Les festivals au Maroc, un gaspillage à grande échelle.

Les festivals au Maroc, un gaspillage à grande échelle.

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Et pour cause ! La saison d’été s’installant et grâce aux subsides fournis généreusement par les communes et conseils des villes, de petites associations veulent s’ériger en organisateurs professionnels d’événements culturels ou artistiques alors que les initiateurs de festivals de dimensions plus importantes ne lésinent pas sur les moyens pour offrir au public et de plus en plus des plateaux attirants par leur programmation . C’est ainsi qu’un Cheb Khaled est en train de battre un record en termes de présence sur les scènes de ces festivals éparpillés du nord au sud et d’est en ouest : plus d’une dizaine de concerts en 2009 et autant en 2010. La khaled mania, les artistes africains, les stars libanaises, Najat Atabou et le duo inénarrable Daoudi-Daoudia ainsi que le très châabi Stati et son fidèle violon sont de toutes ces fêtes onéreuses et répétitives, sans concept ni réflexion à la base, qui se veulent désespérément culturelles sans y arriver. A y voir de plus près, il est aisé de constater que cette frénésie saisonnière, car le reste de l’année est marqué par un vide abyssale en la matière, est la preuve accablante encore une fois que l’imagination n’est pas le fort de ces apprentis-organisateurs prompts à dépenser outrancièrement les deniers publics qui pourraient servir à d’autres fins plus utiles.

Que dire enfin des autres méga événements tels que Mawazine qui n’est même pas relevé du drame bien connu malheureusement de l’an passé est passé à la vitesse supérieure et fulgurante en s’offrant des stars planétaires que lui envieraient bien des capitales étrangères des plus connues. Les cachets astronomiques, le nombre de scènes, la logistique impressionnante, l’apport généreux et conséquent des plus grandes entreprises; tout cela sans qu’il y ait des répercussions notables sur le plan touristique, est-ce bien sérieux? Tout ce gaspillage ostentatoire ne contribue-t-il pas à alimenter les discussions dans les ambassades et les rapports qu’elles publient sur nos défauts de gouvernance et notre mauvaise gestion de l’argent des contribuables alors que cette manne pourrait tellement à désenclaver à titre d’exemple des milliers de régions qui ne disposent pas à ce jour ni de routes permettant aux enfants de suivre une scolarité normale, ni aux habitants de ces régions d’avoir une vie décente, ni de pouvoir avoir accès à l’eau et à l’électricité..

Le Maroc et quoique disent les publicitaires ingénieux auteurs de ce slogan creux qui voudrait faire croire aux touristes étrangers que nous sommes dans le plus beau pays du monde.

Le festival des musiques sacrées de Fes qui a perdu depuis longtemps de son aura n’est pas mieux loti au niveau de sa réputation et  qui après les multiples ratages de cette année serait bien inspiré de tout remettre à plat pour se trouver un nouveau souffle et se débarrasser des nombreux boulets qu’il traine en termes de transparence dans sa gestion. Il en est de même pour Essaouira qui offre une programmation squelettique et ronronnante alors que celui de Timitar à Agadir ne fait pas mieux en cet été 2010.

Quel triste tableau que cette gabegie qui mobilise des équipes et des préparatifs pendant près d’un an. Qui a soufflé à toutes ces fondations l’idée d’organiser des festivals se chevauchant, engageant les mêmes artistes, pour au bout du compte , fournir des spectacles d’une rare indigence qui mobilisent autant d’argent, autant de moyens humains et sécuritaires sans que le résultat escompté soit atteint?

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