Maison A la une Indiana et la dénonciation sandienne de la violence conjugale.

Indiana et la dénonciation sandienne de la violence conjugale.

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Dans Indiana, Sand met en scène, tout en les analysant, les rapports entre l’homme et la femme au sein du couple qui font d’elle un être asservi.  L’auteure conçut de son expérience matrimoniale personnelle, une immense méfiance pour la conjugalité. Son époux, Casimir Dudevant l’insultait quand il était énervé et la frappait quand il était ivre. Il ne possédait aucune culture et n’avait nulle autre préoccupation à part les amours faciles. La romancière en plus d’avoir été contrainte de supporter ses infidélités qu’il pratiquait même au sein de la demeure conjugale, était ulcérée de le voir dilapider ses biens à elle. Un jour qu’il levait la main sur Sand, elle décida de demander la séparation de corps, qu’elle obtiendra non sans grandes difficultés. En avance sur son temps, l’auteure n’acceptait pas que la femme soit humiliée par l’homme. Devenue écrivaine, la châtelaine de Nohant décide alors de mener  son combat, moyennant sa plume, en vue de défendre la cause de la femme et l’égalité des sexes.

Indiana retrace la trajectoire d’une jeune femme (Indiana), faite de malheur et de défaite. Contrainte à épouser un homme de l’âge de son père, la protagoniste  totalement dépendante de son mari ; M . Delmare, se débrouillait comme elle pouvait pour assumer son destin de femme mal mariée. Toutefois, l’apparition de M. Raymon va complètement chambouler son existence. Assoiffée d’amour, Indiana ne tardera  pas à succomber au charme du parisien. Adultère, elle payera seule les pots cassés. Son mari qui découvrira un soir ses lettres secrètes adressées à son amant, « la saisit par les cheveux, la renversa, et la frappa au front du talon de sa botte » [2].

A travers son texte, Sand va jusqu’à dénoncer  la violence de certains hommes, tout en les rendant en partie coupables de la trahison de leurs femmes. En fait, si Indiana est allée chiner l’amour hors du nid conjugal c’est aussi à cause de la cruauté de son époux. M . Delmare, pour régner sur sa femme, ne recule pas devant le choix de la brutalité. Il n’hésite pas à utiliser sa force physique au détriment de la faiblesse de son épouse.

Dans le fond, ce triste homme éprouve un profond sentiment d’avanie. Il est continuellement repoussé par Indiana. Il n’a jamais réussi à la rendre amoureuse de lui. Pourtant, quoi de plus naturel de la part d’une femme qui  n’éprouve aucune affection envers son mari. Un mari qu’elle n’a pas choisi et qu’elle a été obligée de supporter sa vie durant. Le mariage forcé finit par prendre l’allure d’un viol légal dans Indiana. La romancière, en plus de dénoncer la violence conjugale, dans le texte, défend aussi « le droit à  l’affection »  [3] des deux sexes. Tout comme les hommes, les femmes ont également le droit de choisir leur compagne et d’être choisies également,  d’aimer et d’être aimées. Par le discours sandien, ce sont essentiellement les femmes qui sont visées. Mais non pas seulement les femmes du 19 ème siècle, puisque la violence conjugale continue encore à exister de nos jours, en France comme ailleurs.

Défendre le droit à l’amour et conséquemment au bonheur de la pauvre Indiana, serait sûrement ridicule aujourd’hui. Nonobstant, si ces questions ont été débattues d’abord, résolues et reléguées aux archives par la suite, c’est incontestablement  parce qu’il  eut une brave George Sand, qui les a ameutées à temps.

 [1] G. Sand cité par Pierre LAFORGUE,  « Indiana, ou le féminin et le romanesque entre politique et social », in: Romantisme, N°99, 1998, p. 27. 

[2] George SAND, Indiana, Paris, EdGallimard, 1984,. p. 269.

[3] Francine MALLET, George Sand, op. cit. p. 163.

 

Ikram Chemlali

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