DIMANCHE NOIR DANS LA ZONE LOYALISTE SYRIENNE, PRÈS DE 130 MORTS

DIMANCHE NOIR DANS LA ZONE LOYALISTE SYRIENNE, PRÈS DE 130 MORTS

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Au moins 127 personnes ont été tuées dimanche dans une série d’attentats spectaculaires revendiqués par les jihadistes de l’Etat islamique (EI) dans des zones tenues par le régime en Syrie, alors que Washington continue de pousser pour une trêve en annonçant un accord « provisoire » de cessation des hostilités.

Homs, troisième ville du pays, a été frappée par le plus sanglant attentat du genre sur son sol depuis 2011 avec 59 morts selon une ONG. Au moins 68 autres personnes ont été tuées près d’un sanctuaire chiite au sud de Damas dans une double attaque jihadiste.

Carte de la Syrie localisant Homs et Damas, frappées par des attentats, et Alep où des jihadistes ont été tués dans des combats © AFP AFP

C’est dans ce contexte meurtrier et malgré les échecs des précédentes tentatives d’instaurer un cessez-le-feu dans ce pays ravagé par la guerre, que le secrétaire d’Etat John Kerry a annoncé à Amman « un accord provisoire en principe » avec la Russie sur les modalités d’une trêve, qui « pourrait commencer dans les prochains jours ».

La multiplication des protagonistes, les divisions internationales et la montée en puissance de l’EI et du Front Al-Nosra, ont miné les efforts pour un règlement du conflit qui a fait en près de cinq ans plus de 260.000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population.

- Message de défi -

A Sayeda Zeinab, localité à 5 km au sud de Damas et abritant un haut lieu du chiisme, au moins 68 personnes ont été tuées et 160 autres blessées dans les attentats, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Au moins 19 autres se trouvaient dans un état de « mort clinique », d’après l’ONG, citant des sources médicales sur le terrain.

Le site du double attentat à la voiture piégée dans la banlieue de Homs, le 21 février 2016. © STRINGER AFP

Revendiquant l’attaque, l’EI a affirmé que deux de ses kamikazes s’étaient fait exploser, menaçant de mener de nouvelles attaques. L’organisation extrémiste n’a pas fait état d’un troisième attentat comme l’ont rapporté l’OSDH et la télévision d’Etat syrienne.

Un journaliste de l’AFP sur place a vu un amas de voitures calcinées et des débris de verre jonchant le sol dans la zone frappée. Les attentats se sont produits à 400 mètres du mausolée de Sayeda Zeinab, l’une des petites-filles du prophète Mahomet vénérées par les chiites.

Selon lui, au moins une soixantaine de magasins et beaucoup de façades d’immeubles ont été dévastés.

 Les attentats de Sayeda Zeinab ont été menés quelques heures après une double attaque à la voiture piégée, également revendiquée par l’EI, dans un quartier à majorité alaouite à Homs, faisant 59 morts selon un nouveau bilan de l’OSDH

Les alaouites sont une communauté issue du chiisme et à laquelle appartient le président syrien Bachar al-Assad.

D’après Rami Abdel Rahmane le directeur de l’OSDH, l’EI, visé à la fois par les frappes de la coalition internationale menée par les Etats-Unis mais aussi par les frappes russes, veut envoyer un double message.

« C’est un message d’abord à la communauté internationale pour montrer qu’ils (les jihadistes de l’EI) sont toujours puissants malgré les frappes », affirme-t-il à l’AFP.

Selon lui, le groupe jihadiste profite aussi de l’affaiblissement des rebelles dans le nord de la Syrie face à l’armée pour « montrer qu’il est le seul capable de frapper le régime dans ses fiefs, ainsi que les chiites et les alaouites ».

La Syrie est un pays à majorité sunnite mais le pouvoir en place depuis plus d’un demi-siècle est aux mains du clan alaouite des Assad. Il est ravagé par une guerre sanglante depuis près de cinq ans qui a fait plus de 260.000 morts et jeté plus de la moitié de la population hors de chez elle.

Ailleurs dans le pays, les combats se poursuivent entre les forces du régime et les rebelles très affaiblis. D’autres affrontements opposent forces kurdes et jihadistes, ou encore rebelles et jihadistes.

- En attendant Obama et Poutine -

La situation très complexe sur le terrain rend difficile la mise en application d’un accord qui soit agréé par l’ensemble des protagonistes pour une trêve malgré les efforts de l’ONU et surtout des Etats-Unis.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, à Amman le 21 février 2016 © KHALIL MAZRAAWI AFP

Dimanche à Amman, M. Kerry, se voulant optimiste, a annoncé avoir de nouveau parlé au téléphone à son homologue russe Sergueï Lavrov. « Nous sommes parvenus à un accord provisoire en principe sur les termes d’une cessation des hostilités qui pourrait commencer dans les jours qui viennent ».

« Ce n’est pas encore fait et je prévois que le président (Barack) Obama et le président (Vladimir) Poutine, pourraient bien se parler dans les prochains jours afin de tenter d’achever ce travail », a-t-il ajouté.

Selon le ministère russe des Affaires étrangères MM. Lavrov et Kerry se sont parlés deux fois au téléphone dimanche soir pour finaliser les paramètres sur l’accord d’un cessez-le-feu en Syrie.

Une trêve censée entrer en vigueur vendredi dernier conformément à un accord international parrainé par Moscou et Washington a été complètement ignorée.

Avec le régime jugeant difficile sa mise en application, l’opposition syrienne posant des conditions quasiment irréalisables et les groupes jihadistes hors de contrôle, il est difficile de concevoir un cessez-le-feu.

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