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Une femme de son époque mais pressée d’en hâter le cours. En avance sur les mœurs de son temps, adhérente à des idées comme à des esthétiques nouvelles, George Sand laisse apparaitre l’image d’une écrivaine devancière.

A bien des égards, son indépendance, ses choix de vie ainsi que la volonté de les accomplir en dépit des entraves socioculturelles, nous  reconnaissons et saluons en George Sand une auteure hardie et moderne.

Parler de la sexualité c’est créer une thématique nouvelle:

A’ l’époque, on reconnaissait à peine à la femme le droit d’écrire, tout en limitant son champ thématique à un seul sujet : l’amour. Mais si on revient sur le thème de l’amour, on s’aperçoit qu’il est très présent dans l’œuvre romanesque sandienne, sauf que l’auteure préfère le traiter, et le vivre aussi, différemment. George Sand a secrètement vécu une passion amoureuse avec la comédienne Marie Dorval, ce qui lui a inspiré l’écriture de son roman : Lélia, où elle traitera la thématique de l’homosexualité féminine. Lélia est un roman qui pose surtout des questions à l’époque dérangeantes sur la sexualité et le désir féminins.

Un style nouveau :

De même qu’elle se veut être différente dans le choix de sa thématique, l’auteure opte aussi pour un style différent. « Simple et hardi » [1] .Propre à lui, « le style de Sand est presque indéfinissable » [2]. C’est un style à caractère neutre. Une neutralité qui lui a coûté trop de critiques. Mais n’est ce pas qu’être souvent critiquée, est une preuve de singularité et d’originalité?

Un combat de féministe :

On ne peut parler de la modernité sandienne, sans évidemment songer à son combat pour l’amélioration de la condition féminine. L’écrivaine croit à la nécessité de l’indépendance féminine et  pense que l’autonomie de la femme est tributaire d’une bonne éducation. Aux yeux sandiens, la femme doit parvenir à un niveau élevé d’instruction si elle souhaite vraiment accéder à ses  droits civils et civiques. Elle a donc combattu en priorité pour l’éducation des filles à une époque où elle était encore très superficielle et limitée à des catégories sociales privilégiées. La notion moderne du féminisme dont fait preuve Sand à son époque, et qui concerne encore la femme actuelle, se manifeste surtout dans son militantisme pour l’égalité des sexes. Sand a beaucoup milité pour la cause féminine dans ses écrits où la thématique de la femme revient à tout bout de champ. Peut-on supposer pour autant, qu’elle a une écriture féminine ?

Une écriture féminine :

En lisant les romans sandiens, on peut facilement y discerner des critères de l’écriture féminine. Selon Luce Irigary, (une spécialiste de l’écriture féminine), une écriture qui est qualifiée de féminine serait d’abord une écriture qui vise la quête de l’identité féminine. Une telle quête se ferait à travers le discours autobiographique, et ce en vue de cesser d’être un objet du discours et de s’y établir en tant que sujet. Chose qui est valable dans l’oeuvre autobiographique de Sand. A ce propos, on peut citer deux textes, à savoir : Lettres d’un voyageur, Nouvelles lettres d’un voyageur. L’écriture féminine, toujours selon Irigary, serait également une écriture privilégiant le retour à l’enfance, qui participe aussi à la quête de l’identité féminine. Le thème de l’enfance demeure très présent au sein du le roman sandien comme dans : La Petite fadette ou La Marre au diable. Mais qu’il est le rapport entre la modernité littéraire et l’écriture féminine ?

Sand et l’écriture du corps:

Selon Hélène Cixous, (une autre spécialiste de l’écriture féminine), l’écriture féminine est principalement une écriture du corps. C’est « une écriture du dedans » comme l’annonce Béatrice Didier (qui est aussi spécialiste de l’écriture féminine). Bref, c’est une écriture de l’intérieur et c’est justement ce qu’il fait sa modernité d’après Didier. Le corps féminin a été pour longtemps décrit de l’extérieur sous la plume masculine, c .à .d tel qu’il était vu et non tel qu’il était senti. De surcroit, ce corps était souvent morcelé et fragmenté. Sous la plume féminine, le corps de la femme va enfin retrouver son unité. Il va être décrit de l’intérieur, tel qu’il est vécu. L’écriture du corps demeure si présente dans le roman  sandien et participe à confirmer son aspect moderne. Chose qu’affirme Didier dans son ouvrage clés : L’Ecriture-femme où elle souligne que la modernité de l’écriture féminine se situe dans l’acceptation, par la femme, des émotions qui la submergent, dans la possibilité de dire son corps, de dire ses sensations, de dire son libido, et ce sans la moindre réserve. Et sans réserve aussi, Sand se met à parler de son corps tout en repoussant les limites sociales qu’elle n’a jamais réussi à  respecter.

[2] Eric BORDAS, Indiana de George Sand, Paris, Ed. Gallimard, 2004, p. 182.

[3] Ibid.

Ikram Chemlali

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