Guerre des mots entre Londres et Buenos Aires à propos des Malouines

Guerre des mots entre Londres et Buenos Aires à propos des Malouines

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De notre correspondant à Buenos Aires

Va-t-on vers un nouvel affrontement armé entre l’Argentine et le Royaume-Uni pour les îles Malouines, trente ans après la guerre de 1982 (*) ? Le duel verbal auquel se livrent les dirigeants des deux pays depuis quelques semaines pourrait le faire penser.

Le 18 janvier 2012, le Premier ministre britannique David Cameron a ainsi accusé les Argentins de visées « colonialistes » tandis que le ministre des Affaires étrangères William Hague affirmait que son pays saurait répondre, y compris militairement, aux « menaces » de ces derniers sur l’archipel. Des déclarations auxquelles ont répondu le vice-président argentin Amado Boudou -en charge de l’exécutif jusqu’au 24 janvier en raison de la maladie de la présidente Cristina Fernández de Kirchner- et le chef de la diplomatie Héctor Timerman, dénonçant à leur tour le « colonialisme » du Royaume-Uni et appelant Londres à négocier ainsi que le demandent les Nations unies depuis 1965.

En réalité, il n’y a aucun risque de voir se déclencher un nouveau conflit pour cet archipel, situé à 600 kilomètres des côtes continentales argentines et que les Britanniques ont conquis par la force en 1833.

La propriété des Malouines non négociable pour le Royaume-Uni

À l’époque, les Malouines faisaient partie de l’Argentine, qui avait acquis son indépendance de l’Espagne en 1816. Les Britanniques y expulsent le gouverneur nommé par Buenos Aires, José Vernet ainsi que les quelques dizaines d’habitants des îles, qu’ils remplacent par des colons.

Depuis cette date, l’Argentine n’a cessé de réclamer la restitution des Malvinas (nom hispanisé de l’archipel, rebaptisé Falklands par le Royaume-Uni), toujours par la voie diplomatique. Seul le régime militaire en place en 1982 a tenté de les récupérer par la force. Mais ce n’est nullement l’intention du gouvernement actuel, qui demande, comme tous ceux qui l’ont précédé depuis le rétablissement de la démocratie en 1983, que Londres se conforme à la résolution de l’ONU de 1965 reconnaissant l’existence d’une « dispute de souveraineté » et invitant les deux pays à négocier.

Comme ses prédécesseurs depuis la fin de la guerre, le gouvernement de David Cameron s’y refuse, au nom du « droit à l’autodétermination » des 3 100 habitants des îles, descendants de colons ou émigrés britanniques à 95%.

Au demeurant, l’état des forces armées argentines, réduites à leur plus simple expression au lendemain de la dictature, interdirait toute aventure belliqueuse, ce qui n’a pas empêché le Royaume-Uni de transformer l’archipel en une véritable forteresse et d’y réaliser régulièrement des manœuvres militaires.

Alors, pourquoi ce brusque regain de tension entre les deux pays, qui a conduit les Etats-Unis, pourtant alliés du Royaume-Uni en 1982, à rappeler que la dispute de souveraineté devait être réglée par la négociation ? L’approche du trentième anniversaire du début de la guerre, le 2 avril, l’explique en partie.

À Buenos Aires comme à Londres, ce sera l’occasion d’honorer les morts (649 Argentins et 258 Britanniques ont perdu la vie dans les 74 jours que dura le conflit), de saluer les anciens combattants et de rappeler les droits « inaliénables » des uns et des autres sur les Malouines. Mais l’essentiel est ailleurs.

Londres inquiète des soutiens de l’Argentine

Si le Royaume-Uni a haussé le ton ces dernières semaines, c’est en raison de récents succès diplomatiques de l’Argentine, dont les revendications ont reçu l’appui de plusieurs groupements internationaux, comme le Mercosur (où elle est associée au Brésil, à l’Uruguay et au Paraguay), l’Unasur (qui réunit l’ensemble des pays sud-américains) et la Celac (nouvelle entité, où sont représentés tous les États d’Amérique latine).

Plus que les déclarations de soutien, ce qui inquiète les Britanniques ce sont les mesures concrètes adoptées par certains pays de la région (Brésil, Chili et Uruguay notamment) qui interdisent désormais leurs ports à des navires battant pavillon des Falklands.

De leur côté, les Argentins voient avec préoccupation s’établir sur le terrain un état de fait qui leur est défavorable, en particulier sur le plan économique.

Du pétrole aux Malouines

L’exploration pétrolière au large des Malouines, commencée par les Britanniques en 1998 et relancée en 2009, commence à donner des fruits. Les découvertes qui y ont été réalisées permettent de penser que l’exploitation démarrera en 2016, pour une production attendue de 150 000 barils/jour en 2018.

À terme, les Malouines pourraient représenter entre 10 % et 15 % des besoins du Royaume-Uni en hydrocarbures. De quoi justifier l’imposant dispositif militaire déployé dans les îles par les Britanniques au cours des dernières années, qui sera encore renforcé en février 2012, sous prétexte de   menace » argentine, à l’occasion de la venue d’une unité de l’armée de l’air dans laquelle sert le prince William.

rfi.fr_____________________

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