Egypte: première session du Parlement après Révolution

Egypte: première session du Parlement après Révolution

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En Egypte, le Parlement se réunit, ce lundi 23 janvier pour sa première session après les élections de la Chambre basse qui se sont déroulées en trois phases du 28 novembre au 3 janvier dernier, et tout juste un an après la Révolution. Sur les 498 sièges en lice, environ 75% ont été remportés par les partis islamistes, entre le Parti liberté et justice (PLJ) issu du mouvement des Frères musulmans, et les partis salafistes comme Al-Nour. Viennent ensuite les libéraux de la coalition égyptienne, et les grands perdants sont les révolutionnaires eux-mêmes qui, avec le parti « La Révolution continue » n’ont récolté que 2% des voix. Les Frères musulmans ont remporté 47% des sièges, ce n’est pas la majorité absolue, ils devront donc chercher des alliances du côté des autres formations politiques.

Le jeu des alliances

Certains analystes avancent que le Parti liberté et justice ne cherchera pas forcément des voix du côté du parti salafiste Al-Nour, en raison de divergences de fond sur un certain nombre de sujets et surtout pour rassurer les Occidentaux. Mais selon le député Amr Hamzawy, de la minorité élue parmi les laïcs et les libéraux, les coalitions pourraient se dessiner autrement. « On n’aura pas de coalitions fixes, je pense plutôt qu’il y aura des alliances par thématique, par type de sujet, ce qui est assez normal pour une jeune démocratie. Et au début, il sera très difficile pour le Parlement de fonctionner correctement sur des coalitions rigides et je pense qu’on aura des surprises. Par exemple Al-Nour sera proche de mes positions en termes de respect des droits de l’homme, pour faire juger les principaux responsables de violation. Et on sera surpris d’avoir des coalitions entre des partis laïcs et le Parti liberté et justice concernant le système des taxes. Donc ce sera plus par type de sujet, par thématique, mais pas des alliances politiques inflexibles », explique le député Amr Hamzawy.

Certains avançaient que le Parti liberté et justice pourrait plutôt chercher une alliance du côté du Wafd, parti historique d’opposition qui a récolté 7% des suffrages, mais dans les régions, ces coalitions peuvent se faire autrement, comme le décrit le député Ahmed Mahmoud, élu à Suez pour le Parti liberté et justice. « Nous avons commencé à faire des coalitions car nous ne voulons pas que l’Egypte soit entre les mains d’un seul parti. Nous ne voulons pas qu’il y ait d’un côté les islamistes et de l’autre les libéraux, nous voulons partager et échanger pour être ensemble. C’est ce que nous pensons au sein du Parti liberté et justice. Suez a une longue tradition de coalitions, et je peux vous dire que les six députés qui ont été élus au Parlement travaillent déjà en équipe. Nous sommes cinq députés islamistes et un du parti libéral égyptien. Nous avions déjà auparavant fait des coalitions entre les partis de gauche, les libéraux et les islamistes, cela ne nous pose aucun problème, nous nous coordonnons et cela fonctionne », déclare le député Ahmed Mahmoud.

Les électeurs vigilants

Pour la première fois, les électeurs égyptiens ont le sentiment d’avoir  véritablement choisi leurs parlementaires et attendent beaucoup de ce nouveau Parlement. Certains sont impatients et veulent un changement radical par rapport à l’ancien système. Ils demandent que des réformes soient mises en place rapidement pour sortir du statu quo imposé par le Conseil supérieur des forces armées (CSFA), à la tête de l’Etat depuis la chute de l’ancien président Hosni Moubarak le 11 février dernier. Un statu quo que les militaires imputent aux révolutionnaires. Ceux-ci en revanche exigent le transfert immédiat du pouvoir des militaires vers un gouvernement civil, et demandent des comptes aux forces armées après les dizaines de morts et les centaines de blessés par l’utilisation excessive de la force lors des manifestations qui se sont déroulées jusqu’à présent.

Et puis, pour la grande majorité des 80 millions d’habitants qui vit dans une grande pauvreté, dans des quartiers où les services de l’Etat sont quasiment inexistants, la patience n’est plus de mise. « Donnez-nous du temps, nous ne pourrons pas tout faire en même temps, nous y arriverons mais petit à petit », tempère Adel El-Samman, membre du mouvement des Frères musulmans à Suez. Mahmoud est importateur de montres de Chine, il a voté pour un parti islamiste. Il laisse le temps aux députés de faire leurs preuves tout en restant vigilant. « J’ai voté pour des gens respectables, mais attention, je leur demande de ne pas s’accrocher au pouvoir comme l’ont fait ceux de l’ancien régime. »

Les parlementaires au banc d’essai, les militaires toujours aux manettes

Les 498 nouveaux parlementaires (plus 10 désignés par le maréchal Tantaoui) devront s’atteler à une tâche immense, celle de regagner la confiance de leurs électeurs et entamer des réformes de fond dans tous les domaines : éducation, santé, économie, finance, lutte contre la corruption… Il leur faudra aussi désigner une commission d’une centaine de membres en charge de la rédaction de la future Constitution.

Mais la question centrale sera celle du pouvoir effectif qu’aura ce Parlement. Dans quelle mesure le Conseil supérieur des forces armées lâchera un certain nombre de ses prérogatives ? Il a déjà refusé que le Parlement nomme un nouveau gouvernement. Selon lui, il faut attendre l’élection présidentielle en juin prochain. Le temps de la transition s’allonge, et les jeunes révolutionnaires s’impatientent. Ils ont le sentiment d’avoir été les catalyseurs de ce changement politique et de s’être fait voler la révolution. Certains veulent continuer à réclamer le départ des militaires et le transfert immédiat des pouvoirs à un gouvernement civil. La majorité des Egyptiens, eux, veulent désormais s’en remettre aux parlementaires qu’ils ont élus. Mais la pression continuera de s’exercer dans la rue si les résultats ne sont pas au rendez-vous.

De leur côté, les familles des victimes de la répression qui s’est exercée pendant la révolution de janvier, et au cours des derniers mois lors des manifestations violemment réprimées par les forces de sécurité, exigent que les responsables de ces crimes soient jugés. Ils seront parmi les premiers à manifester dès ce lundi pour exiger une réforme de l’appareil judiciaire contre l’impunité.

rfi.fr____________

 

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