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La défense de la femme d’affaire Hind Al Achchabi vient de se pouvoir en cassation après sa condamnation à deux années de prison en appel dans une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre et ému l’opinion publique après qu’elle ait été accusée par son ancien mari, un diplomate koweïtien, avec un homme marocain, l’homme d’affaires Mouhssine Karim Bennani, qui s’avère être son propre mari, emprisonné avec elle et qui a été libéré en appel. Une affaire complexe aux multiples ramifications, diplomatiques, religieuses, économiques et humaines sur laquelle nous apportons de nouveaux éclairages à travers cet entretien réalisé avec Maître Meryem Bouzhaifa, la propre avocate de la femme d’affaires Hind Al Achchabi.
– Dans quel état se trouve votre cliente, Hind Al Achchabi aujourd’hui ?
Comme une personne blessée et condamnée injustement d’autant plus que son mari a été libéré par une cour d’appel qui aura du mal à expliquer le comment et le pourquoi d’un jugement de deux poids, deux mesures, ou si vous voulez qui se base sur un traitement à deux vitesses dans une même affaire. Le verdict en appel restera en effet un mystère pour la plupart des avocats qui ont suivi le procès mais ce n’est pas le seul point d’interrogation.
-En est-il un grand, ou plusieurs autres gros points d’interrogation qu’il faut retenir?
 En effet, c’est le refus en première instance d’accorder la liberté provisoire à ma cliente alors qu’elle dispose de toutes les garanties financières et qu’elle est connue dans le pays pour ne pas être le genre de personnes à chercher à le fuir alors qu’elle est interdite de quitter le territoire, même si cette interdiction reste discutable. Il s’agit d’une décision incompréhensible qui ne repose sur aucun argument sérieux. Tout comme il reste incompréhensible que le tribunal n’ait pas jugé bon et capital d’avoir recours aux conseil des oulémas pour leur avis sur le caractère illégal de l’acte de mariage de ma cliente contracté au Koweït selon les critères chiites que la législation de notre pays ne reconnait point. Ces deux exemples et bien d’autres encore, tendent à faire croire que ma cliente Hind Âl Achchabi a vécu un véritable acharnement de la part de la justice de son pays.
-Espèrez-vous une réduction de peine en cassation et cet espoir est-il encore permis; après tant de déceptions ?
Il ne faut jamais perdre ni patience ni espoir en pareil cas. la vérité finit toujours par jaillir et la raison ou plutôt la justice l’emportera. Nous avons pu démontrer avec justesse et conviction au cours de nos plaidoiries qu’il s’agit d’une accusation basée sur de faux éléments et que le dossier est vide de toute preuve crédible d’un adultère avéré et d’une falsification de documents comme l’avance l’accusation et qu’il ne saurait être question d’un adultère en tous les cas puisque les deux accusés, à savoir Hind Âl Achchabi et son conjoint Mouhssine Karim Bennani se sont unis à travers un acte de mariage reconnu par la législation marocaine et contracté le plus légalement du monde. Ma cliente a connu son actuel mari une fois divorcée, donc difficile de croire en un tel adultère, sauf dans l’imagination, à moins d’avoir une autre définition courante de l’adultère.
– Pensez-vous que certains titres de la presse nationale ont eu un parti-pris dans cette affaire ?
Il n’est pas utile de soulever un vieux débat sur le rôle de la presse en matière de justice, mais il faut reconnaître hélas que certains journaux ont eu une attitude peu respectueuse de la déontologie. Soit parce que cette presse a été achetée par la partie adverse, soit elle a pêché par ignorance ou recherche du sensationnel, nous avons constaté hélas, que des journalistes écrivaient des comptes-rendu sur le procès sans se donner la peine d’y assister. Au final, c’est un autre acharnement auquel nous avons assisté de cette presse de caniveau et de bas étage qui a usé d’adjectifs inadmissibles à longueur d’articles pour dénigrer et accuser à tort ma cliente qui reste très loin de mériter un tel déferlement d’injures et de propos nauséabonds.
– Comment va votre cliente aujourd’hui après tant d’épreuves?
Hind Âl Achchabi, au delà de ses qualités morales et intellectuelles, est une personne dotée d’une grande force qui lui permet de résister et faire face à l’adversité. Croyante et pieuse, elle ne croit qu’en la justice divine et ne craint pas celle des hommes qui a ses faiblesses. Ce qui m’a le plus attristé chez elle, c’est plutôt sa situation de mère privée de l’amour de ses enfants et qui n’a plus revu sa dernière fille, née quelques jours avant son arrestation. C’est cette situation de mère privée de la présence de sa petite famille qui me semble avoir le plus d’impact sur son moral. Pour le reste et après huit mois d’incarcération et un procès interminable et chaotique, elle reste armée d’une force très puissante que seule sa foi inébranlable peut lui donner.

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