Derb Omar : Le début de la fin ?

Derb Omar : Le début de la fin ?

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Pomme de discorde aujourd’hui, des grossistes qui dénoncent une décision d’expulsion qu’ils qualifient d’injuste et d’arbitraire. Vingt ans après un premier procès à l’issue duquel ils avaient obtenu gain de cause, les voilà menacés cette fois-ci de plier bagages s’ils refusent d’accepter les 12000 DH que leur propose la justice en guise d’indemnités. Indécent, répondent-ils, pour des fonds de commerce qu’ils évaluent entre 4 et 8 millions de dirhams. 

Ce sont donc ces grossistes qui ont décidé de crier haut et fort leurs désarroi lors d’un débrayage suivi par d’autres commerçants en guise de solidarité. L’objet précis du litige et la prochaine  destruction d’un immeuble où se concentrent leurs magasins. Outre l’indemnisation faramineuse qu’ils demandent, ils somment  les autorités de leur apporter des garanties fermes en vue de leur réinstallation après la reconstruction du bâtiment, selon des normes modernes qu’ils occupent actuellement. Cette affaire est révélatrice de plusieurs maux dont souffre ce secteur de Derb Omar, véritable tâche noire dans la ville et sur lesquels il est intéressant de revenir.

 

Passes-droits,  encombrement et problème de circulation, pollution,  état de délabrement avancé de cette zone, objet de toutes les convoitises de la part des spéculateurs immobiliers. Grâce à la passivité complaisante des autorités qui voudraient bien débarrasser le centre-ville de cette ruche qui floue les caisses de l’état, ces nababs du béton sont à l’affût de la moindre parcelle de terrain à acquérir pour faire déguerpir les récalcitrants, ce qui n’est pas évident. Les enjeux financiers colossaux qui le caractérisent et le rythme au quotidien ont fait la sulfureuse réputation de ce temple du commerce où viennent s’achalander tous les commerçants du pays. Il faut dire qu’on y trouve de tout même un large éventail de produits chinois acheminés en masse par des commerçants concurrents d’un nouveau type .

En effet, des dizaines de commerçants chinois sont venus s’installer depuis quelques années à Derb Omar pour tenir la dragée haute à leurs homologues marocains. Bien intégrés et au fait des techniques les plus élaborées pour écouler leurs marchandises, parlant parfaitement l’arabe dialectal, les membres de cette communauté qui se développe, de jour en jour, sont venus ajouter une touche pittoresque à la cacophonie ambiante.

Il existe bel et bien un projet de mise à niveau du centre commercial Derb Omar qui existe depuis des décennies déjà. Un partenariat signé en 2008 prévoit de réduire progressivement toutes les excroissances de cette plaie béante du centre-ville… mais gageons que cela relève du domaine de l’impossible. L’autre alternative avancée est de délocaliser toute cette activité grouillante vers une autre zone,  loin du  centre-ville, comme aux environs du méga-marché à ciel ouvert de Derb Korea
Mais ce serait rendre la situation encore plus intenable et de toute façon ce n’est pas pour demain tellement les commerçants de Derb OMAR sont tenaces et connus pour leur combativité dés lors que leurs intérêts sont menacés. On se souvient encore de leur mobilisation sans pareille et leur riposte lors de la fameuse campagne  d’assainissement de l’ère BASRI,  menée justement pour mettre fin à l’anarchie de l’informel sur injonction de la Banque Mondiale. Le résultat malheureusement est toujours là. Derb OMAR a encore quelques beaux jours, plutôt quelques années devant lui. La campagne de Driss Basri aura été finalement un coup d’épée dans l’eau. Chassons le naturel, il revient toujours au galop.  Faudra-t-il une décision d’en haut pour mettre fin à ce chaos, à ce laisser aller et laisser faire. Les grossistes de Derb Omar sont-ils aussi puissants pour ce placer au dessus des lois.

Jalil Nouri

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