Face au chaos, les nouveaux dirigeants tunisiens tentent de rétablir l’ordre

Face au chaos, les nouveaux dirigeants tunisiens tentent de rétablir l’ordre

305
0
PARTAGER

Dans Tunis et sa banlieue, où plusieurs quartiers avaient été soumis vendredi soir à la loi et la violence des pilleurs, souvent identifiés par plusieurs témoins comme étant des partisans, notamment des policiers, du régime de Ben Ali, des habitants tentaient samedi de s’organiser en comité de défense.
Le principal syndicat du pays, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) a appelé samedi soir sur la télévision nationale à la formation de comité de vigiles « pour que les gens puissent se défendre eux-mêmes » en cas d’attaques.

Juste après l’entrée en vigueur du couvre-feu, le centre de Tunis était totalement désert, commerces et cafés étant fermés. Seule la présence de la police était visible.

Sur le front politique, le Conseil constitutionnel tunisien a proclamé samedi « la vacance définitive du pouvoir » et la nomination de Foued Mebazaa, président du Parlement, au poste de président de la République par intérim. Ce dernier a ensuite prêté serment.

Ce nouveau retournement de situation, fondé sur l’article 57 de la Constitution, est intervenu à la demande de Mohammed Ghannouchi, Premier ministre sortant, nommé vendredi président par intérim après la fuite de M. Ben Ali et qui ne sera resté que vingt-quatre heures à ce poste.

L’article 57 fixe de manière précise la transition à la tête de l’Etat. Il prévoit des élections présidentielle et législatives dans un délai de 60 jours maximum. La nomination vendredi de M. Ghannouchi en vertu de l’article 56 laissait la porte ouverte à un retour au pouvoir de Zine El Abidine Ben Ali et avait été contestée aussitôt par des juristes et une partie de l’opposition.

Dans la matinée, Foued Mebazaa a affirmé que « tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive » seraient associés au processus politique et promis de consacrer le pluralisme et la démocratie.

M. Mebazaa a également annoncé que le Premier ministre sortant Mohammed Ghannouchi était toujours chargé de former un nouveau gouvernement, ajoutant que « l’intérêt supérieur du pays nécessite un gouvernement d’union nationale » alors que des hélicoptères de l’armée survolaient la capitale. La police a bouclé le centre de la ville afin d’empêcher tout rassemblement, après des pillages.
Aussitôt, depuis Londres où il vit en exil, le chef du parti islamiste tunisien Ennhadha, Rached Ghannouchi a déclaré samedi qu’il « prépare » son retour dans son pays, et qu’il est disposé à la formation d’un gouvernement d’union nationale.

« L’intifada tunisienne a réussi à faire tomber la dictature », a-t-il déclaré à l’AFP, ajoutant qu’il y a une « une fragmentation » du système politique » et que « cela peut prendre du temps de se mettre d’accord sur une base commune, sur un projet de société commun ».

Sur le terrain, les Tunisois ont découvert dans les premières heures de la journée un spectacle de désolation: voitures volées abandonnées dans les rues, boutiques et résidences de luxe incendiées, propriétés de la famille de Ben Ali et de son épouse Leïla particulièrement ciblées, destruction de portraits de l’ex-président.

Dans le centre-est du pays, au moins, 42 prisonniers ont péri dans l’incendie d’une prison de Monastir. Selon un médecin, l’incendie s’est déclaré lorsqu’un détenu a mis le feu à un matelas lors d’une tentative d’évasion qui a tourné à la panique.

Et le réflexe de peur, hérité de 23 ans années de suppression des libertés, toujours présent paralyse encore de nombreux tunisiens pour témoigner à visage ouvert devant la presse.

Formatés par la propagande du régime, les animateurs de la télévision Tunis7, tentent de s’adapter à la nouvelle situation en multipliant les appels à la vigilance et à une réaction des habitants face aux pilleurs.
« Regroupez-vous, défendez nos demeures en attendant que l’armée arrive pour vous protéger », conseille un animateur à un téléspectateur qui raconte sa peur devant des mouvements de suspects dans son quartier de la banlieue de Tunis.

« Mais avec quoi et avec qui? », réplique cet habitant qui rappelle qu’il ne peut pas mettre le nez dehors à cause de la peur et du couvre-feu.

Après 23 ans de règne sans partage, Zine El Abdine Ben Ali, 74 ans, s’est enfui après un mois de soulèvement sans précédent contre son régime – baptisée « révolution du jasmin » – qui a embrasé le pays et fait des dizaines de victimes, tombées sous les balles des forces de l’ordre.

En France, des milliers de manifestants, dont 8.000 dans la capitale ont défilé samedi après-midi dans les grandes villes pour réclamer la démocratie après la chute de Ben Ali.

Paris a fait savoir que les proches de Ben Ali présents sur le sol français n’ont « pas vocation à rester » sur le sol français, et ils vont le quitter », a affirmé à France Info le porte-parole du gouvernement François Baroin.

Des proches de l’ex-président tunisien, dont sa fille Nesrine, 24 ans, ont quitté samedi après-midi l’hôtel du parc Eurodisney (région parisienne) où ils séjournaient. Le groupe était arrivé en France dès jeudi, veille du départ de Tunisie du président de Ben Ali.

AFP

Commentaires