Femmes battues: Chronique d’un mal presque silencieux

Femmes battues: Chronique d’un mal presque silencieux

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Selon un sondage mené par  l’Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM) en 1999, 55% des sondé(e)s ont affirmé connaître, dans leur entourage, des femmes battues par leur mari et  45% des répondant(e)s estiment qu’il existe des raisons valables pour lesquelles une femme peut être battue. Amnesty International évalue qu’en moyenne, seule une femme agressée sur trois ose porter plainte.

 

Le comportement des femmes décidant de rester dans le silence est loin d’être dénué d’explication. La majorité des femmes touchées sont analphabètes, elles sont, de fait, peu susceptibles de connaître ou de comprendre les procédures pour porter plainte.

De même, il n’est pas forcément aisé pour des femmes n’ayant pas été (ou peu) à l’école, d’avoir le recul suffisant pour reconnaître les violences dont elles sont victimes comme des infractions répréhensibles. Les associations nous expliquent, en effet, que trop souvent les agressions ne sont pas perçues comme telles. Elles sont régulièrement évoquées comme des affaires familiales ne regardant pas la justice.

Par ailleurs, lorsque les femmes violentées trouvent le courage de porter plainte, elles se voient confrontées aux rouages complexes, parfois grippés, de la justice.
Les avocats commis d’office sont rares, donc difficiles à obtenir. Les femmes battues n’ont alors pas forcément les ressources nécessaires pour assumer financièrement la procédure.
La justice lente n’aide également pas les femmes dans leur démarche. Celles-ci vivent dans la peur d’éventuelles représailles tant que l’affaire n’a pas débouché sur une décision définitive.
Comme si ces difficultés ne suffisaient pas, le mode de preuve des violences constitue un nouvel obstacle qui n’encourage pas les victimes à la dénonciation. Sans témoins, il est effectivement peu fréquent que l’issue du procès soit favorable à la partie plaignante. Or, la notion même de violence conjugale implique une certaine discrétion de la part du bourreau: celui-ci commet son forfait de préférence dans l’intimité du foyer familial.

Ces femmes ne sont pourtant pas seules face à l’adversité. De nombreuses associations comme Amnesty International ou l’ADFM, pour ne citer qu’elles, se battent pour leur protection et obtiennent des avancées concrètes.

Amnesty International a ainsi lancé sur 6 ans (de 2004 à 2010) une campagne internationale de lutte pour le droit des femmes, se traduisant au Maroc par la collecte d’un million de signatures pour une pétition remise en main propre au ministre de la Justice. Elle a de même organisé de nombreuses actions à travers tout le pays qui ne sont pas restées sans effets. Celles-ci ont participé à la prise de conscience du problème par les politiques. Des centres d’écoute sont désormais ouverts dans certains hôpitaux ainsi que dans de nombreux commissariats. Une réforme concernant le mode de preuve est également envisagée afin que les femmes ne se trouvent pas lésées du fait d’une absence de témoin.
L’Organisation internationale travaille également au sein des écoles afin de lutter contre les images passées d’époques que l’on peut encore trouver dans des manuels scolaires. Elle essaye de sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge à la notion d’égalité entre les sexes dans le but de faire évoluer les mentalités.

Quand à elle, l’ADFM est à l’origine de la création de plusieurs réseaux d’écoute tel que ANARUZ créé en 2004.  L’association est très impliquée pour soutenir les femmes dans l’ensemble des procédures judiciaires. Toujours particulièrement bien informée, elle a ainsi été une observatrice avisée lors de la rédaction du nouveau code de la famille et n’hésite pas à dénoncer les erreurs judiciaires lorsqu’elles sont commises.

Soucieuse d’éradiquer le mal en profondeur, elle agit également au sein des établissements scolaires avec les mêmes objectifs qu’Amnesty International.

Si ce bref condensé des actions des organisations ne peut en réalité être complet dans une simple colonne de “L’Opinion”, l’essentiel à retenir est ailleurs. Le message est le suivant : ces femmes ne sont pas seules, des personnes se battent pour elles avec énergie et conviction. Les événements ont déjà bien évolué depuis les années 2000, espérons toutefois que la conjugaison de l’ensemble de ces efforts permettra d’enrayer le phénomène de manière durable.

Alexandre VIOLLE

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