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J’avais reçu en consultation un monsieur de la cinquantaine; ramené par son frère, pour renouvellement de lunettes.
Le monsieur est du genre tactile, un sourire gravé aux lèvres. Le contact très facile. Il a réussi à me mettre très vite de bonne humeur tellement son rire était contagieux ! Mais je trouvais qu’il poussait le bouchon trop loin en riant à chacune de mes questions : Je lui demande son âge il me répond en riant aux éclats qu’il n’en sait rien ! Je lui demande s’il prend des médicaments il étouffe de rire ! J’ai faillis conclure que j’avais affaire à un sacré blagueur jusqu’à ce que son frère, venu le récupérer, me raconte son histoire.
J’apprends qu’il rit de tout et ne prend plus rien au serieux depuis quelques semaines; après un grave accident de voiture dont il a été le seul rescapé, son épouse et sa fille y sont restées. Le neurologue leur a parlé d’un syndrome post traumatique et que le rire était une forme de déni. Je le réexamine alors plus minutieusement et là je remarque qu’il a les traits du visage asymétriques, plus tirés du côté droit. Je demande alors un scanner cérébral qui retrouve une hemorragie frontale ! Il etait venu pour des lunettes cassées il se retrouve au bloc de neurochirurgie. Il faisait un syndrome frontal et sa bonne humeur n’était en fait qu’un symptôme : le rire pathologique.
Aujourd’hui son frère m’envoie son scanner de contrôle, il est sauf mais garde une atrophie de son lobe frontal responsable de troubles comportementaux à type de désinhibition sociale.. Il aurait pu mourir de rire !

Par Nawfel Chana

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