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Enseignement supérieur : Faut-il croire le chef du gouvernement concernant la fin de la gratuité?

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Le chef du gouvernement a récemment nié l’intention de mettre fin à la gratuité de l’enseignement public comme annoncé par un projet de loi. Franchement, on a beaucoup de mal à donner du crédit à Mr Othmani car si ce projet de loi prévoit que les familles aisées paient une contribution financière , on ne voit pas pourquoi elles le feraient si leurs enfants étudient à l’étranger ou dans des universités privées. S’il est légitime de se demander si toutes les familles aisées sans exception devront mettre la main à la poche, il serait franchement et logiquement plus approprié d’imposer un impôt sur la fortune afin de financer les études des défavorisés et des sans ressources. Voire même de revoir les montants des bourses d’études pour ceux qui le méritent et en ont le plus besoin.

Il n’y a pas de fumée sans feu et si la polémique sur la fin de la gratuité de l’enseignement public a enflé ces derniers jours , Peut-on encore faire confiance au gouvernement et aux partis politiques sur cette question en général.!? La marchandisation du savoir est déjà une réalité dans notre pays et la privatisation de l’enseignement est inévitable vu le désengagement constant et croissant de l’État concernant le respect du principe de l’égalité des chances pour l’accès à l’éducation. Nous sommes un pays qui subventionne les exportations agricoles qui concernent de très riches propriétaires terriens,un pays qui finance les partis politiques, les élections, le football, les chaînes de télévision, la production cinématographique, les festivals et plein d’autres futilités, il est incompréhensible de ne pas soutenir l’enseignement par tous les moyens car il s’agit d’un chantier vital et crucial pour l’avenir du pays si l’on considère la proportion grandissante des jeunes dans la pyramide démographique du pays. C’est pour cela que la fin de la gratuité de l’enseignement public,si jamais elle est adoptée ne peut être qu’un très vertigineux saut vers l’inconnu..

Le projet de loi portant sur la fin de la gratuité de l’enseignement public au Maroc est-il une bombe à retardement ?

Le gouvernement est en train de jeter un véritable pavé dans la mare de la faillite de l’enseignement public.

À n’en point douter, à défaut de strategie crédible pour sauver l’école publique, ce projet de loi a tout l’air d’une fuite en avant.. car la fin de la gratuité est loin d’être une solution.

Si la scolarité restera gratuite pour tous jusqu’à l’âge de 15 ans, une contribution financière sera demandée aux plus grands. C’est ce qui ressort du projet de loi-cadre sur l’enseignement défendu par le gouvernement El Othmani.

Trois ans après l’élaboration de la vision stratégique, le gouvernement met sur le tapis un très contesté projet de loi sur l’enseignement. Le texte devait être programmé au Conseil du gouvernement du jeudi 4 janvier avec l’adoption d’une scolarité gratuite jusqu’à 15 ans seulement Le projet insiste sur le caractère obligatoire de l’école pour toutes et tous jusqu’à l’âge de 15 ans. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Ce texte évoque néanmoins le rôle des pouvoirs publics dans la diversification des ressources de financement du système éducatif. Ainsi, le projet de loi incite l’Etat à faire appel à «la solidarité nationale et sectorielle».

De quoi s’agit-il au juste ?

Le projet de loi évoque les parties qui devraient contribuer au financement de l’éducation. Il s’agit notamment des «familles aisées, des collectivités territoriales, des établissements et des entreprises publics et du secteur privé». Comment cette contribution sera-t-elle perçue et surtout conçue ? Le texte est muet à ce sujet.

L’école sera gratuite dans le secteur public jusqu’à l’âge de 15 ans. Au-delà, le projet de loi envisage le paiement de droit d’inscription et d’autres frais supplémentaires dans l’enseignement secondaire et supérieur.

Ce projet de loi constitue une grave atteinte à la gratuité de l’école publique car les élèves et étudiants issus de milieux défavorisés risquent d’être les premiers à en payer le prix. Sous un autre angle, on peut également juger que le projet de loi-cadre a d’abord pour objectif de mettre de l’ordre dans le fonctionnement du secteur de l’enseignement privé jugé anarchique. Fixer des mensualités pour les écoles privées et prévoir des tarifs préférentiels pour les élèves issus de milieux modestes seraient les deux objectifs principaux du projet de loi.

Vu les inégalités croissantes et flagrantes en matière d’accès à la scolarisation, la fin de la gratuité risque d’accentuer les inégalités mais également de violer le principe d’égalité des chances qui doit en principe être garanti par la constitution.

Malheureusement , plus de 40 ans de retard par rapport aux pays développés pour en arriver là car aujourd’hui, on peut sérieusement se demander , de manière légitime , si ce projet de loi est applicable et justement si, les modalités d’application seront efficaces.

Malgré la gratuité de l’enseignement public au Maroc, les chiffres concernant l’éducation sont particulièrement alarmants.

La durée moyenne de scolarisation de la population marocaine âgée de 15 ans au Maroc est parmi les plus faibles au monde. Elle est de 5 ans et 6 mois en 2014, soit une durée inférieure aux 6 années d’études primaires. C’est ce qu’indique l’Atlas territorial des disparités en éducation 2017, présenté le 24 mai dernier par l’Instance nationale d’évaluation (INE).

Le Maroc est classé dixième sur les treize pays arabes recensés par l’INE et arrive loin derrière le trio en tête de la région MENA: la Jordanie (10.02 ans), les Emirats arabes unis (9.25 ans) et la Palestine (9.12 ans).

Selon l’INE, ce retard est dû notamment à la faible proportion de la population ayant atteint le niveau de l’enseignement supérieur. En 2014, elle était de 8,5%. Si ce pourcentage est comparable à ceux enregistrés dans la région MENA en 2000, il est inférieur à ceux affichés par les pays développés au début des années soixante-dix.

Supprimer la gratuité de l’enseignement public permettra-t-il d’augmenter la durée moyenne de scolarisation des personnes âgées de 15 ans et plus ou, au contraire, découragera-t-il les parents d’élèves à envoyer leurs enfants à l’école ? Une chose est sûre, les partis politiques et la société civile doivent d’urgence s’emparer du sujet car il est très dangereux au seul bon vouloir du gouvernement.

L’enseignement au Maroc reste une grande problématique dans un pays qui tarde encore à trouver un équilibre entre un secteur privé onéreux pour la majorité des Marocains et une école publique taxée de tous les maux.

Le Conseil supérieur de l’éducation et de la formation travaille , depuis plusieurs années, à trouver la meilleure manière de remettre sur pued l’école publique.Mais apparemment sans grand succès jusqu’à présent.. Et des polémiques ridicules viennent souvent ajouter une couche au malaise général , surtout quand il s’agit de la question de la langue d’enseignement. Aujourd’hui, il est urgent et vital de trouver des solutions sérieuses à cette question car il s’agit aussi de savoir quel Maroc nous voulons pour les prochaines décennies et quel enseignement notre société veut réserver aux générations futures! Autrement, la fin de la gratuité de l’enseignement public va se transformer en un véritable saut vers l’inconnu!

 

Par Hafid Fassi Fihri

Actu-maroc.com

 

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