Des accessoires, des tissus… et des petits rêves africains meublent l’espace rbati...

Des accessoires, des tissus… et des petits rêves africains meublent l’espace rbati !

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-Par Nizar LAFRAOUI-

Alors que les belles lampes suspendues le long du boulevard Mohammed V reprennent leurs habitudes nocturnes, des milliers de passants, de noctambules entassés sur les terrasses des cafés ou de simples Rbatis qui font leurs allers-retours quotidiens entre commerces et jardins, Houcine, ou « Oucine » en authentique langage africain, est aux anges. Pour lui la chasse aux clients peut donc commencer.

Des marchands ambulants comme Houcine n’est pas un fait nouveau dans les villes marocaines : des habitudes qui font des vacances estivales leur véritable terrain de chasse. Toutefois, ce qui est nouveau c’es cette « descente », qui sautent aux yeux, de jeunes d’Afrique subsaharienne.

Des « aventuriers » qui n’hésitent pas à endurer une sacrée traversée de désert pour tenter leur chance face à un client marocain qui peut être tenté de s’offrir un produit d’une beauté et d’un exotisme certains.

Notre « Oucine », lui, un jeune sénégalais au corps trapu mais au sourire innocent, avait rejoint le Maroc après avoir parcouru des milliers de kilomètres dans un pénible périple de trois jours, à travers la Mauritanie. Muni d’un stock suffisant de diverses marchandises, au cachet typiquement africain, il est venu avec l’ambition d’écouler ses biens sur un marché nouveau pour lui. Mais qui n’en est pas un pour son frère ainé, Youssef. Un jeune costaud qui se considère parmi les premiers « conquérants » de la nouvelle « route de la soie » qui lie le Sénégal au Maroc.

C’est dans un appartement exigu au quartier populaire de Takaddoum, connu pour ses milliers d’hôtes africains, dont des étudiants, des commerçants ou encore des immigrés clandestins, que Houcine a élu domicile, l’air comblé de sa première expérience au Royaume.

Il a vite appris quelques expressions qui suffisent, apparemment, à entrer en contact avec ses clients potentiels. Combien ce bracelet ?  » Cinquante dirhams Khouya (mon frère) « , répond Houcine. Et dès que la conversation sort de son petit dictionnaire, il recourt à Youssef, son traducteur.

Son revenu quotidien, entre 100 et 150 DH, il ne le tire pas seulement de son commerce nocturne au Boulevard Mohammed V. Sa quête des clients, dont la plupart ressentent de la sympathie, voire de l’affection, pour Houcine et semblables, commence dès les premières heures du jour. Son sourire d’enfant et son sens d’humour, mais aussi ses valeurs tijanes, inculquées par sa famille, sont ses atouts infaillibles.

Les longues journées d’été s’égrènent, Houcine travaille de plus en plus dur pour revenir à son pays muni d’une belle somme d’argent, mais aussi de produits marocains qu’il compte y écouler. Reste que son grand rêve est de lancer un projet commercial parmi les siens et fonder une petite famille.

Non loin de Houcine, le boulevard Mohammed V accueille aussi, à bras ouverts, de jeunes filles de la région subsaharienne, dont le courage et la détermination n’ont rien à envier à leurs frères et compagnons de route.

Vêtue d’un tissu africain aux couleurs vives, Anta, une jeune fille de 26 ans aux tresses bien entretenues, a pris le soin de délimiter son territoire. Sa forte personnalité, bien visible, et ses traits fermes que les jours ont endurcis, donne la mesure de la solidité de cette « aventurière ».

Entre son histoire et celle de Houcine, il n’y a pas vraiment de parallèle. Née dans un milieu moyen, elle a cumulé les diplômes en informatique et en secrétariat pour aspirer décrocher un emploi. Devant l’échec de toutes ses tentatives, elle a décidé de prendre l’avion à destination du Maroc, chargée d’un bon stock d’accessoires, de tissus et de crèmes aux vertus thérapeutiques. Avant Rabat, son périple l’avait emmenée à Casablanca, Tanger, Agadir, Tétouan et Dakhla.

Après un séjour dans un hôtel bon marché, qui venait à bout de l’essentiel de ses revenus, elle a opté pour le choix « magique » de la collocation avec ses collègues de « travail ». Des filles avec qui elle fait semblant d’ignorer la dureté de la vie et l’éloignement des proches.

Pour Anta, les aléas de la vie n’ont pas réussi, par contre, à subtiliser l’innocence ni la franchise. Interrogée sur le secret derrière l’affluence des Marocains sur les produits africains étalés sur le trottoir, elle ne mâche pas ses mots.

« Les Marocains croient que tous ces produits sont importés, alors qu’en réalité, l’essentiel est acheté de grossistes à +Souika+ de Rabat. Le reste, des produits africains typiques, sont vendus à Casablanca par de grands commerçants africains », confie Anta, la Sénégalaise.

Une petite tournée au boulevard Mohammed V montre que ce sont bien les Sénégalais qui prennent les « affaires » en main. Les autres subsahariens n’ont pas eu la même « chance » pour accéder à ce « nouveau marché » qui bénéficie d’une certaine tolérance des autorités publiques, alors même que des propriétaires de commerces de la place ne le voient pas d’un bon oeil.

Tayi, un autre aventurier a, lui, un objectif bien clair. La trentaine dépassée, ce Nigérian qui a raté son premier rendez-vous avec « l’eldorado » européen n’entend pas baisser les bras. Les pieds à Rabat mais le coeur et l’oeil penchés vers le vieux continent, Tayi s’attache mordicus à son rêve. En attendant, il s’affaire à se faire un peu d’argent grâce à la vente d’accessoires en cuir et de pièces de décoration, vraisemblablement « made in Africa ». Son regard vague et lointain résume à lui seul tout son malaise.

Houcine, Anta et Tayi sont, en fin de compte, des pseudonymes d’un seul rêve. Celui de surfer sur une vague docile menant vers le Nord. Mais, quand le rêve semble se briser sur le rocher de Gibraltar, le Royaume n’est plus seulement un pays de transition. Il devient alors un pays d’accueil provisoire, un provisoire qui risque de durer !.

 

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