Discriminations raciales : l’ONU éreinte la France

Discriminations raciales : l’ONU éreinte la France

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Après la presse internationale, c’est au tour des Nations unies de critiquer la France et sa politique envers les étrangers. Le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (Cerd) de l’ONU, réuni mercredi et jeudi à Genève, a dénoncé les récentes propositions de Nicolas Sarkozy concernant les Roms et la déchéance de nationalité de certains criminels, lors d’un discours à Grenoble, fin juillet.

Selon le compte-rendu de la réunion du Cerd, ses déclarations sur les Roms et l’annonce du démantèlement de plusieurs camps sont particulièrement montrées du doigt par les 18 experts chargés d’examiner le rapport de la délégation française sur les mesures prises par Paris pour lutter contre les discriminations raciales, depuis son dernier examen en 2005.

L’ONU dénonce ainsi l’amalgame entre Roms et gens du voyage : le nombre de ces derniers est estimé à 400 000 personnes, dont 95% de nationalité française. L’expert algérien Nourredine Amir s’indigne notamment de l’annonce du renvoi de Roms, originaires de Bulgarie ou de Roumanie : «Comment comprendre que les Roms (…) puissent être extradés comme s’ils n’appartenaient pas à l’Union européenne ?» «Je ne savais pas que dans un même pays on pouvait faire la différence entre un citoyen européen de première et de deuxième catégorie», insiste-t-il, alors que Brice Hortefeux a annoncé que depuis deux semaines, 40 camps illégaux ont déjà été démantelés.

La déchéance de nationalité au pilori

Les experts s’indignent aussi des déclarations de Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux sur la possibilité de déchoir de sa nationalité un citoyen naturalisé si ce dernier est condamné pour le meurtre d’un policier, pour polygamie ou excision. Gun Kut, expert turc, déclare ne pas comprendre «ce qu’est un Français d’origine étrangère : je me demande si cela est compatible avec la constitution».

Pointant du doigt la montée du racisme en France, le rapporteur de la session, l’Américain Pierre-Richard Prosper, rappelle à la France son rôle moteur dans la défense de la liberté et des droits de l’homme, soulignant qu’il y avait aujourd’hui une contradiction avec l’image du pays à travers le monde et la réalité. «Il y a un manque de volonté politique pour changer tout cela», ajoute-t-il. Par ailleurs, l’expert togolais Ewomsan Kokou constate ainsi que la France est confrontée à une «recrudescence notable du racisme et de la xénophobie», malgré de nombreux instruments légaux.

Pierre Lellouche a répondu à ces critiques et a déclaré que la France était un «Etat de droit rigoureusement respectueux des droits de l’homme» qui s’attache à «garantir les libertés publiques» et préserver le droit à la sécurité, «premier des droits de l’homme», selon le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes. Le Quai d’Orsay a également affirmé que la France «veillera dans ce domaine, comme elle le fait en toutes circonstances, à respecter les principes des droits de l’homme».

Les ONG françaises qui s’étaient insurgées contre les récentes déclarations de l’exécutif ont, quant à elles, salué les critiques des Nations unies. Alain Jakubowicz, président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) s’est dit «triste de voir la France épinglée et montrée du doigt de la sorte. Mais il faut dire que la plupart des critiques et des reproches sont fondés».

«Nous sommes satisfaits que des experts internationaux partagent notre inquiétude», a déclaré le président de la Ligue des droits de l’homme, Malik Salemkour : «Cela veut dire que notre diagnostic n’est pas teinté d’anti sarkozysme ou d’angélisme. Ces dérives inquiètent aussi la communauté internationale».

Le Cerd conclura sa session le 27 août par une série de recommandations sans caractère contraignant. Les experts pourraient demander à la France d’apporter des améliorations sur certains points et de venir leur en rendre compte dans un délai défini.

lefigaro.fr

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