Drague: Pieds et poings liés devant son «harceleur»

Drague: Pieds et poings liés devant son «harceleur»

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En effet, une grande majorité des femmes se sentent embarrassées, très gênées et prises au piège lorsqu’elles sont abordées par un homme d’autorité : supérieur hiérarchique, flic, fonctionnaire, banquier… «Je déteste me faire draguer par un fonctionnaire ou un banquier. Quand cela m’arrive, je me sens obligée de lui rendre ses sourires pour qu’il ne bloque pas mes dossiers et cela me dégoûte au plus haut point. Les hommes sont de vrais pervers, ils n’hésitent pas à profiter de leur statut sans que personne puisse les sanctionner.
Ce n’est pas normal», fustige Salma. Même colère chez Meriem, qui dénonce le non-respect vis-à-vis des femmes mariées. «Quand une femme célibataire se retrouve devant un homme d’autorité pour un service donné, je peux comprendre qu’il pense avoir une chance avec elle. Mais quand il s’agit d’une femme mariée, voire enceinte, la drague est incompréhensible. Que cherche cet homme exactement ?» se demande-t-elle.

Les témoignages de femmes ayant vécu ce genre de situation sont multiples, toutes ou presque se disent être frustrées par ces comportements. Ce qui n’est pas forcément de l’avis des hommes. «Les femmes ne sont pas toutes des victimes comme elles le prétendent. Un grand nombre d’entre elles n’hésitent pas à user de leur charme pour obtenir ce qu’elles veulent. Sinon comment peut-on expliquer qu’elles se présentent à l’administration en étant bien habillées, bien maquillées, parfumées et tout sourire pour déposer un dossier. Ce sont elles qui tiennent les règnes du jeu, nous, on ne fait que les suivre», explique un fonctionnaire dans une administration publique.
Une explication que réfutent les femmes. «Ils n’ont pas le droit de mettre toutes les femmes dans le même panier.

Il est vrai que certaines d’entre elles tentent d’user de leurs charmes pour faire en sorte d’accélérer certaines procédures, mais on n’est pas toutes pareilles.
Ils doivent se montrer plus délicats et montrer un peu plus de respect envers les femmes qui se respectent», indique Maroua, qui confie s’être déjà fait draguer par un agent de police : «c’était une situation embarrassante et à un certain moment, je ne savais plus si j’avais commis une erreur ou si le flic m’avait arrêtée juste pour me donner son numéro de téléphone et le pire c’est que je me sentais prise au piège. Je ne savais plus quoi faire pour me débarrasser de lui».

Autre situation délicate : Quand la femme est draguée par un proche. «Je vis un cauchemar depuis mon mariage et je ne sais pas comment m’en sortir : mon beau-frère me fait des avances.
J’ai tout mis en œuvre pour le sortir de ma vie et je le remets à sa place chaque fois que je peux, mais il n’a jamais baissé les bras. Mon mari ne se doute de rien et il est même content que son frère “m’apprécie” autant, de mon côté je n’ose pas lui avouer la vérité. C’est terrible», raconte Nour El Houda.
Les réactions face à la drague selon Abdelkarim Belhaj, psychosociologue
«Se taire est une forme de tolérance, si ce n’est une acceptation camouflée d’un désir inconscient»

En fait, il n’y a pas de recette quant à la bonne réaction des femmes dans de telles situations. Car chaque cas de figure a sa propre signification et les attitudes qui en dépendent, d’autant plus qu’il y a drague et le sens qu’il prend pour la femme qui en est l’objet et l’homme qui en fait usage ou en abuse. Toutefois, la drague lorsqu’elle est utilisée dans le cadre professionnel ou de relation de service, elle connote d’un harcèlement et donc, d’abus et de contrainte, du fait que dans ces contextes les relations et les communications qui règnent sont d’ordre fonctionnel et n’ont pas à se confondre avec l’intimité. Autrement dit, la distance est de rigueur et c’est à la femme de faire valoir son espace psychologique personnel et donc, il revient à elle d’y faire face, non seulement par un rejet, mais en le repoussant chaque fois que c’est le cas, donc de prendre son courage à deux mains. Car se taire, c’est une forme de tolérance, si ce n’est une acceptation camouflée d’un désir inconscient, voire une sorte de complicité laissant à l’acte de la drague ses chances d’aboutir et par la même un encouragement à de tels actes pour perdurer.

D’un autre côté, il y a lieu d’y voir une tendance chez ces – (et non les) – hommes à user d’une autorité qu’ils croient leur être conférée par la nature et la culture. Alors, ils s’autorisent des tentations qui ont pour objectif d’assouvir un besoin psychologique et sexuel. Ainsi, chaque fois que la situation se présente, ils font valoir leur capacité de séduction et de tirer un bénéfice des positions qu’ils occupent. Mais, il y a lieu de remarquer, également, que le comportement de certaines femmes est pour beaucoup dans le renforcement de la drague, soit en favorisant les pratiques qui y sont associées soit en saisissant l’opportunité d’obtenir le service souhaité avec moins d’effort qu’une logique de tirer parti. Dès lors, ces situations deviennent porteuses d’un «abordage» et de «prédation» à l’encontre de la femme. En outre, il reste à se demander si la femme n’est pas tentée (et Dieu sait que les phantasmes existent) de reproduire le même comportement, avec ses exactions, si le monde lui était favorable au même titre que l’homme. Dans ce cas, on comprendra que la drague, voire également le harcèlement sexuel, est une affaire de genre humain par excellence. Mais, le constat est que la libido y est pour quelque chose que la gent masculine s’emploie à cultiver dans l’espace public dans lequel leur utilité de leur service est sollicitée.
Quand ce sont les hommes qui sont harcelés

La drague n’est plus une spécialité de la gent masculine. Les femmes se sont jetées dans le bain et n’hésitent plus à faire le premier pas envers l’être désiré. Du coup, il n’y a plus que les femmes qui sont victimes de harcèlement sexuel. Quelques hommes ont, en effet, été victimes de telles situations. Certains cèdent aux avances d’une femme, d’autres non. Ce sont ceux-là qui souffrent le plus aussi bien dans leur vie professionnelle que privée. «Il y a quelques années, un jeune cadre bancaire avait souffert le martyr à cause d’une directrice, mariée à son ami, qui tenait à nouer des relations intimes avec lui. Il a refusé par fidélité à son épouse, mais aussi par pudeur. Devant ce refus, la directrice le harcela encore plus sur son portable et au bureau. Las, l’homme a fini par démissionner de son poste et a immigré dans un pays du Golfe», se souvient son collègue. Une telle attitude de la part de certaines femmes peut choquer même les plus «ouverts» d’esprit. Et c’est en général, ce choc qui fait que les hommes, victimes de ce genre de comportement, se replient sur eux-mêmes et n’en parlent à personne, ce qui les rend très vulnérables, surtout que ce genre de femmes ne ménage aucun effort pour parvenir à son but, encore plus lorsqu’il s’agit de piéger sa proie : un comportement mesquin, des phrases provocantes, des vêtements sexy… la situation peut être encore plus compliquée quand il s’agit d’une belle-sœur !

Fouzia, 42 ans.

 

«Travailler est devenu un cauchemar»

«Je croyais qu’en étant une femme mariée ayant des enfants, cela pousserait les hommes à me respecter davantage et que je n’aurais plus à subir leurs avances. Or, je me rends compte que je me suis lourdement trompée. Non seulement je me fais tout le temps draguer dans la rue, mais dernièrement, mon patron s’y est mis aussi. Je ne sais pas quelle mouche l’a piqué. Il m’appelle tout le temps dans son bureau pour me parler de tout et de n’importe quoi et il me pose souvent des questions concernant mon couple : si je suis heureuse en ménage, si je suis satisfaite dans ma vie de couple, si je ne m’ennuie pas… Je ne supporte pas sa façon de me regarder, ni de me sourire, mais je ne sais pas comment lui faire comprendre que je ne suis pas intéressée sans perdre mon boulot ou ni lui donner l’occasion de me pourrir la vie. Le pire est que mes collègues commencent à se douter de quelque chose, certains même me font la remarque et cela risque de ruiner ma réputation. Je ne veux pas qu’ils pensent que je l’encourage ou quelque chose de ce genre, ce qui risque d’arriver puisque dans notre société, la femme est toujours fautive».

Ghita, 28 ans.

«Je n’avais qu’une envie : fuir»

«Il n’est pas plus pénible et embarrassant que de se faire draguer par un fonctionnaire lorsque tu te rends à une administration pour prendre un document. Je ne comprends pas pourquoi ces hommes ne prennent pas en considération la délicatesse de cette situation. Tout ce qui les intéresse c’est d’arriver à leurs fins. L’autre jour, je me suis rendue à l’arrondissement de mon quartier pour légaliser des documents. J’arrive devant le guichet et le fonctionnaire m’invite à entrer dans le bureau par la porte d’à côté. Surprise, je me forçais à penser que c’est pour signer le registre. Je passe devant les autres citoyens, qui me regardent d’un mauvais œil, et je m’installe sur la chaise devant le bureau du dit fonctionnaire. Et là, le monsieur commence à me faire des avances sans aucune gêne, sachant que tout le monde pouvait entendre ce qu’il me disait. J’étais complètement perdue. Je ne savais plus quoi faire, surtout que j’avais besoin de mes documents. J’avais envie de le gifler, de l’insulter, mais j’étais tétanisée. Il m’a fallu un bon moment avant de pouvoir me relever de cette chaise et sortir. Je ne remettrai plus jamais les pieds dans cet arrondissement».

Zineb, 35 ans.

«Mon banquier est un coureur de jupons»

«Mon banquier est un obsédé et toutes les clientes de l’agence en sont conscientes. Il sourit aux femmes, se montre attentionné et viril à leurs côtés… le problème c’est qu’il ne cache pas son jeu et des fois, il est difficile à supporter. Il a une manière perverse de regarder les femmes, surtout quand l’une d’elles est assise sur la chaise devant son bureau. Ce qui est encore plus frustrant, c’est que je ne peux pas me plaindre auprès de son patron, parce que c’est lui qui gère mes comptes et j’ai peur qu’il se venge de moi, ensuite le chef de l’agence doit forcément être au courant de ces agissements et je suis sûre qu’il ne veut pas réagir. Du coup, chaque fois que je vais à la banque, c’est la même gêne et les mêmes craintes. Le problème est que j’ai l’impression que c’est de ma faute ! Si je lui souris, je me dis que cela va l’encourager, pourtant je ne peux pas ne pas sourire, ce serait impoli. Ensuite, je me dis que c’est peut-être ma façon de m’habiller qui l’incite à me faire ouvertement des avances, sachant que je m’habille d’une manière très soft… je ne sais plus quoi penser».

Lematin.ma /

actu-maroc.com_______________

 

 

 

 

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