Fermeture des frontières du sud libyen : «Ali Zidane a réussi sa...

Fermeture des frontières du sud libyen : «Ali Zidane a réussi sa première décision politique importante»

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RFI: Le Premier ministre explique sa décision en parlant d’une insécurité grandissante dans le Sud. Est-ce que c’est vraiment cela qui motive cette décision ?

Hasni Abidi: Il y a deux raisons qui ont motivé la décision du Premier ministre Ali Zidane. La première, c’est qu’il y a plusieurs tribus dans le Sud, notamment la tribu des Toubous qui a fait l’objet de plusieurs attaques d’autres tribus. Il y a aussi du danger venant de l’extérieur : un mouvement d’armes, en provenance de Libye après la guerre, ou le retour de certains djihadistes. Ce sont deux éléments qui ont motivé la décision d’Ali Zidane.

L’autre élément important c’est, bien entendu, la situation qui reste tout de même précaire dans les grands villes, c’est-à-dire le centre du pouvoir ; à savoir Tripoli, Benghazi, mais aussi autour de certains terminaux pétroliers.

Aujourd’hui, les forces de sécurité libyennes, qui sont en construction, ne sont pas encore en mesure d’assurer la sécurité de la totalité du territoire libyen qui est très grand. Le Premier ministre a opté plutôt pour la concentration de ses efforts sécuritaires sur le Nord, le Centre et bien entendu l’Est, et laissé le Sud aux militaires, c’est-à-dire qu’il l’a déclaré « zone militaire ».

Est-ce vraiment un choix personnel ou le Premier ministre a-t-il été incité par ses voisins, le Tchad, l’Algérie, le Soudan, le Niger, qui lui ont peut-être dit : « Il s’agirait maintenant de vous occuper de vos frontières » ?

Le gouvernement libyen n’a plus les mains libres aujourd’hui dans certains dossiers relevant de la politique étrangère, et notamment avec des pays importants comme l’Algérie, mais aussi le Soudan et relativement le Tchad.

La dernière visite d’Ali Zidane dans ces quatre pays témoigne un peu de la relation parfois tendue, on l’a bien vu avec Alger, au sujet de ce vide sécuritaire tout au long des frontières.

On peut donc parler d’une demande parfois amicale, mais parfois aussi pressante, des voisins de la Libye. Bien sûr aussi, le régime libyen a peur de voir ses frontières devenir la cible de certaines attaques. Le pouvoir libyen est loin d’avoir sécurisé et stabilisé le territoire après la chute de Kadhafi.

Ces frontières sont assez poreuses. On s’inquiète en pensant aux jihadistes qui pourraient venir du nord du Mali.

Le timing de cette visite et, bien entendu, de la décision, sont là pour nous rappeler une autre séquence : les préparatifs pour une éventuelle guerre dans le nord du Mali.

Une intervention militaire internationale dans le nord du Mali…

Absolument. On sait très bien aujourd’hui que la situation a dégénéré dans le nord du Mali, en partie en raison d’un nombre important et exceptionnel des armes venant de la Libye. Ces armes proviennent des Touaregs, qui combattaient sous Kadhafi, ou d’autres marchands d’armes. La qualité des armes est d’une qualité supérieure, une qualité très demandée par ces mouvements djihadistes.

L’autre élément, c’est qu’il y a une peur, puisque la Libye pourrait encore être un sanctuaire, pourrait attirer les djihadistes et les membres de certains mouvements liés à al-Qaïda qui, en cas de guerre dans le nord du Mali, seraient bien sûr tentés par le pays où leur sécurité est plus ou moins assurée, à savoir la Libye.

Ce qui, de fait, renforcerait l’insécurité dans le sud libyen…

Absolument. Ça renforcerait l’insécurité, qui est déjà un souci quotidien pour le gouvernement libyen. Il y a des régions qui sont encore instables. A Bani Walid et dans d’autres localités il y a des frictions entre les tribus, et le retour de ces djihadistes pourrait encore agrandir le risque pour le gouvernement.

Confier la sécurité du Sud à la gestion des militaires, est-ce que cela veut dire aussi qu’on élargit la possibilité pour les militaires de prendre d’avantage de mesures d’exception ? Est-ce qu’il existe des dispositions particulières pour assurer la sécurité ?

Aujourd’hui en Libye il y a un bras de fer, mais qui n’est pas public, entre l’armée et entre les milices. La Haute commission sécuritaire, n’est qu’un groupement de miliciens ; la milice la plus importante du pays est la milice de Misrata, qui est présente sur une bonne partie du territoire libyen.

Il y a une volonté de la part de l’armée libyenne et des forces des douanes, qui ont été dissoutes après la chute du régime de Kadhafi, de reprendre la main, et au moins d’assurer la sécurité du territoire. Sous Kadhafi, cette tâche était laissée, soit aux tribus, soit à ce que l’on appelle les fameuses Brigades de sécurité. Il y a donc dans cette décision, aussi, le retour, même timide, de l’armée régulière libyenne.

Cette décision est un test pour mesurer la force du Premier ministre sur le plan politique dans son pays ?

Oui, sur le pan interne, mais aussi sur le plan international, c’est la décision la plus importante et la plus ambitieuse : décider de concert, bien sûr, avec les autres capitales, de fermer les frontières avec quatre pays. C’est donc un élément important. On verra si la sécurité revient, mais en tout cas on assiste à un retour au calme dans ces régions du sud de la Libye. Ça veut dire qu’Ali Zidane a réussi sa première décision politique importante.

En même temps, on sait que le gouvernement libyen est soumis à une pression, notamment des pays européens, et surtout de la part de l’Italie. On sait que la Libye reste tout de même une frontière très perméable pour les migrants. Et ça, c’est probablement le point faible. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de garantie sur le plan humain, concernant ces milliers de migrants venant de l’Afrique, qui sont mal traités, qui sont dans une situation difficile en Libye.

 

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