PARTAGER

Pusieurs producteurs de miel – des coopératives – auraient importé en vrac, à l’occasion des besoins du mois de Ramadan, du miel artificiel de Chine. Une rumeur persistante confirmée par des apiculteurs, ayant préféré gardé l’anonymat, laisse entendre que certains producteurs auraient conditionné ce miel chinois sous leur marque à un prix défiant toute concurrence.

Une arnaque qui aurait échappé à la vigilance des services de contrôle, car si cette folle rumeur venait à être confirmée officiellement par le ministère de l’Agriculture, cela voudrait dire effectivement que des tonnes de miel artificiel chinois ont été vendues sous l’étiquette de coopératives connues sans aucune mention de l’origine réelle du produit.

De l’arnaque pure et dure. En attendant confirmation ou non- espérons le bien – arrêtons-nous un instant sur la qualité du miel chinois qu’on aurait proposé aux consommateurs marocains.

Il faut savoir que le miel chinois est effectivement dans le collimateur de la Commission Européenne depuis belle lurette : les importations avaient déjà été bloquées de 2002 à 2004 en raison de la présence répétée de chloramphénicol, un antibiotique interdit par l’OMS depuis 1995. Pour la Chine, le coup fût sévère car, l’année de l’interdiction, 60.000 tonnes avaient franchi les frontières représentant près de 65 % de l’approvisionnement européen. Mais qu’à cela ne tienne, interdits en Europe, beaucoup de produits trouvent refuge dans les marchés – poubelles du tiers-monde, surtout en Afrique et dans le monde arabe. Par la suite, de 2005 à 2007, 71 alertes européennes ont été lancées concernant le miel, et 17 visaient les productions chinoises. Outre le chloramphénicol, de la tétracycline, d’autres antibiotiques et des antibactériens avaient été détectés.

Il faut savoir que les tétracyclines ont des effets secondaires néfastes sur les femmes enceintes et sur les enfants de moins de 7 ans, sur les personnes qui sont exposées à développer des anémies aplasiques dues au chloramphénicol, et enfin sur toutes les personnes allergiques à tous ces antibiotiques.

« Le syndrome du miel chinois »

Dans un article publié le 22 juin 2007 par l’hebdomadaire « La Vie Economique », le patron d’une marque confirmait que si l’activité essentielle de sa coopérative était la production de miel local, cette marque était devenue presque exclusivement un importateur et distributeur de miel, essentiellement chinois, prenant pour prétexte et pour justificatifs la rareté et l’inaccessibilité du miel marocain. La production nationale avait baissé de 50 % en 2007, ce qui nécessitait en effet l’importation de 1000 tonnes supplémentaires pour répondre au pic de consommation du mois de Ramadan, période durant laquelle se fait 90 % du marché.

Si l’affaire du miel chinois cache certainement et secrètement une guerre de tranchées entre concurrents convoitant davantage de parts de marché, la seule interrogation qui nous intéresse est de savoir si les pouvoirs publics – à travers les services de contrôle, du ministère de l’Agriculture – ont pris toutes les précautions sanitaires et ont rempli leur devoir de protéger les consommateurs. En attendant, l’organisation du secteur est vitale afin de permettre une maîtrise de la distribution et surtout l’offre d’un produit de qualité.

L’activation de l’association professionnelle qui n’existe pour l’heure que sur le papier est également nécessaire pourvu que les pouvoirs publics assument leurs responsabilités

Par Hafid Fassi Fihri

Commentaires