Fêter un mariage, une affaire de professionnels et de budget !

Fêter un mariage, une affaire de professionnels et de budget !

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«Il y a encore deux à trois ans, la saison des mariages, c’était l’été. Les cérémonies de mariage commençaient au cours du mois de juin et se poursuivaient jusqu’à septembre. Mais à partir des deux dernières années, les fêtes de mariage ont commencé à être organisées tout au long de l’année. Cependant, jusqu’à présent, il y a toujours une certaine concentration des fêtes de mariage au cours de la saison estivale. Cette année, comme le Ramadan va coïncider avec le mois d’août, le déroulement des fêtes de mariage est encore plus concentré sur les mois de juin et de juillet. Il y en a aussi de prévus pour le mois de septembre, après le Ramadan».

«Les mois de juillet et août constituent en général la période de prédilection pour organiser une fête de mariage», indique Bouchra, neggafa rbatie, avec une vingtaine d’années d’expérience à son actif. «Mais cette année, le rythme des fêtes de mariage est moindre. Les années précédentes, les fêtes de mariage, c’était chaque jour ou presque. Maintenant, c’est seulement les weeks-ends. Et les prix ont baissé d’un quart».

Durant l’été, l’automne ou le printemps, avant ou après le mois sacré du Ramadan, qu’à cela ne tienne ! La difficulté est ailleurs. Car si le calendrier pour le déroulement des fêtes de mariage a évolué dans le sens de l’élargissement, le coût de la cérémonie n’a pas été en reste, ayant également évolué, dans le sens du renchérissement.

Vous voulez organisez une fête de mariage ? Alors, attendez-vous à en payer le prix. Qui n’est pas bon marché, si vous avez un tant soi peu de goût raffiné. En pareil cas, il vaut mieux se marier en basse saison, à en croire notre ami traiteur, bien placé pour en parler.

«Comme pour n’importe quel marché, les prix fluctuent selon la loi de l’offre et de la demande. Au cours de la basse saison, quand nous n’avons pas plus qu’un mariage par jour à traiter, nous baissons nos prix. A contrario, quand ce sont cinq à six mariages par jour à traiter et que nous sommes sollicités pour faire plus, nous demandons forcément plus cher pour répondre à ces requêtes. Ce qui est tout à fait légitime alors. Quand le carnet de commande de la journée est déjà bien rempli et que tout le matériel propre à l’entreprise est ainsi entièrement mobilisé, nous louons ce dont nous avons besoin pour répondre à la demande additionnelle. Ce qui veut dire encore plus de frais que d’habitude, donc un prix de vente de nos services plus élevé».

C’est qu’il est bien loin, le temps ou l’on se contentaient d’une ou de deux cuisinières traditionnelles, les fameuses “tayyabates”, qui s’enfermaient un à deux jours en cuisine pour préparer le repas de fête, avec l’aide des jeunes filles de la famille, mobilisées pour l’occasion. L’ambiance festive qui régnait en ces moments compensait largement la fatigue de la tâche à accomplir.

De nos jours, le repas de mariage est une affaire de professionnels, qui offrent des menus pour tous les goûts et toutes les bourses. Ou presque…

«Les fêtes de mariage, nous les classons, en tant que traiteurs, dans deux catégories distinctes. Il y a les fêtes organisées avec repas et celles où les commanditaires se contentent d’un cocktail dînatoire. En fait, chaque région du Maroc a ses propres coutumes. A Casablanca, par exemple, toutes les fêtes de mariage sont organisées avec repas. A Rabat, la tendance a été pendant longtemps aux cocktails dînatoires. Mais cette tendance est entrain de fléchir au profit des repas de fêtes. Les clients rbatis ont peut être commencé à se dire que les cocktails dînatoires, ça faisait un peu léger, et se sont mis à commanditer des repas de fêtes. Avant, la proportion à Rabat était de 75% pour les cocktails dînatoires et de 25% pour les repas de fête. Actuellement, cette proportion a été inversée, 75% pour les repas de fêtes et 25% pour les cocktails dînatoires.

Mets raffinés et prix élevés

Je crois qu’il y a aussi une autre raison qui a poussé la tendance actuelle dans ce sens. C’est le fait qu’il y a de plus en plus de membres d’une même famille qui résident dans des villes différentes. Et que cela ne se fait pas de recevoir des invités pour une fête de mariage venant d’autres villes, sans leur offrir un repas correct».

Et ça coûte combien de faire appel aux services d’un traiteur ?

«En parlant prix, je crois qu’il faut prendre en considération, à ce sujet, le fait que les gens demandent toujours plus et mieux. Ils demandent toujours un service différencié par rapport à que ce qu’ils ont vu dans d’autres fêtes de mariage auxquelles ils ont été conviés. Certains clients viennent pour me dire qu’ils ont apprécié telle ou telle fête de mariage que j’ai traité, et à laquelle ils ont assisté, et qu’ils désirent quelque chose de similaire, mais avec un plus pour se distinguer. Ce qui a abouti à une véritable envolée du coût d’organisation de ces fêtes. Les gens sont devenus très exigeants quand à la qualité de service, en plus des changements à apporter pour que leur cérémonie de mariage soit différente des autres fêtes auxquelles ils ont assistés.

Le menu traditionnel des fêtes de mariage, c’est une pastilla aux fruits de mer, un méchoui, la glace et les fruits. Maintenant, certains clients demandent des salades, dont des salades royales, avec langouste et foie gras, etc. Par exemple, nous préparons de plus en plus de pastillas individuelles plutôt que les classiques grandes pastillas, ce qui est d’ailleurs plus pratique même au niveau du service. Et il y a même plus de choix, puisque nous pouvons alors diversifier, en présentant aux convives pastilla aux fruits de mer ou celle aux poulets et aux amandes. Le méchoui a aussi évolué et il est de plus en plus question de méchoui désossé et farci. Les menus des repas de fête comportent aussi, désormais, des gigots d’agneau désossés et farcis, des coquelets aux poires et aux ananas, du pigeon, etc. Les menus se sont enrichis et diversifiés de manière remarquable».

«Pour en revenir à la question des prix, ils varient de 3.500 Dhs la table “standart”, à 10.000 Dhs, la table “royale”. Le menu de la table “standart”, celle à 3.500 Dhs, c’est une pastilla aux poulets et aux amandes, un méchoui, la glace et les fruits, avec tous les autres accompagnements d’une fête de mariage, jus de fruit, les gâteaux de soirées, les gâteaux marocains, les assortiments de macarons, les petits fours, les gâteaux au miel, la pièce montée, le petit déjeuner avec la “harira”, la “mkharka”, les “briouates” et autres viennoiseries.

La table royale, à 10.000 Dhs, comporte une salade royale, avec langouste, crevettes royale, foie gras et autres mets raffinés. En  deuxième position viennent les petites pastillas, aux fruits de mer et aux poulets et amandes, puis un méchoui et en dernier des coquelets aux poires et aux ananas. Ensuite, pour le dessert, il y a un assortiment de glace, de mousses, de tartes et une corbeille de fruits. Outre le cocktail de bienvenu, au début de la cérémonie.

Concernant les cocktails dînatoires, les prix varient de 2.500 à 5.000 Dhs la table. Ce prix n’est pratiqué que pour les commandes de 15 à 20 tables, au minimum. Il y a le cocktail dînatoire simple, avec des assortiments de gâteaux sucrés et salés, des mini-pizzas, des barquettes aux crevettes, des quiches au saumon, des mini-pastillas, des mîmes chinois, des brochettes, etc. Mais il y a également des cocktails dînatoires qui sont aussi bien fournis que de vrais repas, avec de la charcuterie et des fromages, des corbeilles de fruits, des glaces, des mousses, des vérines de salés, etc.

Nombre de personnes préfèrent ces cocktails dînatoires assez richement dotés aux repas de fêtes. L’avantage des cocktails dînatoires, c’est que le service est étalé tout le long de la soirée, au même rythme. Par contre, quand il est question de repas, c’est un laps de temps d’une heure et demi en moyenne qui est consacré uniquement au dîner».

Une cérémonie de mariage, c’est combien de personnes en moyenne ?

«Le nombre moyen d’invités dans les fêtes de mariage que nous prenons en charge est de trois cent personnes, en comptant dix personnes par table. Ce chiffre peut aller jusqu’à mille personnes».

La facture à payer ne peut donc être que salée  !

Les aléas des cérémonies “clé en main”

«Il y a des gens qui ont beaucoup de moyens et qui n’hésitent pas à investir lourd dans l’organisation de fêtes de mariage, en y consacrant de très gros budgets parfois», explique Abdelghani Bensaïd, avec un large sourire de satisfaction. «Mais nous travaillons également avec des gens qui ont des budgets beaucoup plus limités» s’empresse t-il d’ajouter. Tout le monde a le droit de festoyer et les parents, riches ou pauvres, éprouvent un grand plaisir à offrir de très belles cérémonies de mariage à leurs enfants. Après tout, ce n’est pas tous les jours que l’on marie ses enfants et ce n’est pas une fête comme les autres. Notre travail consiste à aider ces parents à réussir ce grand jour dans leur vie est celle de leur fils ou fille. Il y a des offres adaptées à tous les budgets».

Mais le repas du mariage, ce n’est pas toute la cérémonie. Il y a aussi la salle de fête à louer, la neggafa, l’orchestre, etc. Le traiteur ne s’occupe-t-il pas aussi du reste ?

«Je ne traite plus de fêtes de mariage “clé en main”, c’est à dire d’organiser entièrement une fête, de la location de la salle au repas de fête, en passant par le ou les orchestres, la “neggafa”, le photographe, etc. Je me suis concentré sur mon métier de traiteur pour réussir à offrir à mes clients les meilleures prestations possibles dans ce cadre. Après m’être déjà essayé à l’organisation des fêtes “clé en main”, je peux maintenant vous dire que la meilleure des choses est que chacun se contente de faire ce qu’il sait faire le mieux, c’est-à-dire son métier. Les gens font rarement la différence entre traiteurs et organisateurs de réception. Le traiteur produit lui-même les mets et gâteaux qu’il vend. Les seuls traiteurs professionnels qui existent sur Rabat, il n’y en a pas plus de six ou sept. On reconnaît d’ailleurs assez facilement les spécialités de chaque traiteur et son cachet spécifique dans la préparation des plats et autres gâteries. Un organisateur d’événements est quelqu’un qui s’occupe de l’organisation d’une fête dans tous ses détails. Mais le plus souvent, il ne maîtrise réellement qu’un seul des métiers que mobilise l’organisation d’une fête de mariage.

J’ai constaté dernièrement une véritable inflation des organisateurs d’événements. Ils doivent croire que c’est facile d’exercer cette profession. Certains investissent seulement dans l’acquisition de chaises et de tables et affichent aussitôt une pancarte de traiteurs.  En fait, ils sous-traitent ce qu’ils ne savent pas faire, d’où la difficulté à offrir à leurs clients une prestation de qualité.

Les “sous-traitants” auxquels font appel les “organisateurs d’événements” exécutent, la plupart du temps les commandes de ces organisateurs en dernier lieu, après les leurs, et sans leur accorder l’importance qu’elles méritent. ça arrive avec les “naggafat”, par exemple, qui, faute de “âmmariates” suffisantes, sont obligées, quand elles sont “surbookées”, d’accorder la priorité à leurs propres clients par rapport à ceux qu’ils sous-traitent, en faisant attendre ces derniers.

Il ne faut pas oublier que l’organisateur d’évènements dégage sa marge bénéficiaire de la différence entre le prix versé par le client et celui réellement payé aux sous-traitants.

C’est seulement quand on produit soi-même les services que l’on commercialise, que l’on arrive à assurer une bonne qualité de service. Quand on “sous-traite”, on n’est jamais en position de garantir un service de qualité.

Les organisateurs d’évènements existants ne défendent pas non plus assez leur image de marque. Nous, traiteurs, investissons énormément dans la promotion de notre image de marque, à travers la publicité. De ce fait, nous n’avons pas pour unique souci de dégager du profit, mais veillons également à sauvegarder et soigner notre image de marque. Nous n’avons nul intérêt à gâcher cette image en voulant réduire nos coûts au dépend de la qualité de service».

Partant de votre expérience, combien coûte la location d’une salle de fête ?

«Il faut d’abord commencer par préciser que certains clients choisissent d’organiser les fêtes de mariages dans des salles de fêtes, d’autres préfèrent les tenir chez eux, quand ils disposent de spacieux jardins. Pour ces derniers, il faut installer toute une structure pour servir d’espace d’accueil. Ce que je fais moi-même, en tant que traiteur, pour les clients qui ont font la demande» souligne fièrement notre ami.

Des “neggafat” new wave !

«Il y a deux sortes de structures. Il y a le chapiteau, qui exige un certain espace, puisque sa surface est invariable. Elle va de 500 à 600 mètres carrés. Dans les jardins des villas ou il n’y a pas assez d’espace, nous installons des structures dîtes “tubulaires”. Ce sont des structures qui prennent la forme désirée et leur surface est adaptable à la superficie existante.

Depuis deux ans, il y a également les structures en “lycra”. C’est une matière dont sont fabriqués des toiles qui ne protégent pas contre la pluie, mais qui protégent contre le soleil et l’humidité.  Comme il est élastique, le lycra tendu prend la forme qu’on lui donne et, avec les lumières architecturales, la structure dégage une ambiance qui sied parfaitement aux fêtes de mariage. Plus le plancher et le tapis, les prix de pareilles structures varient alors entre 100 et 200 Dhs le mètre carré. Pour une salle de 500 mètres carrés, il faut compter dans les alentours de 70.000 Dhs».

Et pour ce qui est des salles de fête ?

«En ce qui concerne le prix des salles de fête, je ne peux vous donner d’indications que pour la seule ville de Rabat, que je connais bien. Le palais “Kabbaj” coûte aux environs de 15.000 Dhs la soirée, en haute saison, 10.000 à 12.000 Dhs en basse saison. Le mess des Forces Auxiliaires, c’est 15.000 Dhs. Chez Sentissi à Eloulja, c’est 24.000 Dhs pour la grande salle. La plus chère des salles de fêtes à Rabat, c’est celle de l’hôtel Sofitel, aux alentours de 70.000 à 80.000 Dhs».

En quoi consiste le travail d’une neggafa ?

«Nous organisons la cérémonie du “dfouâ” pour le marié, la “âmaria” (palanquin)  pour l’entrée de la mariée, puis la cérémonie du henné», explique Bouchra. «Après quoi, la mariée change de tenue selon le programme de la soirée de fête. Certains organisent un repas de fête, d’autres se contentent d’un cocktail dînatoire. Donc, nous habillons la mariée selon les circonstances, avec une tenue pour le repas, s’il y en a un. Après quoi, vient la tournée de la mariée, avec l’habit fassi, rbati, chamali ou soussi, selon les traditions de la région des familles concernées. Mais les jeunes filles ont de moins en moins envie de porter les lourds habits de mariage traditionnels. Puis vient la sortie de la mariée, soit en robe de mariée occidentale, soit avec un beau caftan marocain».

Combien coûtent ces services ?

«Les prix ont baissé» souligne, ennuyée, une jeune neggafa de Salé, qui ne ressemble en rien aux vieilles naggafat de jadis. «Contrairement aux traiteurs, je n’ai pas de service à la carte. Il n’y a pas de premier et de second choix. Les mariées sont toutes traitées de la même manière, sur un pied d’égalité. La plupart du temps, c’est la première mariée servie, qui a eu le plus de choix de son palanquin et de son caftan, qui payera souvent le plus cher. La commande suivante, la mariée ayant moins de choix, aura à payer un peu moins cher et ainsi de suite. C’est le choix de la “âmaria” et du caftan qui détermine le prix. Nous n’agissons plus comme les naggafat d’il y a quelques années, qui tournaient de fête de mariage en fête de mariage avec le même palanquin, ce qui entraînait forcément des retards inconvenant pour les derniers servis.

Nous avons, dans notre profession, ce que j’appelle les “variables” et les “invariables”, qui déterminent le prix de nos services. Les “invariables” d’abord, c’est le matériel apporté par la “neggafa”, c’est-à-dire la “âmmaria”, les deux “tiffours”, les huit porteurs, les trois “neggafat” et les autres accessoires, les fanions, l’encensoir, etc. Bref, tout ce qu’apportait la “neggafa” traditionnelle. Là, il y a un prix fixe. C’est 7.000 Dhs.

Les “variables”, ce sont les tenues. Parfois, la mariée apporte ces propres tenues, parfois quelques unes seulement et c’est moi qui apporte le reste. Parfois, elle n’apporte aucune tenue et je lui loue tous les habits. C’est ce qui fait que les prix pratiqués soient aussi différenciés. Une robe de mariée est louée entre 500 et 1.500 Dhs. Pour les autres tenues, la location varie de 500 à 1.200 Dhs, selon la qualité de ces tenues, sa nouveauté et sa valeur de revient.

Le siège des mariés est aussi loué, soit avec la salle de fête, soit c’est le traiteur, soit c’est la neggafa. Montant de la location, 2.000 Dhs.

Jadis, sept jours à festoyer

Quand à la cérémonie du henné, pour laquelle je mobilise, une “nekkacha”, outre mes neggafat, c’est 1.000 Dhs. Les familles les plus enracinées continuent de privilégier le “nakch”  (dessin) fassi ou rbati. Malheureusement, il y a de plus en plus de jeunes filles qui demandent le “nakch” khaliji, beaucoup moins stylé que le marocain.

La neggafa rbatie a une offre encore plus diversifiée à la disposition de ses clientes.

«Pour la coiffure, nous avons notre propre salon de coiffure. Mais je précise que c’est seulement à la demande de la mariée que je propose les services de mon salon de coiffure. Parce que je ne veux pas perdre des clients uniquement parce que la coiffure de telle ou telle  mariée a déplu. Comme ce n’est pas moi qui fais ce travail, que je n’en maîtrise donc pas la qualité de l’offre, je préfère m’abstenir. Les filles qui sont intéressées par notre salon de coiffure, je leur fais faire d’abord un essai, pour m’assurer qu’elles seront satisfaites de leur coiffure le jour de la fête de mariage. Sinon, il vaut mieux qu’elles s’adressent à des professionnels à la réputation bien établie. D’ailleurs, je ne propose les services de mon salon de coiffure qu’aux mariées à la bourse moyenne. Celles qui sont habituées à des maquillages haut de gamme, je leur conseille de s’adresser à des professionnels beaucoup plus aptes à assurer un service de ce genre. C’est d’ailleurs très difficile de réussir le maquillage de mariée de filles qui ont l’habitude de se maquiller. Il est malaisé de lui donner un éclat plus particulier que d’habitude».

El Hajja, une vieille neggafa de Rabat, maintenant retirée du circuit après des années de bons et festifs services, raconte avec beaucoup de nostalgie dans la voix ce que furent, jadis, les fêtes de mariages. «Les mariages au Maroc, il y a longtemps, c’était sept jours de festivités. Mais comme les femmes ne travaillaient pas, toutes étaient mobilisées dans le cadre familial pour participer à l’organisation de la fête de mariage. Maintenant, tout a été condensé en une seule journée» précise t-elle, déçue.

Au prix que coûte actuellement l’organisation d’une fête de mariage, c’est tant mieux qu’elle ne dure plus sept jours !

«Avant, les jeunes fiancées se fiaient à la neggafa pour les conseiller et les orienter» ajoute El Hajja, le regard tourné vers une époque maintenant révolue. «Les jeunes filles de nos jours ont leur propre vision des choses. A la fin de ma carrière, quand certaines jeunes écervelées  me faisaient des demandes que je jugeait trop absurdes et donc attentatoires à ma réputation, je refusait de m’y plier, quitte à ce que ces clientes aillent voir ailleurs. Je ne suis pas prête de présenter une mariée avec une tenue ridicule, même si c’est à la demande expresse de celle-ci» souligne fièrement El Hajja, avec le ton sérieux de la gardienne des traditions ancestrales.

Abdel et Sophia sont de jeunes fiancés qui préparent patiemment leur cérémonie de mariage. Rencontrés chez une neggafa, nous en avons profité pour leur demander comment se déroulaient leurs préparatifs et ce qu’ils leur ont coûté jusqu’à présent.

«ça fait plus de trois mois que nous préparons notre fête de mariage», précise la jeune fiancée. «Je prendrais en charge les frais de la cérémonie du henné et mon mari ceux de la fête du mariage. Pour la cérémonie du henné, ça va se dérouler chez mes parents, l’après midi réservée aux femmes, le soir aux hommes. Il y aura la neggafa et un orchestre pour assurer l’animation. Presque une fête de mariage, quoi. Mais comme ce sont mes parents qui délient les cordons de la bourse pour ce faire, je ne saurais vous dire combien ont coûté les préparatifs jusqu’à présent» dit elle en riant.

Le mari, un jeune MRE, qui semble bien peu au fait du coût d’une fête de mariage au Maroc, se montre outré par la cherté des prix.

«Mes parents ont déjà dépensé plus de 10.000 Euros jusqu’à présent, avec toutes ces histoires de location de la salle de fête, de traiteur, d’orchestre, etc. Mais je n’ai pas idée sur les détails. Tout ce que je sais, c’est qu’il y aura quelques 250 invités. En France, dans une fête de mariage, il y a beaucoup moins d’invités et le programme est plus réduit. Et ça coûte forcément beaucoup moins cher».

«Les gens se plient en quatre pour financer des fêtes de mariage bien au dessus de leurs moyens» conclut à juste titre la jeune neggafa slaouie.

http://www.lenobletraiteur.com

Ahmed NAJI  et Asmâa RHLALOU

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