Inquiétude sur la liberté des médias en Egypte

Inquiétude sur la liberté des médias en Egypte

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Bassem Youssef est l’un des symboles de la révolution égyptienne contre le président Hosni Moubarak. Alors que la rue manifestait contre l’ex-raïs, ce chirurgien de formation avait décidé de produire des clips vidéo se moquant du pouvoir. Diffusés sur internet, ils avaient fait un malheur. Plus de 100 000 personnes les avaient visionnés en 24 heures.

Bassem Youssef a été engagé par la chaîne privée ONTV avant de passer à CBC après une période d’arrêt. Comme par le passé, sa cible reste le pouvoir, désormais détenu par le président  Mohamed Morsi. Quand ce dernier s’est octroyé des supers pouvoirs, Bassem Youssef l’a présenté en pharaon.

Dans son émission enregistrée dans un théâtre devant public, Bassam Youssef n’a pas épargné sa propre chaîne, et s’est aussi moqué de nombreux cheikhs passant sur des télés islamistes. Ces derniers l’ont qualifié de « clown », et ont laissé entendre qu’il était homosexuel.

De nombreux artistes, intellectuels et journalistes ont annoncé leur soutien à Bassem Youssef qui, pour sa part, a décidé de continuer comme si de rien n’était.

L’organisation Human Rights Watch dénonce la multiplication des plaintes déposés par des membres du pouvoir égyptien pour diffamation, et dit craindre pour l’avenir de la liberté d’expression en Egypte.

Mohamed Morsi a exposé sa conception très spéciale des médias lors d’une rencontre avec des journalistes arabes. Selon lui, « les médias ne doivent absolument pas entrer en conflit avec le pouvoir sauf en cas de corruption ». Les médias doivent aussi être « dirigés », « positifs » et être « un outil de formatage de l’esprit ». Le raïs a aussi estimé que les médias coûtaient beaucoup d’argent et d’effort humain sans apporter grand-chose au produit national. En conclusion, les médias ne doivent pas être semeurs de « zizanie » mais diffuseurs « d’harmonie ».

En réaction, un journal a dessiné le président Morsi en Adolph Hitler, un éditorialiste l’a accusé de « pratiques fascistes ». Même Ayman al-Syyad, conseiller démissionnaire du président Morsi, a critiqué « ceux qui s’en prennent aux médias et qui oublient que nous sommes au début de la treizième année du XXIe siècle ». « Le monde a changé », a conclu l’ex-conseiller présidentiel.

Les signes de cette volonté de mettre les médias au pas sont énormes. Sont poursuivis en justice et risquent jusqu’à six années de prison : l’humoriste Bassem Youssef, la caricaturiste Doaa al-Adl et le directeur du quotidien Al-Youm al-Sabée. Mais il ne s’agit que de la « fournée » de cette semaine.

Si l’on remonte jusqu’à la fin novembre, la liste de ceux qui pourraient être embastillés dépasse allègrement la vingtaine : des présentateurs vedettes de télés aux simples journalistes. Il ne faut pas oublier non plus les menaces de fermeture de chaînes de télévision.

En fait, les tentatives de mises au pas ont commencé peu après l’arrivée de Morsi au pouvoir il y a six mois : changement des directeurs des journaux et des chaînes étatiques, interdiction de plume ou d’antenne pour les journalistes opposants, liste noire des personnalités à ne pas inviter ou interviewer. Mais ça risque encore d’empirer. La nouvelle Constitution et les lois que concocte le Conseil consultatif dominé par les islamistes donneront un large champ de manœuvre à tous les apprentis censeurs.

 

rfi.fr/actu-maroc.com_________________

 

 

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