Développement socioéconomique au Maroc

Développement socioéconomique au Maroc

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Le développement ne doit pas,  en effet, être confondu avec la croissance, dans la mesure où il se fixe d’autres objectifs que la simple augmentation du PIB, il peut donc exister une croissance sans développement dans la mesure où les besoins fondamentaux de tous les hommes ne sont pas couverts ; il est par contre possible d’imaginer un développement sans croissance dans un pays où le PIB par tête n’augmenterait pas, mas qui parviendrait à une justice sociale et à une réduction des gaspillages au profit des besoins essentiels de sa population [ exemple d’une réforme agraire très égalitaire dans une société très rurale].

L’analyse économique du développement humain renvoie à deux concepts fondamentaux ; la pauvreté et les inégalités sociales.

Une première base théorique de réponse, fut l’hypothèse de Kuznets (Prix nobel de l’économie en 1971), selon celle-ci, à des niveaux de revenu très par habitant faibles, l’inégalité des individus d’une population commence par augmenter et s’accentuer à mesure que le revenu moyen par habitant augmente, cette inégalité diminue par contre lorsque le niveau de développement mesuré par le revenu par tête par exemple, atteint un seuil très avancé.

Pour se faire une idée sur l’évolution et les niveaux de l’inégalité au Maroc depuis l’indépendance, nous allons examiner les dépenses en consommation des 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches, en se basant sur les statistiques officielles du Haut Commissariat au Plan, plus précisément les résultats de l’enquête nationale sur les niveaux de vie des ménages.

Année     1960    1971    1984-85    1998-99    2000-01    2006-07
10% plus pauvres    3,30%    1,20%    1,90%    2,60%    2,63%    2,60%
10% plus riches    25%    37%    30%    31,00%    32,13%    33,10%
Dépenses en consommation des ménages

Autrement dit la part des 10% les plus aisés est plus de 12.7 fois celles des 10% les plus pauvres.

En outre en 2007, et ayant à l’esprit qu’il s’agit d’une mesure du bien être, il est frappant de relever que la dépense annuelle moyenne entre les 10% les plus pauvres du milieu rural, et les 10% les plus riches  du milieu urbain du pays est plus de 18.6 fois. Avec ces chiffres il est évident qu’on ne peut pas s’attendre à une baisse de l’inégalité en matière de dépense.

Evolution de l’indice de GINI :

Définition : le coefficient de Gini est un nombre variant entre 0 et 1, où 0 signifie l’égalité parfaite et 1 signifie l’inégalité totale.

Les pays historiquement égalitaires ont un coefficient de GINI de l’ordre de 0.2, les pays les plus inégalitaires ayant un indice de GINI de l’ordre de 0.6 (Brésil).

Année     1960    1971    1984-85    1998-99    2000-01    2006-07
Indice de GINI    0,340    0,408    0,392    0,395    0,406    0,407

Il est clair que les différentes politiques économiques poursuivies ou subies depuis l’indépendance ont un effet négatif, ou au moins non positif sur les parts relatives des consommations des pauvres.
Il est nécessaire de se poser la question sur les effets des politiques économiques poursuivies au Maroc, et leurs capacités distributives sur le bien être de la population, en vue de réduire les inégalités.
Nous allons tenter d’analyser de façon sommaire l’efficience des instruments de redistribution en l’occurrence les transferts indirects via la caisse des compensations, et la fiscalité (la TVA).

La fiscalité : Comment la fiscalité atteindra l’objectif d’équité, tant que la taxation porte sur les dépenses de consommation, voire de base que sur ceux qui sont liés à un niveau de vie élevée [par exemple : les engins et matériel de transport, article de chasse, articles de décoration, Appareils électronique la TVA à passé de 30%-? 20% entre 1984 et 2008].
Ainsi la TVA ne tient pas en compte de la capacité contributive de l’acheteur contribuable, paradoxalement des produits de base ont vu leur charge fiscale s’alourdir sensiblement, des produits exonéré ont vu leur taux passer de 7% (sucre, alcool à bruler, pates alimentaires) à 14%, d’autres ont passé de 7% à 14%(huile alimentaire) et même de 7% à 20% (cafés, confitures, allumettes) sur la même période entre 1984 et 2008.

Les pays élaborent des systèmes de protection sociale afin de limiter la pauvreté et éviter les inégalités, et maintenir les prix des matières de base dans des niveaux raisonnables, cette régulation se fait grâce  à un mécanisme de compensation basé sur les prélèvements de péréquations et des versements des subventions à la production et à la consommation  des produits de base, ces organismes ont un poids budgétaire lourds, en guise d’illustration le déficit de la caisse des compensations à dépassé en 2007 la barre de 20 Milliards de dirhams.
Certes le Maroc via la caisse des compensations à réussi à stabiliser les prix des céréales, le sucre et le gaz butane, mais il est nécessaire de s’interroger sur la qualité de la distribution de celles-ci.
Dans ce sens une étude menée par deux ingénieurs de l’INSEA en Juin 2008 pour le compte de la banque mondiale a stipulé le caractère très inégalitaire des subventions au Maroc
La dite étude a procédé à un diagnostic technique moyennant différents indicateurs d’inégalité. Faisant  guise de stéthoscope, ces indicateurs ont permis de ressortir de manière très distincte l’inégalité de la distribution des subventions et ce sur les différentes couches à la population marocaine. Tous les résultats recueillis vont dans le même sens et affirment sans exception que les subventions profitent beaucoup plus aux plus riches et que ce sont ceux qui en ont le plus besoin qui n’en bénéficient que faiblement. Comme preuve à l’appui, l’indice de Gini montre que les 10% les plus favorisés de la population reçoivent 25% de la subvention alors que les 10% les moins favorisés ne reçoivent que 1,81%.

Une  subvention très mal répartie au sein de la population et pesant trop lourd sur les finances de l’Etat peut se trouver très bonne candidate à la suppression. Il est donc légitime et même logique de penser à supprimer un système qui, en termes de budget, demande beaucoup et, en termes de résultats, offre peu. Mais ceci reste à prouver car la subvention remplit bel et bien un grand rôle de soutien sans lequel un pourcentage non négligeable de la population se verrait sombrer dans la pauvreté. Le quatrième et dernier chapitre présente, moyennant une série de scénarios simulant la suppression des subventions, comment la structure sociale du Maroc risque de se fragiliser si ce démantèlement venait à être effectué. Il est clair à présent que le scénario de la suppression n’est pas la meilleure option qui devrait être considérée et que d’ores et déjà le dilemme devient cornélien.

Il est également légitime de se poser la question sur l’ampleur de la vision sociale dans les politiques de l’Etat, prenons l’exemple du TGV, ce projet énorme va nous couter 20 Milliards de dirhams, le budget d’investissement du ministère de l’éducation et de 3.1 milliards DH, le chantier de l’INDH à un budget de 10 Milliards de dirhams !!!

Le système de santé souffre aussi de plusieurs problèmes : pression sur les établissements de soins, la mauvaise organisation des services d’urgence, grand déséquilibres entre les régions et entre les milieux rural et urbain.
Le taux de mortalité maternelle est 227 pour 100.000 naissances, le taux de mortalité infantile est de 40 pour 1000 ; le Maroc n’est pas bien loti en capacité litières totales des établissements hospitaliers, l’offre globale du royaume est de 37520 lits, en rapportant se chiffre à la population marocaine on obtient un ratio de 1 lit par 800 habitants soit 12.5 lits pour 10.000 habitants (l’Algérie  17 lits pour 10.000 la Tunisie 24 lits pour 10.000).
Une enveloppe de 1.5 Milliards est consacrée à la modernisation de 21 hôpitaux marocains dont Ibn Sina de Rabat soit 0.075 TGV pour 21 hôpitaux.
Encore, l’axe constitué par les régions du Gharb Chrarda-Beni Hassen, Rabat, Salé, Zemmour Zair qui abrite 26.28% de la population marocaine emploie 50.79% des médecins, ne serait il pas le Maroc utile ?

L’Etat à chercher toujours à détourner le débat social, en faisant l’éloge de la croissance économique, une trêve d’ironie, la vérité est bien que le PIB n’est plus un indicateur pertinent de la santé et du progrès de nos sociétés. Parce qu’il ne prend pas en compte la dégradation de l’environnement, et qu’il ne dit rien des inégalités et du bien être individuel et collectif. Le PIB augmente quand l’Etat dépense des milliards dans la construction des routes qui s’effondrent l’hiver de l’année de suite, il augmente quand nous devons climatiser nos locaux faute de pouvoir  ouvrir les fenêtres pour cause de bruit ou de pollution, il augmente encore quand nous passons des heures en voiture pour nous rendre à notre travail.  

TILFANI Oussama

 

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