Une voiture aux vitres teintĂ©es, cernĂ©e par les gendarmes et par une nuĂ©e de camĂ©ras : Dominique Strauss-Kahn est arrivĂ© tĂŽt chez les enquĂȘteurs de la police judiciaire Ă Lille dans le nord de la France, ce mardi 21 fĂ©vrier 2012. Lâancien Patron du FMI, mis Ă lâĂ©cart du jeu politique aprĂšs lâaffaire du Sofitel de New York, voit remonter Ă la surface une autre affaire dite du Carlton. Il y est soupçonnĂ© dâavoir profitĂ© des services de prostituĂ©es financĂ©es par des hommes dâaffaire de la rĂ©gion Nord. Sa garde Ă vue devrait ĂȘtre prolongĂ©e dans la soirĂ©e.
Face aux enquĂȘteurs de la police judiciaire, Dominique Strauss-Kahn doit convaincre de sa bonne foi et prouver qu'il est Ă©tranger Ă toute affaire de prostitution, s'il veut espĂ©rer sortir libre et sans poursuite de cette garde Ă vue. Car les enquĂȘteurs se posent de multiples questions.
PremiÚre interrogation : Dominique Strauss-Kahn savait-il qu'il fréquentait des prostituées lors des soirées libertines organisées pour lui par ses amis lillois ? Deux mises en examen dans ce dossier soutiennent que non. Une affirmation contredite par le témoignage d'une des participantes, une « copine », comme les appelait DSK. Elle se souvient que l'ex-patron du FMI lui a un jour demandé son portable et ses tarifs.
Pour autant, mĂȘme si Dominique Strauss-Kahn savait qu'il s'agissait de prostituĂ©es, il nâest pas sĂ»r que cela soit suffisant pour l'inculper pour proxĂ©nĂ©tisme aggravĂ©, c'est Ă dire comme un co-organisateur de la prostitution.
DâĂ©ventuelles contreparties ?
Quand au deuxiĂšme volet, «le recel d'abus de biens sociaux », les enquĂȘteurs veulent dĂ©terminer si DSK a eu connaissance de l'Ă©ventuelle origine frauduleuse des dĂ©penses faites pour satisfaire ses plaisirs. Et bien sĂ»r, la question d'Ă©ventuelles contreparties Ă ces soirĂ©es libertines devrait lui ĂȘtre posĂ©e.
Tous les Ă©lĂ©ments du dossier doivent ĂȘtre Ă©tudiĂ©s et la parole de Dominique Strauss- Kahn doit ĂȘtre confrontĂ©e aux dĂ©clarations des huit personnes dĂ©jĂ mises en examen, un travail fastidieux pour les enquĂȘteurs, c'est pour cette raison que la garde Ă vue peut durer 48 heures.
Bons amis et parties fines
Le Nord-Pas-de-Calais a toujours été un bastion du parti socialiste. Au fil des années et de ses nombreux déplacements pour venir soutenir tel ou tel candidat dans ce département ancré à gauche, Dominique Strauss-Kahn s'est lié d'amitié avec Fabrice Paszkowski, un sympathisant socialiste par ailleurs responsable d'une petite société.
Fabrice Paszkowski a vite dĂ©couvert le talon d'Achille de DSK : les femmes et son goĂ»t prononcĂ© pour les soirĂ©es libertines. C'est devenu leur secret et visiblement l'entrepreneur lillois a tout mis en Ćuvre pour assouvir les fantasmes de son cĂ©lĂšbre ami. Pour cela, il a fait appel Ă des prostituĂ©es qui travaillaient en Belgique, notamment pour le compte de « Dodo la Saumure », un proxĂ©nĂšte citĂ© dans « l'affaire du Carlton de Lille. »
Des témoignages ont aussi fait ressortir que plusieurs déplacements avaient été organisés et financés par une connaissance de Fabrice Paszkowski : David Roquet, un ancien directeur d'une filiale du groupe de BTP Eiffage.
Des soirées libertines, il y en a eu des dizaines : à Paris, à Lille, à Bruxelles mais aussi à Washington, alors que DSK dirigeait le FMI. Le dernier voyage dans la capitale américaine a eu lieu du 11 au 13 mai 2011, à la veille de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York.
Les avocats de Nafissatou Diallo Ă lâaffĂ»t
Cette garde à vue à Lille intervient alors qu'aux Etats-Unis, la procédure civile engagée par les avocats de Nafissatou Diallo est toujours en cours.
Il est certain que Kenneth Thomson et Douglas Wigdor, les deux conseils de Nafissatou Diallo, ne doivent pas perdre une miette de ce qui se passe à Lille. Car la publication dans la presse de procÚs verbaux, ou l'éventuelle mise en examen de Dominique Strauss-Kahn sont autant d'éléments susceptibles de nourrir le dossier américain.
D'une maniÚre plus large, tout ce qui a trait au comportement de DSK avec les femmes, intéresse les avocats new-yorkais, et notamment si des témoignages de harcÚlement ou de violences sexuelles apparaissent.
Car il faut savoir qu'aux Etats Unis, dans 90% des procĂ©dures civiles, les conflits se rĂ©solvent par des nĂ©gociations avant le procĂšs. Donc, pour nĂ©gocier aux mieux les intĂ©rĂȘts de Nafissatou Diallo, les avocats amĂ©ricains engrangent tous les Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs Ă charge pouvant servir leur cause.
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