Des élections seront organisés dans 8 mois : La deuxième République de...

Des élections seront organisés dans 8 mois : La deuxième République de Tripoli

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Une chose est certaine : le CNT s’impose d’emblée comme le «maître d’ouvrage» de cette reconstruction. Le porte-parole du Conseil national de transition libyen à Londres, Guma Al Gamaty, vient d’ores et déjà de détailler la feuille de route qui va structurer la transition démocratique en Libye.Dans une interview à la BBC, citée par l’AFP, il a affirmé qu’une élection d’une Assemblée constituante va être organisée dans environ 8 mois. Celle-ci sera suivie, un an plus tard, de la tenue d’élections présidentielle et législatives, les premières dans l’histoire du pays.

«Durant huit mois, le CNT dirigera la Libye avant qu’une assemblée élue par le peuple ne prenne les commandes du pays pour rédiger une Constitution, et au bout d’un an (…), des élections seront organisées», a-t-il indiqué, avant de reprendre : «Donc, nous avons huit mois et un an avant des élections finales à la fois législatives et présidentielle. Et avec un peu de chance, après environ 20 mois, le peuple libyen aura élu les dirigeants qu’il souhaite.» Et de souligner que la nouvelle Constitution sera élaborée par une assemblée de 200 membres avant d’être soumise à référendum.

A la lumière de ce calendrier électoral, il apparaît donc clairement que le CNT va être l’artisan de cette «Libye nouvelle» (comme il plaît à la Conférence de Paris de la désigner). D’ailleurs, l’organe politique de l’insurrection libyenne qui, depuis sa création le 27 février 2011, avait pris ses quartiers à Benghazi, s’apprête à s’installer à Tripoli et s’emparer officiellement du pouvoir après que la vacance de l’ancien régime ait été constatée, El Gueddafi ne se faisant signaler que par de sporadiques opérations qui ressemblent beaucoup plus aux derniers râles d’un dictateur à l’agonie.

Une opposition sans traditions

Quelles sont les forces politiques qui vont animer la nouvelle ère qui s’annonce ? Il importe de souligner à ce propos que la Libye n’a jamais connu de véritable opposition démocratique aux traditions de lutte éprouvées. Pas de leader populaire chevronné ni de parti clandestin. En 42 ans de règne sans partage, Mouammar El Gueddafi s’est arrangé pour vider la société libyenne de toute sève citoyenne, de toute velléité contestataire. Jusqu’au soulèvement de Benghazi, l’opposition dans ce pays se résumait à un néant abyssal. Il n’est, dès lors, pas surprenant que la rébellion libyenne s’articule non pas autour de forces politiques organisées mais de figures dissidentes issues principalement du sérail, et soutenues par des tribus insurgées.

Evidemment, le visage le plus médiatique du CNT est celui de son président, Mustapha Abdeljalil. Il aura été, trois ans durant, le ministre de la Justice d’El Gueddafi. S’il est connu pour être l’homme qui par deux fois a soutenu la condamnation à mort des fameuses infirmières bulgares, il s’est aussi illustré par quelques prises de position courageuses en matière de droits de l’homme, ce qui fait de lui un personnage respecté. Idéologiquement, on le dit plutôt proche du courant traditionaliste et il bénéficierait à ce titre du soutien des islamistes.

Autre figure de proue : Mahmoud Jibril. C’est l’éminence grise du CNT. Politologue de formation et brillant économiste, il a fait une partie de son cursus universitaire aux Etats-Unis. Intellectuel de haut vol, il a élaboré avec un groupe de ses compatriotes le projet «Vision libyenne». Il sera le chef du premier «comité de crise» qui a été mis sur pied aux premiers jours de l’insurrection libyenne avant d’être élu président du bureau exécutif du CNT. Politiquement, on le présente comme un libéral. Autre personnalité incontournable : Abdelhafiz Ghoga, vice-président du CNT. Avocat de son état, c’est «Monsieur droits de l’homme» du Conseil national de transition. Il convient de citer également l’ancien ministre de l’Economie d’El Gueddafi et ancien ambassadeur de Libye en Inde, Ali Abdelaziz El Issaoui qui a rejoint très tôt la rébellion.

Sa fine connaissance du terrain diplomatique en fera naturellement le «ministre des Affaires étrangères» du CNT. Citons pour finir ce personnage ô combien controversé qu’est Abdelhakim Belhadj, propulsé à la tête du Conseil militaire de Tripoli en récompense aux âpres combats qu’il a dirigés pour libérer la capitale libyenne. L’homme est présenté comme étant de souche «djihadiste». Connu sous le nom de guerre de Abou Abdallah Al Sadek, il est membre fondateur du «Groupe islamique combattant en Libye» (GICL) qui a été créé en 1995. Arrêté en 2004 par la CIA et extradé vers la Libye, il sera gracié par El Gueddafi le 23 mars 2011. Il rejoint aussitôt les rangs de la guérilla libyenne. Les Occidentaux se gardent de voir en lui un chef de guerre dangereux, un adoubement motivé au demeurant par le refus par l’intéressé de cautionner AQMI.

Une transition compliquée

Ainsi, en parcourant le CV des principales figures du CNT, l’impression qui se dégage est que nous avons affaire à des technocrates pragmatiques pour la plupart. Il y a très peu d’idéologie dans cette «révolution libyenne», en définitive, même si certains observateurs y ont vu une forte coloration islamiste.Au-delà de l’aspect doctrinal, la question qui coule de source est : comment va se «débrouiller» le CNT sans l’OTAN pour mettre cette «nouvelle Libye» sur les rails et lui assurer le meilleur décollage possible ? A se fier aux exemples irakien et afghan, tout porte à croire que la transition libyenne ne se fera pas sans de sérieux couacs.
Le premier challenge est la pacification du pays et le désarmement des factions qui se sont engagées massivement dans la bataille, avec un effrayant arsenal dans leur barda.

Du reste, personne n’a intérêt à ce que la Libye devienne le plus grand marché noir de matériel militaire de la région. Ayant conscience de l’ampleur des violences qui ont dévasté le pays ces six derniers mois, le CNT n’a eu de cesse de multiplier les appels à la conjuration de la haine et du spectre de la vengeance pour éviter que Tripoli ne se transforme en bain de sang comme Baghdad. Le conflit a déjà fait 50 000 morts, selon le Conseil. Autre défi : la réunification des Libyens autour d’un nouveau contrat social qui ferait consensus. A ce propos, de nombreux analystes s’interrogent sur le poids de l’islamisme dans la nouvelle configuration politique. Enfin, l’élite libyenne aspire à voir le pays affranchi des démons du tribalisme, ce qui est loin d’être une sinécure.

Dans un pays dépourvu de société civile et d’institutions modernes, tout reste donc à faire, et ce n’est pas la remise en marche précipitée des raffineries de Zawiya, Brega et autre Tobrouk qui va prémunir la Libye libre du chaos.

Mustapha Benfodil

 

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