François Hollande à Alger: «L’heure est à l’entente»

François Hollande à Alger: «L’heure est à l’entente»

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François Hollande se trouve donc en ce moment en Algérie. Est-ce que cette visite d’Etat sera celle de la normalisation entre Alger et Paris ?

Il faut l’espérer. Il n’y a aucune raison, s’il y a de la bonne volonté de part et d’autre. Et je pense que l’heure est justement à une entente et au désir de trouver des solutions. Car je crois qu’il n’y a aucune impossibilité, il n’y a rien qui puisse bloquer quoi que ce soit. On peut se mettre autour d’une table et discuter de tous les problèmes, si épineux soient-ils.

Cette réconciliation, on en parle depuis des années et des années. Qu’est-ce qui, d’après vous, ces dernières années justement, a pu freiner cette amitié entre Paris et Alger ?

Je ne pense pas dominer tout le dossier, n’étant pas tout à fait, je crois, dans ce métier. Mais de mon point de vue de simple citoyenne et compte tenu de ma discipline, je pense qu’il y a eu un gros moment de rupture, de mon point de vue d’historienne, avec cette fameuse loi du 23 février 2004. Elle a été un coup d’épée terrible.

La loi qui évoquait certains aspects du « caractère positif » de la colonisation…

Oui, absolument. Je pense que ça, ça a refroidi tous les esprits. Et, surtout, je pense que ça a ravivé des douleurs qui ne sont pas du tout oubliées. La mémoire, elle est là. Et même si elle ne se dit pas tous les jours, les gens n’ont pas fait tout à fait leur deuil. Et ça peut expliquer le refroidissement des rapports, pour ne citer que cet exemple qui m’interpelle directement.

Puisque aujourd’hui encore, par exemple, des personnalités liées justement à cette histoire de la guerre d’Algérie, peuvent entamer des démarches dans les deux pays pour en savoir plus sur ces années…

Ah oui, c’est même souhaitable ! L’affaire Audin est là pour nous le rappeler [Maurice Audin était un jeune communiste, militant anticolonialiste, tué par les paras français à Alger en 1957, ndlr]. Je travaille sur un dossier pratiquement similaire à celui de Maurice Audin…

La recherche des disparus ?

De recherche de disparus, dont nous n’avons pas les corps… Ce sont des choses qui ne se disent pas, les archives ne sont pas toutes accessibles. Ou si elles sont accessibles, parfois, je ne sais pas si on peut se permettre de le dire, je pense qu’elles sont souvent nettoyées. Il y a donc quelque chose, quand même, qui gêne aux entournures. Nous ne demandons rien de plus que justice et vérité, tout simplement. Rien d’autre.

Ce ne sont pas vraiment des axes qui sont attendus particulièrement, mais des mots. Il va y avoir des discours devant les parlementaires algériens et également devant les étudiants. Si on s’intéresse justement à la jeunesse algérienne, est-ce que cette vérité historique pour cette jeunesse est un enjeu aujourd’hui, ou est-ce une vieille querelle ?

Ah, ce n’est pas du tout une vieille querelle ! Il faut savoir que dans le monde des jeunes, il y a un grand mouvement associatif. De nombreuses associations culturelles, justement, sont portées par les jeunes. Il y a donc un désir d’histoire extraordinaire !

Cet été, j’ai été invitée d’ailleurs par une association dans la région d’Akbou, dans la vallée de la Soummam. J’ai été étonnée du niveau, de la qualité des questions qui étaient posées. A part l’attitude de quelques potaches dans un lycée pour ne pas plonger le nez dans un livre d’histoire ou de géographie, la société d’une manière générale, et les jeunes en particulier, sont dans une position complètement différente.

Au contraire, ce qui les incite [à être curieux], c’est qu’il y a eu à un moment beaucoup de silence, beaucoup d’occultation. Comme – qu’on le veuille ou non – depuis au moins 1988, les choses se disent et que tous les dossiers pratiquement sont ouverts, il y a fatalement des questionnements qui demandent des réponses.

Et certains, justement, reprochent aux autorités françaises d’avoir tardé à parler. D’autres reprochent également aux Algériens une forme de sens unique dans cette quête de la vérité…

Mais bien sûr ! Nous, les historiens, interpellons aussi bien les uns que les autres. Sur la question par exemple de l’accès aux archives, nous demandons à notre gouvernement qu’elles soient mises à la disposition des chercheurs, comme nous demandons également à ce que les archives soient plus accessibles du côté des institutions françaises.

Il faut dire que du côté des archives d’Outre-Mer, à Aix-en-Provence, les choses sont très, très, très accessibles. C’est plutôt du côté du service de la Défense que les choses sont un peu plus difficiles pour avoir droit à consulter tel ou tel dossier.

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