Elections en Haïti: la présence de l’ex-dictateur Duvalier accentue la crise

Elections en Haïti: la présence de l’ex-dictateur Duvalier accentue la crise

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Près de deux mois après le premier tour d’une élection présidentielle dont le résultat définitif n’a toujours pas été proclamé, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Susan Rice, a exigé des autorités haïtiennes « un processus crédible qui représente la volonté du peuple haïtien ».

Mme Rice, qui s’exprimait devant le Conseil de sécurité, a appelé le Conseil électoral haïtien à « mettre en oeuvre les recommandations de l’OEA », l’Organisation des Etats américains, qui a constaté des fraudes.

L’OEA, saisie par M. Préval comme arbitre du processus électoral, a prôné le retrait du candidat du pouvoir, Jude Célestin, arrivé selon elle en troisième position à l’issue du premier tour, alors que le Conseil électoral l’avait classé deuxième.

Un chanteur populaire, Michel Martelly, arrivé en troisième place selon les résultats préliminaires, se retrouverait ainsi deuxième et en position d’affronter dans un second tour une ancienne Première dame, Mirlande Manigat, arrivée largement en tête.

L’annonce des résultats du premier tour début décembre avait provoqué des violences de la part des partisans de M. Martelly.

Alain Le Roy, chef des forces de maintien de la paix de l’ONU, a déclaré que les résultats définitifs du premier tour seraient probablement annoncés le 31 janvier, « de manière à organiser le second tour à la mi-février ». M. Préval achève théoriquement son mandat le 7 février.

En attendant, le retour dimanche de Jean-Claude Duvalier après 25 ans d’exil en France inquiète la communauté internationale.

« Les Etats-Unis sont inquiets de l’impact imprévisible du retour de Duvalier sur la situation politique en Haïti. Mon gouvernement sait quel est le bilan notoire de Duvalier en matière de droits de l’homme et de corruption », a martelé Mme. Rice à l’ONU.

Mercredi, un ancien ambassadeur d’Haïti en France, se présentant comme porte-parole de « Baby Doc », a annoncé que ce dernier comptait redevenir président. Ces propos ont ensuite été démentis par M. Duvalier dans un communiqué.

M. Martelly a en tout cas approuvé le retour de l’ancien dictateur, se disant même prêt à le prendre comme conseiller s’il remportait le scrutin. « Duvalier est Haïtien. Qu’il revienne, c’est la démocratie ».

M. Duvalier a été inculpé mardi de corruption, de détournements de fonds publics et d’association de malfaiteurs, commis sous sa présidence (1971-86), selon l’accusation. Quatre plaintes pour crimes contre l’humanité ont en outre été déposées mercredi.

Un de ses avocats, Gervais Charles, a toutefois affirmé jeudi que ces accusations de crimes contre l’humanité étaient nulles car « c’est un principe qui n’existe pas » dans le droit local.

L’ancien « président à vie » a quitté son hôtel jeudi pour gagner une résidence privée dans le quartier de la Montagne noire, selon un photographe de l’AFP.

M. Duvalier entend rester en Haïti, même si rien ne lui interdit d’en partir, a affirmé un autre de ses avocats Reynold Georges. « Nous voulons répondre à toutes les réquisitions de la justice. Parce que nous voulons être blanchis ».

Mais une source judiciaire sous couvert d’anonymat a assuré à l’AFP que M. Duvalier ne pouvait pas quitter le pays. « Un ordre d’interdiction de départ a été émis contre Duvalier. Il ne pourra pas quitter le pays car il y a une action judiciaire en cours contre lui », a déclaré ce juge haïtien.

AFP

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