuis plus de sept mois à ces interminables négociations à sept.
Seul incident du rassemblement de dimanche, cinq extrémistes flamands ont été interpellés par la police alors qu’ils tentaient de détruire des tracts destinés aux manifestants.

L’un des organisateurs de la marche, Simon Vandereecken, un graphiste de 23 ans, s’est réjoui d’un succès « qui a dépassé nos espérances ».
« Nos hommes politiques vont devoir réagir après une telle mobilisation. Dans le cas contraire, on verra quelles initiatives prendre », a-t-il dit à l’AFP.

La Belgique est administrée depuis l’été 2010 par un cabinet chargé d’expédier les affaires courantes faute d’accord sur une nouvelle réforme de ses institutions.

Les francophones de Wallonie et Bruxelles veulent limiter l’autonomie renforcée que réclament les Flamands (60% des quelque 11 millions de Belges), notamment dans le domaine fiscal, de peur que ce soit le début de la fin pour le pays.

AFP

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