Elections partielles mais cruciales pour l’opposition birmane

Elections partielles mais cruciales pour l’opposition birmane

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Depuis 1990, c’est la première fois que l’opposition de la LND (Ligue nationale pour la démocratie) et sa présidente Aung San Suu Kyi sont en mesure de présenter des candidats. Seuls 48 sièges sont à pourvoir alors que la chambre basse du Parlement en compte 430, mais le scrutin aura valeur de test malgré tout pour une opposition jusque-là complètement muselée. En 1990, les partisans d’Aung San Suu Kyi et les militants du mouvement « génération 88 » avaient voté en masse pour la LND. Or, jamais les députés de ce parti, ni les autres, n’ont eu l’occasion de siéger, les généraux au pouvoir ayant tout simplement refusé de reconnaître les résultats.

Optimisme mesuré

Il aura fallu attendre mars 2011 pour que la junte remette le pouvoir aux civils, et que l’on assiste aux premiers gestes d’ouverture du régime. Les observateurs restent prudents, mais pour l’instant les signes sont encourageants selon l’ambassadeur de France Thierry Mathou. L’ambassadeur, qui rencontre régulièrement Aung San Suu Kyi, note que celle-ci est « confiante dans la capacité des autorités birmanes à organiser un scrutin transparent ». A ce stade, affirme le diplomate français, « les choses semblent bien se dérouler », mais les autorités françaises estiment qu’il convient de rester « très vigilant ».

Avant même le démarrage officiel de la campagne, Aung San Suu Kyi a pu effectuer plusieurs meetings en province. Des milliers de partisans sont venus à sa rencontre le 29 janvier dans la région industrielle de Dawei au sud du pays. Elle s’est également déplacée en dehors de Rangoon dans la région de Magway et à Pakokku. Elle patiente encore pour avoir l’autorisation de rassembler ses partisans dans le stade Shan de Mandalay, la deuxième ville au centre du pays.

Signe apparent d’une amélioration de la situation sur le plan des libertés politiques, les portraits de l’égérie de l’opposition ont ressurgi à la surface des étals, dans les gargotes et sur les marchés. Surtout, les langues se délient, comme l’affirme Renaud Egreteau, chercheur à l’université de Hong Kong, qui vient d’effectuer un séjour en Birmanie : « Au cours des dernières années, ça a été quand même véritablement progressif. Mais là, il y a eu vraiment une accélération c’est-à-dire surtout maintenant les gens parlent. Les gens parlent dans la rue, dans les tea shops, aussi dans les trains. On parle beaucoup plus politique et surtout, cette nouvelle génération qui a vingt ans aujourd’hui. Par rapport à une dizaine d’années, c’est vraiment différent et c’est frappant. Il y a moins la peur d’être écouté, d’être espionné. Cette fameuse peur dont Aung San Suu Kyi a toujours parlé ».

Pour autant, tous les prisonniers politiques n’ont pas été libérés. Ils seraient encore plusieurs centaines aux mains des autorités birmanes. Les opposants ne s’accordent pas sur leur nombre exact. Les dissidents en exil ont leur propre façon de comptabiliser les détenus politiques. « Tout dépend de ce que l’on définit comme  » prisonnier politique « , explique Khin Maung Win (journaliste de Democratic voice of Burma (DVB) en exil en Norvège depuis vingt-quatre ans), certains qualifient ainsi des gens qui sont en lien d’une façon ou d’une autre avec les groupes ethniques armés, en lutte contre le gouvernement. Les autorités, dans ce cas, parlent de  » terroristes « , car ce sont des gens qui admettent le recours à la violence. Mais ils peuvent aussi être considérés comme prisonniers politiques car ils combattent pour des motifs politiques. Il y a aussi des prisonniers d’opinion qui sont toujours en détention et qui n’entrent même pas dans cette catégorie », affirme Khin Maung Win.

Ce vendredi 10 février 2012, par exemple, le moine U Gambira a de nouveau été interpellé. C’était un des leaders de la révolte Safran de 2007. Il fait parti des derniers prisonniers politiques amnistiés en janvier 2011. Les autorités lui reprochent d’être entré de force dans l’un des monastères fermés depuis les manifestations de 2007. Preuve que le pouvoir ne souhaite pas totalement relâcher la pression. Il est vrai qu’en 2007, les moines ont, par leur mouvement, fait descendre des centaines de milliers de protestataires dans la rue.

On ne sait donc pas jusqu’à quel point les militaires sont prêts à desserrer l’étau. Mais le nouveau président Thein Sein et le président de l’Assemblée nationale Shwe Mann semblent décidés à imprimer leur marque. On assisterait presque, entre eux, à une surenchère réformatrice. « Les deux hommes ont intérêt à ce que cet élan réformateur se consolide », estime Renaud Egreteau. « S’ils veulent rester au pouvoir, après 2015 (date des élections générales), pour se faire réélire, ils ont intérêt à ce que les réformes se poursuivent ». Reneau Egreteau estime également que Aung San Suu Kyi a tout intérêt à se faire élire, ne serait-ce que pour se faire entendre à Naypidaw, où se trouve le Parlement et les membres de l’armée, retraités ou actifs, susceptibles de lui accorder une oreille, voire un soutien sur certaines questions.

« Le poids qu’elle pourra avoir sera assez limité, mais pas forcément sur les sujets qui seront abordés puisque Aung San Suu Kyi, comme déjà les partis de l’opposition qui sont très présents depuis les élections de 2010 dans ce Parlement le font, pourra amener sur la table les sujets qui fâchent ou pousser pour plus de réformes, notamment des réformes politiques, sociales ou économiques. Donc étant donné que maintenant la Birmanie est un régime présidentialiste mais avec un organe législatif qui a de plus en plus d’importance, c’est là que ça se passe. Et c’est là qu’il faut pour l’opposition, qu’elle soit civile, birmane, démocratique ou ethnique, c’est là qu’il faut aller, c’est là qu’il faut être ».

Un processus réversible ?

Si un coup d’arrêt devait intervenir, du fait de l’armée toujours sous influence de Than Shwe, ce ne serait pas la première fois. Plusieurs tentatives d’ouverture ont eu lieu par le passé en Birmanie.

En 2003, lorsque Aung San Suu Kyi a de nouveau été placée en détention, c’est après une embuscade tendue contre son convoi, alors qu’elle se déplaçait en province, à Depayin, à la rencontre de ses partisans. Elle avait déjà passé plusieurs années en résidence surveillée, et sa libération laissait espérer une plus grande tolérance des autorités à l’égard des mouvements d’opposition.

Néanmoins, dans le contexte actuel, il n’est pas sûr que les faucons parviennent à imposer leurs vues. L’exemple des révolutions arabes est régulièrement cité par les opposants, mais aussi par le pouvoir, soucieux d’éviter le bain de sang. Le New Light of Myanmar, organe officiel, vantait cette semaine la manière birmane permettant un changement « harmonieux ». « La volonté sincère du précédent gouvernement, qui aide le pays à avancer sur la voie de la démocratie de manière stable et pacifique, et du nouveau gouvernement est tangible », pouvait-on lire dans la presse officielle ce mois-ci.

Restent certaines mesures concrètes, pour permettre la tenue d’un scrutin réellement démocratique. Il faudrait pour cela que la presse locale et internationale puisse couvrir librement le scrutin et informer les populations du résultat. Or le bureau de la censure continue d’opérer, moins sévèrement en ce moment, mais, tant qu’une loi n’aura pas été adoptée pour abolir ce système, les journalistes birmans travailleront toujours sous une étroite surveillance, au péril de leur liberté.

 

 

rfi.fr_______________

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