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Hausse de la consommation, baisse de la production : L’Algérie importe pour des milliards de dollars de carburants

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Les carburants et produits pétroliers commencent d’ailleurs à peser lourd sur la facture à l’importation puisque Sonatrach a importé en 2009 pour 1,4 milliard de dollars de produits raffinés. L’Algérie, qui importe déjà plus de 50% de ses lubrifiants ainsi qu’une bonne partie de ses besoins en bitume et en polymères, doit aujourd’hui recourir aux marchés extérieurs pour répondre à la demande interne sans cesse croissante en carburants. Ainsi, selon plusieurs agences d’information financières, des traders ont annoncé le lancement par Sonatrach de plusieurs appels d’offres pour l’importation de 330 000 tonnes de gasoil et 160 000 tonnes d’essence sans plomb. Le retour de l’Algérie sur le marché international de l’essence a d’ailleurs contribué à alimenter une certaine tension sur le marché méditerranéen, induisant une hausse des cours.

L’essence se négocie actuellement à près de 1000 dollars la tonne en FOB sur le marché de Lavéra (Bouches-du-Rhône), qui est considéré comme le marché international de produits pétroliers pour la Méditerranée. Même si le montant des transactions n’a pas été révélé, un simple calcul permet de conclure que cet achat d’essence sans plomb pourrait coûter 160 millions de dollars à l’Algérie, qui dépense déjà d’importantes sommes pour l’importation de gasoil (300 millions de dollars pour 100 000 tonnes en 2009).
Selon des traders, le recours de Sonatrach à l’importation d’essence et de gasoil s’explique par la prévision de l’arrêt annuel pour maintenance pour tout le mois de septembre de la raffinerie Reforming de Skikda (RA1K), laquelle produit la plus grande partie de l’essence sans plomb ainsi qu’une quantité importante de gasoil. D’ailleurs, le P-DG de Sonatrach, Nordine Cherouati, avait annoncé en décembre dernier l’importation, en 2011 et 2012, d’essence et de gasoil pour pallier la baisse de production induite par la fermeture momentanée des raffineries concernées par l’opération de réhabilitation. Il s’agit de la raffinerie de Skikda qui doit être livrée, selon les prévisions de Sonatrach, en août 2012, de la raffinerie d’Arzew livrable en décembre prochain et enfin de celle d’Alger à livrer en 2013. Au bout desquelles opérations la tension sur le marché devrait disparaître, du moins jusqu’en 2018.
Toutefois, les prévisions de la compagnie nationale des hydrocarbures peuvent sembler optimistes au vu des retards pris dans la réalisation de certains projets de modernisation, à l’image de celui de la raffinerie de Skikda où il apparaît clairement aujourd’hui qu’il est difficile de livrer le projet dans les délais.

La demande explose

Il s’agit aussi de prendre en considération l’accélération de la demande interne en carburant et produits pétroliers dérivés, laquelle a atteint, selon les chiffres de Naftal, 13 millions de tonnes en 2010. On se plaît d’ailleurs à expliquer l’augmentation de la consommation par une dynamique économique encouragée par les programmes d’investissement publics ainsi que l’augmentation du parc automobile national, lequel a atteint plus de 4 millions de véhicules.
Cependant, la saignée provoquée par la contrebande de carburant aux frontières contribue grandement à maintenir une certaine tension sur le marché, notamment à l’est du pays.
Tandis que les prix des pétroles raffinés flambent sur le marché international, l’Algérie est classée 3e pays où le prix du carburant est le moins cher au monde avec un prix à la pompe de 0,22 euro/litre pour l’essence et 0,13 euro pour le gasoil en 2010, selon une enquête réalisée par une maison de courtage française spécialisée dans la location de voitures.
Ce qui a d’ailleurs encouragé la multiplication des réseaux de contrebande aussi bien à l’est qu’à l’ouest du pays.
L’autre élément à prendre en considération est l’inadéquation de la production avec les besoins du marché. Pour le cas particulier de l’essence, la production a atteint un peu plus de 69 000 barils/jour, en hausse de 14,1% par rapport à 2009.

Or, le rythme de développement des capacités de raffinage est loin de correspondre au rythme de croissance de la consommation interne qui a atteint les 25% en 2010 pour un volume de 68 300 barils/jour. Il s’agit également de l’inadaptation des process de raffinage par rapport à l’évolution du marché ainsi que des motorisations des véhicules composant le parc automobile national. Il fut un temps où celui-ci était caractérisé par une diésélisation rampante induisant une augmentation de la demande en gasoil de 30% entre 2000 et 2006. D’ailleurs, la raffinerie de condensat de Skikda, entrée en service en 2010 avec une capacité de production de 5 millions de tonnes, dont 280 000 t de gasoil lourd et 115 000 t de gasoil, a contribué à alléger la tension. Néanmoins, la segmentation du marché automobile nationale a tendance à s’inverser et à s’orienter vers les motorisations essence, particulièrement celles à l’essence sans plomb, tandis que les process de raffinage en place recourent souvent à l’addition de plomb. A titre d’exemple, au niveau de la RA1K de Skikda, la production de super (super sans plomb inclus) est de 200 000 tonnes par an contre 700 000 t par pour l’essence normal.

Des investissements, mais…

Afin de remédier à la situation, Sonatrach a initié un plan d’investissement de 4,2 milliards de dollars dans la modernisation de ses raffineries, la réalisation de nouvelles unités ainsi que l’adaptation de la production de carburants aux normes internationales. L’objectif étant de porter les capacités de production de produits pétroliers de 27 millions de tonnes actuellement à 33 millions de tonnes.
Selon les prévisions de la compagnie pétrolière, la raffinerie d’Arzew verra ses capacités augmenter de 50% passant de 2,5 millions de tonnes à 3,8 millions de tonnes ; celle d’Alger enregistrera une hausse de 35% de ses capacités de production lesquelles atteindront 3,64 millions de tonnes en 2013. Enfin, la raffinerie de Skikda verra ses capacités passer de 15 millions de tonnes/an à 16,6 millions de tonnes, dont environ 4,7 millions de tonnes de gasoil et 2 millions de tonnes d’essence. Encore faut-il prendre en compte les retards pris dans certains projets, sans oublier ceux qui ont été tout simplement gelés. Ainsi, le projet de modernisation de la raffinerie de Hassi Messaoud fait face à un problème de choix stratégique : doit-on moderniser l’unité existante ou carrément la délocaliser et réaliser une nouvelle raffinerie en dehors de la ville ?

C’est aussi un problème de localisation qui a conduit au gel du projet de réalisation d’une raffinerie à Tiaret, d’une capacité de 15 millions de tonnes/an, laquelle n’a pas suscité l’intérêt des investisseurs étrangers. L’unité, qui devait entrer en production en 2015, risque de ne jamais voir le jour. Initialement prévue à El Kseur (wilaya de Béjaïa), celle-ci a été délocalisée à Tiaret avant qu’il ne soit établi que le choix du site n’était pas judicieux à cause notamment de son éloignement du port d’Arzew. Aussi, la wilaya de Tiaret ne dispose pas de ressources en eau suffisantes pour le fonctionnement de la raffinerie. Ce qui risque encore de compliquer la donne.
D’ailleurs, l’Agence de régulation des hydrocarbures a estimé, il y a quelque temps, que malgré tous les projets d’investissement dans les raffineries, l’Algérie ne sera pas en mesure de satisfaire la demande locale en carburant et dépendra toujours des importations d’essence en 2027.

par Melissa Roumadi

 

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