Interview accordée au journal algérien Elwatan.com par Lahcen Daoudi. Membre du secrétariat...

Interview accordée au journal algérien Elwatan.com par Lahcen Daoudi. Membre du secrétariat général du PJD

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- Quel bilan faites-vous de la campagne électorale et du déroulement du vote ?

Je pense que le PJD a mobilisé beaucoup de monde, parce que de nombreux Marocains devaient boycotter ces élections du fait que les attentes sont trop grandes et les frustrations aussi. La participation de notre parti a été donc une valeur ajoutée pour ce scrutin, d’autant plus que les autres partis n’ont pas mobilisé grand monde en se contentant de sortir la nuit pour distribuer de l’argent. Même des chefs de parti ont malheureusement succombé à cette corruption politique. Si l’administration s’est abstenue, cette année, de toute intervention, il y a eu tout de même un laisser-aller au niveau de la corruption.

- Vous voulez dire que le pouvoir de l’argent a influé sur les résultats des élections ?

Oui, hélas, il y a des Escobar qui distribuent l’argent et c’est toujours difficile de les attraper. On appelle la police et la gendarmerie, qui viennent, mais ces gens ont déjà déguerpi. Il est évident que ces pratiques ont influé sur les résultats et c’est bien au détriment du PJD qui, lui, a mené, et depuis des années, une campagne de proximité. Là où on pouvait prendre deux ou trois sièges, on n’en a pris qu’un seul. Nous avons, certes, gagné beaucoup de sièges (80), mais nous aurions pu en prendre un peu plus.

- Vous pensez donc que le PJD est la première force politique du royaume ?

Oui, malgré la corruption et l’achat des voix, le PJD sera le premier parti, c’est évident. Sans cette corruption, on aurait été de loin les premiers. Et si le taux de participation a atteint 45%, c’est aussi grâce à nous. C’est un taux acceptable ,si l’on tient compte des grandes frustrations du peuple marocain. Mais c’est déjà mieux que les 37% de 2007.

- Vous serez appelés à nouer des alliances pour gouverner, compte tenu du mode de scrutin qui ne vous permet pas de prendre le gouvernail tout seul…

Absolument, mais nous nous engageons à ne jamais faire alliance avec le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) de Fouad Ali El Himma (proche du roi). Non, il n’est pas question de s’allier avec les bandits ! Nous n’allons pas donner de la crédibilité à des bandits, impossible !

- Y a-t-il eu des fraudes au niveau des bureaux de vote ?

Non, non, il n’y a eu que l’argent. L’administration, cette année, s’est abstenue ; on n’a pas eu de plaintes de ce côté-là.

- Le Maroc aura, sauf grosse surprise, le premier chef du gouvernement islamiste de son histoire ?

Oui, fort probablement, mais lequel ? C’est, comme vous le savez, le roi qui choisit au sein du parti vainqueur. Donc on ne sait pas lequel parmi nous.

- Beaucoup d’observateurs évoquent désormais un «Maghreb islamique» en référence aux succès d’Ennahda en Tunisie, des rebelles islamistes en Libye et, maintenant, du PJD au Maroc. Quel commentaire faites-vous ?

C’est un Maghreb tout court. Le Maghreb est par nature islamique et si on ajoute cet adjectif, c’est pour le rendre péjoratif. Or, les pays du Maghreb sont musulmans. Donc, à mon avis, la vague est arrivée, les gens veulent vivre leur identité et personne ne pourra la leur enlever.

- Qu’est-ce qui fait la force du PJD pour s’ériger en première force politique du royaume ? 

L’intégrité. C’est l’image d’intégrité qui est fondamentale chez les Marocains. Je vous fais remarquer que dans toutes les communes et régions où nous sommes présents, nous avons rempli notre contrat avec succès. D’ailleurs, l’organisation Transparency International prend comme modèle les communes et les régions gérées par le PJD. Et ce n’est pas pour nos beaux yeux.

- En tant que parti islamiste sans expérience dans la gestion des affaires du pays, vous sentez-vous capables de faire face aux problèmes du Maroc ?

Oh ! Vous savez, on va jouer un match qui n’est pas gagné d’avance. C’est un match difficile contre la crise ; on a beau être le Barça du Maroc, mais le Barça peut lui-même perdre.

- Est-il vrai que le PJD a demandé au roi dernièrement de supprimer l’expression «la personne du roi est sacrée» dans la Constitution ?

Ecoutez, je l’ai dit en public dans une conférence : il n’y a que Dieu qui soit sacré. On l’a fait dans les années soixante, parce qu’il y a eu des tentatives de coup d’Etat, mais en 2011, cela ne rime plus avec la réalité.

- Quel est votre avis sur la revendication d’une monarchie parlementaire ?

On ne peut pas sauter comme cela vers la monarchie parlementaire, c’est impossible. Les laïcs marocains n’ont rien proposé.
En Occident, vous avez l’Eglise qui gère le côté religieux, chez les chiites vous avez un clergé et dans les pays sunnites, il n’y a rien. Si le religieux n’est pas géré par l’Etat, il y aura alors toutes les possibilités d’un éclatement. Le PJD aura ses mosquées, les salafistes auront leurs mosquées, Al Qaîda aura ses mosquées. Donc on ne peut dire, dans un pays comme le Maroc, qu’on va créer un Etat laïque, c’est impossible.

- Et que pense le PJD de l’Union maghrébine ?

On a beau créer des obstacles pour stopper cette marche vers l’Union des pays du Maghreb, c’est une marche inexorable. On n’a vraiment pas le choix.

- Entretenez-vous des relations avec le MSP algérien avec lequel vous partagez les référents idéologiques ?

Oui, nous travaillons avec ce parti algérien comme nous travaillons avec l’AKP en Turquie, Ennahda en Tunisie et les Libyens. Nous attendons aussi le succès des Frères musulmans en Egypte et en Syrie.

- Cette vague islamiste est-elle un phénomène de mode ou un refuge populaire pour le Monde arabe ?

C’est une lame de fond, parce que le marxisme a échoué, le libéralisme a échoué, c’est donc en quelque sorte un retour vers soi. On a cherché dans les poches de Marx, d’Adam Smith et qui sais-je encore, mais on n’a rien trouvé. Il est temps de fouiller dans nos propres poches !

- Que répondez-vous à ceux qui craignent le pouvoir du PJD, au Maroc et ailleurs ?

Il n’y a que les corrompus qui craignent le PJD. S’agissant de nos partenaires, les Américains et les Anglais veulent travailler avec le PJD, il n’y a que les corrompus européens qui ne souhaitent pas travailler avec nous, parce que le PJD va jouer la transparence.

- Quel sera votre mot d’ordre, maintenant que vous êtes au pouvoir ?

La moralisation. Et là j’insiste, au-delà de la dimension religieuse, sur l’éthique dans la gestion des affaires. Il s’agira pour nous de lutter contre la corruption sous toutes ses formes. Ne soyons pas complexés ; l’éthique islamique est semblable à l’éthique universelle.

Par Hassan Moali/elwatan.com_____________________

 

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